À l’occasion d’une émission consacrée à la redevabilité, le vice-Premier ministre chargé de la Fonction publique a défendu son action. Identification des agents, départs à la retraite, protection sociale, renouvellement de l’administration : Jean-Pierre Lihau peut présenter des chantiers engagés. Mais un bilan ne se juge pas seulement au nombre de réformes lancées. Il se mesure à ce que vivent les agents et à la qualité du service rendu aux citoyens.
Il est plus facile d’annoncer la modernisation de l’État que de la faire entrer dans ses bureaux. Jean-Pierre Lihau le sait : à la tête de la Fonction publique, il travaille sur une administration immense, traversée par des décennies de recrutements mal maîtrisés, de carrières bloquées et de difficultés de paie. En venant défendre son bilan dans une émission de redevabilité, il s’expose donc à une question qui dépasse sa seule personne : qu’est-ce qui a réellement changé dans la manière dont l’État congolais gère ses agents ?
Le premier chantier est celui des effectifs. Identifier les agents, rapprocher les fichiers administratifs de ceux de la paie, attribuer des matricules fiables : ce travail paraît technique. Il est pourtant au cœur de toute réforme. Un État qui ne sait pas précisément qui travaille pour lui peine à payer justement, à organiser les carrières ou à prévoir les départs à la retraite. Le ministère a engagé une identification biométrique à travers les provinces. Mais les controverses sur les doublons de matricules et les agents fictifs montrent que l’assainissement du fichier reste un résultat à consolider, plutôt qu’un dossier que l’on pourrait déclarer clos. Lihau a encore été entendu sur ces questions à l’Assemblée nationale en juin 2026.
Le deuxième chantier touche à la retraite. Pendant longtemps, des agents ayant achevé leur carrière sont restés en poste faute de solution suffisamment organisée pour leur départ. Lihau a fait de cette question un axe de son action. Lors d’une intervention officielle antérieure, il affirmait que plus de 10 000 fonctionnaires avaient été mis à la retraite en une année. C’est un indicateur de mouvement ; la véritable mesure du progrès est aussi celle des pensions effectivement versées, de leur régularité et de la dignité des conditions de départ.
À cette réforme s’ajoute celle de la protection sociale. L’extension de l’immatriculation à la Caisse nationale de sécurité sociale des agents publics de l’État, notamment en province, répond à une attente ancienne. Elle donne une perspective à des fonctionnaires qui ont souvent eu le sentiment d’être moins bien considérés loin de Kinshasa. Là encore, l’enjeu ne s’arrête pas à l’inscription : les droits doivent être compris par les agents et accessibles lorsqu’ils en ont besoin.
Jean Pierre Lihau a défendu également le renouvellement des compétences. Le recours à l’École nationale d’administration, aux concours et à la formation, porte une idée forte : recruter et promouvoir sur la base des aptitudes plutôt que des relations. Cette ambition mérite d’être soutenue, puis vérifiée dans la durée. Les jeunes cadres formés trouvent-ils leur place dans les services ? Ont-ils les moyens d’agir ? Les concours et les affectations résistent-ils aux interventions qui ont si longtemps affaibli l’administration ?
C’est ici que la redevabilité prend tout son sens. Un ministre peut légitimement défendre ses choix et rendre compte des mesures prises. Le public, lui, est en droit de demander des résultats comparables d’une année à l’autre : combien d’agents identifiés et payés régulièrement ? Combien de retraités percevant effectivement leurs droits ? Combien de nouvelles recrues affectées à des postes utiles ? Quels délais pour obtenir un document ou faire corriger une situation administrative ?
Le bilan de Jean-Pierre Lihau tient dans cette tension. Il a ouvert des chantiers longtemps différés et placé la maîtrise des effectifs, la retraite et la protection des agents au centre du débat public. Il lui reste à démontrer que ces réformes résistent aux anomalies du fichier, aux contraintes budgétaires et aux habitudes de l’administration. Car la réussite d’un ministre de la Fonction publique n’apparaît pleinement que lorsque le fonctionnaire est traité avec justice et que le citoyen trouve, face à lui, un État qui fonctionne.
Adam Mwena Meji
