À l’heure où la République démocratique du Congo cherche à renforcer le contenu local dans le secteur minier, plusieurs jeunes entrepreneurs congolais tentent progressivement de s’imposer dans des domaines longtemps considérés comme des marchés réservés aux grandes entreprises étrangères. En marge de la DRC Mining Week 2026 tenue à Lubumbashi, Geopolis est allé à la rencontre de l’une de ces nouvelles figures de l’entrepreneuriat congolais. Jeune entrepreneur dynamique et Directeur Général de Kwetu Group SARL, Franck Tshishiku incarne cette génération qui veut démontrer que la compétence locale peut répondre aux standards les plus exigeants de l’industrie minière. À travers une société spécialisée dans le montage et le démontage d’échafaudages industriels, il mise sur la formation de la jeunesse congolaise, la qualité des prestations et le respect rigoureux des normes internationales pour bâtir une entreprise compétitive dans un secteur hautement technique. Au micro de Geopolis, Franck Tshishiku revient sur son parcours, ses ambitions, les défis de l’entrepreneuriat local ainsi que sa vision d’une jeunesse congolaise davantage impliquée dans la chaîne de valeur minière.

Interview exclusive
JJOW (José-Junior Owawa) : Bonjour Monsieur Tshishiku ! Vous êtes Directeur Général de Kwetu Group SARL, la firme congolaise basée à Kolwezi dans la province du Haut-Katanga. Qu’est-ce qui justifie votre présence à ces assises de DRC Mining ?
FT (Franck Tshishiku ) : Kwetu Group est spécialisée dans le montage et le démontage des échafaudages industriels.
JJOW : Echafaudages industriels est un secteur très technique, qui sont aujourd’hui vos principaux clients ?
FT : Nous travaillons déjà avec plusieurs sociétés minières, notamment Metalkol du groupe ERG. Cela fait plus de dix mois que nous collaborons avec eux dans le respect des normes HSE, c’est-à-dire Hygiène, Sécurité et Environnement. Nous fournissons un service répondant aux standards internationaux. Le secteur minier est très exigeant et nous faisons en sorte de satisfaire ces exigences. Depuis notre collaboration, nous travaillons sans incident majeur.
JJOW : Cela suppose naturellement un personnel qualifié. Combien de personnes employez-vous et quel est le profil de votre équipe ?
FT : Nous avons recruté essentiellement des jeunes Congolais, certains de Kolwezi et d’autres venant d’ailleurs. Nous avons investi dans leur formation afin de disposer d’une main-d’œuvre qualifiée. Pour offrir un service de qualité, il faut des personnes compétentes et aujourd’hui nous pouvons être fiers des résultats obtenus.
JJOW : Au-delà de Metalkol, avez-vous d’autres ambitions ou d’autres partenariats ?
FT : Bien sûr. Nous avons l’ambition de travailler avec d’autres grands groupes miniers comme Glencore à travers KCC et d’autres sociétés majeures. Nous voulons surtout démontrer qu’il existe des compétences au sein de la jeunesse congolaise capables de fournir un travail de qualité.
JJOW : Pour quelqu’un qui n’est pas du domaine technique, comment pourriez-vous expliquer simplement ce que sont les échafaudages industriels ?
FT : Les échafaudages sont des structures métalliques temporaires permettant aux techniciens d’accéder à certains équipements ou installations situés en hauteur afin d’effectuer des travaux de maintenance, de réparation ou d’intervention technique. Ils jouent un rôle essentiel dans le fonctionnement des installations industrielles.
JJOW : Depuis combien de temps votre entreprise existe-t-elle ?
FT : Kwetu Group a été créée en 2019 mais nous avons véritablement atteint notre rythme opérationnel à partir de 2021.
JJOW : Chaque entreprise connaît des succès mais aussi des défis. Quelle est aujourd’hui votre plus grande fierté ?
FT : Ma plus grande fierté est de voir une grande entreprise comme Metalkol faire confiance à un jeune entrepreneur congolais. Ils nous ont donné une opportunité et jusque-là nous faisons tout pour mériter cette confiance.
JJOW : Et quels sont aujourd’hui les principaux défis ?
FT : Le principal défi reste l’accès au marché. Nous avons besoin d’une meilleure accessibilité aux appels d’offres afin que les jeunes entrepreneurs puissent compétir équitablement. L’autre difficulté concerne l’accès au financement.
JJOW : L’État accompagne-t-il suffisamment les entrepreneurs congolais ?
FT : Il y a des avancées, mais beaucoup reste à faire. Obtenir un contrat est une étape ; pouvoir l’exécuter correctement en est une autre. L’État pourrait davantage accompagner les entrepreneurs à travers des mécanismes facilitant l’exécution des contrats ainsi que l’accès aux financements.
JJOW : Au-delà du financement, qu’attendez-vous concrètement des partenaires et du gouvernement ?
FT : J’aimerais voir davantage de contrats à longue durée. Lorsqu’une entreprise obtient un contrat de quelques mois seulement, cela rend difficile la planification, les investissements et même le développement des ressources humaines. Avec des contrats plus durables, les banques peuvent davantage faire confiance aux entreprises locales.
JJOW : Aujourd’hui, êtes-vous fier de votre parcours ?
FT : Oui, extrêmement fier. Je suis fier parce qu’un jeune Congolais évolue aujourd’hui dans un domaine qui, pendant longtemps, semblait réservé aux entreprises étrangères. Cela prouve que nous pouvons nous aussi faire le travail et atteindre les standards de qualité exigés.
JJOW : Votre mot de la fin à la jeunesse congolaise ?
FT : Rien n’est impossible. Nous sommes une jeunesse courageuse, audacieuse et pleine de potentiel. Le Congo reste une terre d’opportunités. Nous devons croire en nous-mêmes, travailler davantage et ne jamais abandonner nos ambitions.
Propos recueillis par José-Junior Owawa
