Après une première année marquée par les tensions sur les prix et les perturbations des marchés internationaux, le Gouvernement Suminwa II entend inscrire sa politique économique dans la durée. Lors de l’exercice de redevabilité du Gouvernement, le Vice-Premier ministre, ministre de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba, a présenté les principales mesures mises en œuvre pour surveiller les marchés, préserver le pouvoir d’achat des ménages et renforcer la production locale.

Parmi les innovations mises en avant figure TALO, une plateforme numérique dédiée au suivi régulier des prix des produits de première nécessité. Initialement déployé à Kinshasa, le dispositif couvre désormais 17 villes et porte sur 61 produits essentiels. L’objectif est de disposer de données fiables permettant d’identifier rapidement les tensions sur les marchés et d’orienter les interventions des autorités.
Selon le bilan présenté par le ministère, cette surveillance a notamment contribué à une baisse de certains prix. À Lubumbashi, le sac de 25 kg de riz, qui avait atteint 45 000 francs congolais, se négocierait désormais entre 31 000 et 33 000 francs. À Kisangani, le prix du sac de 150 kg serait, quant à lui, passé de 720 000 à 520 000 francs congolais.
Le carburant a également constitué un autre défi pour le Gouvernement. Dans un contexte de hausse des cours internationaux, notamment sur fond de tensions au Moyen-Orient, les autorités affirment avoir privilégié la continuité de l’approvisionnement afin de limiter l’impact du choc sur les consommateurs. À Kinshasa, le prix de l’essence est ainsi passé de 2 440 à 2 640 francs le litre. Malgré cette augmentation, le Gouvernement souligne qu’aucune rupture d’approvisionnement n’a été enregistrée.
Au-delà de la gestion des urgences, le ministère de l’Économie nationale entend s’attaquer à une faiblesse structurelle de l’économie congolaise : sa forte dépendance aux importations.
La formalisation du secteur informel figure parmi les principaux chantiers annoncés. Plus de 200 000 opérateurs économiques devraient progressivement intégrer le secteur formel. Cette réforme vise notamment à leur faciliter l’accès aux documents administratifs, aux services publics et, à terme, aux mécanismes de financement. Elle devrait également s’accompagner de l’élaboration d’un Code de commerce unifié, en collaboration avec le ministère du Commerce extérieur.
La production agricole constitue toutefois le principal levier de cette stratégie. Le Gouvernement entend réactiver plusieurs bassins de production et renforcer les liens entre les producteurs et les marchés. Des opérateurs privés, présentés comme des agrégateurs, devraient accompagner les agriculteurs et contribuer à structurer les différentes filières.
À Bumba, dans la province de la Mongala, une opération rizicole cible près de 30 000 planteurs. D’autres initiatives portent sur la production de maïs à Boamanda, dans le Sud-Ubangi, ainsi que sur la relance de la station agricole de Ngandajika, au Kasaï-Oriental. Le Fonds de régulation économique (FOREC) est appelé à soutenir ces différents programmes.
Le maïs, particulièrement stratégique dans le Grand Katanga, illustre cette volonté de renforcer la régulation du marché. D’après les données présentées par le ministère, le sac de 25 kg, qui pouvait atteindre entre 40 et 45 dollars en période de pénurie, se situerait désormais autour de 14 dollars.
Malgré ces avancées, la République démocratique du Congo continue d’importer une part importante des produits nécessaires à l’approvisionnement de ses grandes villes, notamment le maïs, le riz, le poisson, la viande et les produits laitiers.
Pour le ministère de l’Économie nationale, le prochain défi consiste donc à passer de la gestion des crises à la transformation durable de l’appareil productif. Si la surveillance des prix permet d’anticiper les tensions sur les marchés, la stabilité à long terme dépendra surtout de la capacité du pays à accroître sa production, à améliorer l’acheminement des produits et à renforcer la compétitivité des producteurs congolais.
Après une année consacrée au renforcement des mécanismes de régulation, le Gouvernement Suminwa II est désormais attendu sur un enjeu majeur : transformer ces dispositifs en résultats durables, avec une meilleure disponibilité des produits, des revenus accrus pour les producteurs et un pouvoir d’achat mieux préservé pour les ménages.
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Daniella Kalala
