À Kaniama-Kasese, le Service national forme des jeunes à la discipline et au travail. À Kinshasa, certains d’entre eux participent désormais à l’assainissement de la capitale. Le lieutenant-général Jean-Pierre Kasongo Kabwik se trouve ainsi au croisement de deux défis congolais : offrir une perspective à une jeunesse en rupture et rendre aux villes des services publics visibles. Reste à savoir comment transformer cette expérience en modèle durable pour le pays.
On a longtemps associé le général Kasongo Kabwik à Kaniama-Kasese. Dans ce centre du Haut-Lomami, le Service national accueille notamment des jeunes impliqués dans le banditisme urbain et leur propose un encadrement civique et professionnel. La Présidence présente aujourd’hui le centre comme un lieu de formation recevant des jeunes de plusieurs provinces. Elle indiquait, lors d’une visite en août 2026, que 4 000 d’entre eux participaient aux opérations d’assainissement de Kinshasa.
Mais l’histoire ne s’arrête plus aux portes du centre. En confiant à Kabwik la coordination de la task force chargée de la salubrité de Kinshasa, les autorités ont placé le Service national face à une autre épreuve : produire des résultats dans la ville, au contact quotidien de ses habitants. Le 17 juillet, le président de la République a inspecté plusieurs sites d’intervention, dont la Place Pascal, le marché de la Liberté et le secteur de Debonhomme.
Le contraste donne à cette expérience sa force. Des jeunes que la ville connaissait parfois sous le visage de la violence reviennent y travailler sous celui du service. Ils curent, ramassent, dégagent, évacuent. Leur présence donne une réalité concrète à la réinsertion : elle ne se mesure plus seulement à la formation reçue, mais à la place retrouvée dans la société.
C’est là que se dessine le portrait de Kabwik. La valeur d’un responsable public se juge aussi à sa capacité de faire passer une institution de la promesse à l’exécution. Sous son commandement, le Service national tente de relier encadrement, apprentissage et travail utile. À Kinshasa, cette méthode gagne une visibilité nouvelle, parce que chacun peut en observer les effets — et constater aussi ce qui reste à accomplir.
Car nettoyer une avenue ne suffit pas à assainir une capitale. Si les déchets ne sont pas collectés régulièrement, acheminés puis traités, les mêmes dépôts réapparaîtront. Le Service national peut donner de l’élan à une opération d’envergure ; la ville et les services compétents doivent en assurer la continuité. La réussite de Kabwik se jouera donc autant dans la coordination des institutions que dans la mobilisation de ses troupes.
Faut-il étendre le modèle à tout le territoire ? Oui, mais en partant des besoins de chaque province. Certaines villes ont d’abord besoin de brigades de propreté ; ailleurs, les priorités seront l’entretien des routes, l’agriculture, la construction ou la protection des ouvrages publics. Le principe commun pourrait être simple : former des jeunes, leur confier une tâche d’intérêt collectif, les rémunérer dans des conditions claires et leur ouvrir ensuite un véritable débouché professionnel.
Une telle extension demanderait des centres de formation accessibles dans les régions, des accords précis avec les provinces et les communes, du matériel, des budgets suivis et une évaluation publique des résultats. Elle demanderait surtout de répondre à la question décisive pour chaque jeune passé par le Service national : que devient-il après sa mission ? Sans cette réponse, même les opérations les plus impressionnantes risquent de rester provisoires.
Kabwik mérite sa place dans « Destins des hommes et vie des institutions » parce que son parcours met cette question à hauteur d’homme. Kaniama-Kasese a montré une ambition de formation. Kinshasa montre la capacité de mobiliser cette jeunesse au service de la cité. La prochaine étape serait d’en faire une politique reproductible, capable de tenir dans le temps et de servir d’autres territoires congolais.
Le général peut entraîner. Pour que son modèle change durablement le pays, il faudra que les institutions suivent.
William Kalengay
