La vision du PCA Lukama s’inscrit dans une réalité pragmatique : De la mine à la chimie, la Gécamines s’inspire du « modèle marocain » pour réinventer le cobalt en RDC

Lors de l’African Investment Forum, le président de la Gécamines, Guy-Robert Lukama, a présenté les orientations envisagées pour repositionner l’entreprise dans la chaîne de valeur du cobalt. S’appuyant sur des références extérieures, notamment le modèle marocain de transformation industrielle du phosphate, il a détaillé les évolutions attendues en matière de production, de compétences et de logistique.

Invité dans le cadre de l’African Investment Forum à présenter ses perspectives dans le cadre de l’attraction des capitaux pour le secteur privé africain, le Président du Conseil d’Administration de la Gécamines a esquissé les contours d’une renaissance industrielle.  Pour Guy-Robert Lukama, l’équation est claire : la Gécamines doit muter pour ne plus être perçue comme un simple pourvoyeur de brut, mais comme un architecte de la transition énergétique mondiale.

L’ambition : dupliquer la « Magic Touch » marocaine

Interrogé sur la capacité de la RDC à transformer ses richesses en un levier de développement, le président de la Gécamines a établi un parallèle structurant avec le royaume du Maroc. Sans nommer l’OCP, il a clairement désigné la trajectoire de la filière du phosphate comme la référence absolue pour le cobalt congolais. « C’est la raison pour laquelle on regarde les modèles des autres : comment ils ont transformé leur activité, passant de producteur de phosphates à producteur d’engrais. C’est ce cheminement que nous essayons de reproduire ».

Cette inspiration incite à une révolution culturelle et technique au sein de l’entreprise. Pour produire des précurseurs de batteries, la RDC doit faire évoluer son capital humain. M. Lukama a insisté sur cette mutation des compétences : « Quand on parle de batterie… c’est de moins en moins des ingénieurs miniers ou métallurgistes, c’est de plus en plus des ingénieurs chimistes ». Le message est constructif, mais exigeant : la sophistication industrielle exige une montée en gamme radicale de la formation, calquée sur l’excellence marocaine en chimie des engrais.

Un signal fort au marché : cap sur 40 000 tonnes de cobalt

Dépassant les simples déclarations d’intention, Guy-Robert Lukama a profité de cette tribune pour formuler une orientation précise qui devrait résonner sur les marchés internationaux. La Gécamines se remet en ordre de marche opérationnel.

Il a annoncé l’existence de « trois projets dans le pipe » qui, une fois combinés, viseront une capacité de production d’environ 40 000 tonnes de cobalt. Une projection plausible, compte tenu du fait que le pays a instauré des quotas à l’export, mais sans vraiment développer publiquement ce qui sera fait du surplus de production.

Cette projection chiffrée démontre un regain de dynamisme. Avec un tel volume, la Gécamines se repositionne non plus comme un simple spectateur, mais comme un acteur industriel majeur, capable de peser sur l’offre mondiale et de sécuriser des chaînes de valeur stratégiques.

Plutôt que de renier les vingt dernières années, le Président a choisi de les analyser pour mieux rebondir. Il a évoqué les partenariats passés (joint-ventures) comme une étape qui « à un moment donné avait un sens », tout en reconnaissant que les résultats finaux, tant pour l’entreprise que pour les communautés, « ne sont pas ceux attendus ».

Cette « non-réussite complète » du modèle de rentier passif sert aujourd’hui de catalyseur. C’est parce que la Gécamines a « perdu des actifs » qu’elle est aujourd’hui plus déterminée à exiger une transformation locale profonde dans ses nouveaux partenariats. L’objectif est de corriger le tir pour s’assurer que la valeur ajoutée reste, cette fois, sur le territoire national.

Faire converger les talents et doper la logistique

La transformation n’est pas seulement industrielle, elle est humaine. Avec franchise, Guy-Robert Lukama a abordé le défi de la cohésion interne, nécessaire à cette nouvelle dynamique. Il s’agit de fusionner l’apport d’une diaspora qualifiée avec les équipes locales historiques.

Il a reconnu la nécessité de « gérer les équilibres » pour éviter que les collaborateurs restés au pays ne se sentent pas « sacrifiés » face au retour des talents de l’étranger. Cette approche lucide des ressources humaines témoigne d’une volonté de construire une entreprise inclusive, où l’expertise extérieure complète la résilience locale.

Enfin, pour soutenir cette industrialisation, la vision de la Gécamines s’émancipe de la simple logique d’exportation. Au-delà du célèbre corridor de Lobito, M. Lukama a rappelé que le pays dispose de « neuf corridors » potentiels.L’enjeu n’est plus seulement de sortir le minerai (« export cheap »), mais de connecter les pôles économiques internes pour « débloquer le potentiel du pays ».

Cette stratégie de « copier le modèle marocain » s’appuie sur des fondations solides. Le Maroc est déjà un partenaire actif de la RDC, notamment via le groupe Managem, contrôlé à 81,63% par Al Mada, la holding d’investissement de la famille royale marocaine, et actionnaire à 20% de la mine de Pumpi (Cuivre et cobalt) exploitée dans le Lualaba, en collaboration avec le groupe chinois Norin Group, et dont les premières cathodes de cuivre ont été délivrées en septembre 2020.

Avec la baisse du chiffre d’affaires du premier semestre 2025 suite à la suspension par les autorités congolaises des exportations de cobalt et l’imposition de quotas restrictifs dans le futur, il n’est pas exclu que le surplus de production de l’entreprise soit recyclé dans le cadre de la politique de transformation locale envisagée par la RDC et évoquée par la Gécamines (… ). 

La vision de Guy-Robert Lukama s’inscrit dans une réalité pragmatique : celle d’une Afrique qui transforme ses ressources par et pour elle-même.

Geopolis Hebdo/Agence Ecofin

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