Consécration : Après Paris, Maître Liévin Ngondji honoré à Kinshasa pour son combat contre la peine de mort

Après avoir reçu à Paris le Grand Prix Robert Badinter, l’avocat congolais Liévin Ngondji sera honoré ce samedi 19 septembre 2026 à Kinshasa par la Culture pour la paix et la justice. La CPJ ASBL en collaboration avec la CCPM-RDC et de ECPM.
Au-delà de la célébration d’un parcours exceptionnel, cette cérémonie remet au centre du débat la question de l’abolition de la peine de mort en République démocratique du Congo.

La Culture pour la paix et la justice (CPJ) organise, ce samedi 19 septembre 2026 à Kinshasa, une cérémonie consacrée à la présentation du Grand Prix Robert Badinter décerné à Maître Liévin Ngondji pour la constance de son engagement en faveur de l’abolition universelle de la peine de mort.

L’événement se tiendra à l’Auditorium Community Center du complexe Silikin Village, sur l’avenue Mondjiba, en face de l’ambassade de France. Il réunira des acteurs de la justice, des défenseurs des droits humains, des représentants de la société civile et différentes personnalités autour de l’avocat congolais.

Organisée par la CPJ, en collaboration avec la Coalition congolaise contre la peine de mort et ses partenaires, la rencontre servira également de cadre à la restitution des travaux du 9ᵉ Congrès mondial contre la peine de mort, tenu à Paris du 30 juin au 2 juillet 2026.

De Paris à Kinshasa

La cérémonie de Kinshasa intervient un peu plus de deux mois après la consécration internationale de Liévin Ngondji à Paris. Le 2 juillet 2026, à la clôture du Congrès mondial, l’avocat congolais a reçu le Grand Prix Robert Badinter des mains de Yaël Braun-Pivet, présidente de l’Assemblée nationale française.

Cette distinction porte le nom de Robert Badinter, ancien ministre français de la Justice et figure emblématique du combat ayant conduit à l’abolition de la peine de mort en France en 1981. Elle récompense des femmes et des hommes dont l’action contribue de manière exceptionnelle à faire progresser la cause abolitionniste.

Le prix remis à Maître Ngondji salue ainsi près de trente années d’engagement en faveur du droit à la vie, d’une justice plus humaine et de l’abolition de la peine capitale en République démocratique du Congo et dans le monde.

Le 9ᵉ Congrès mondial contre la peine de mort avait réuni, pendant trois jours, plus de 1 300 participants venus d’une centaine de pays : responsables politiques, magistrats, avocats, diplomates, universitaires, organisations de la société civile, anciens condamnés et familles de victimes.

Dans un tel cadre, la distinction accordée à un avocat congolais dépasse la simple reconnaissance personnelle. Elle inscrit le combat mené depuis Kinshasa dans une dynamique internationale où la défense de la vie humaine apparaît comme l’un des fondements essentiels de l’État de droit.

Près de trente ans de combat

Avocat pénaliste au barreau de Kinshasa-Gombe, Liévin Ngondji est l’une des principales figures congolaises du mouvement abolitionniste. Il a participé à la création de la Coalition mondiale contre la peine de mort, contribué à la mise en place de plusieurs réseaux régionaux et fondé Culture pour la paix et la justice, une organisation engagée dans la défense des droits humains.

Son combat s’est construit dans la durée, à travers le plaidoyer institutionnel, la mobilisation de la société civile, la défense judiciaire, la formation et la sensibilisation de l’opinion publique.

En février 2026, il a publié l’ouvrage Vers l’abolition de la peine de mort en République démocratique du Congo. Dans ce livre de 140 pages, préfacé notamment par le professeur Raphaël Nyabirungu, il examine les obstacles juridiques, politiques et sociaux qui ralentissent l’abolition.

Son raisonnement repose sur une idée centrale : s’opposer à la peine capitale ne signifie ni excuser le crime ni ignorer la douleur des victimes. Il s’agit plutôt de défendre une justice capable de punir avec fermeté sans disposer d’un pouvoir irréversible sur la vie humaine.

La prison protège la société et maintient la possibilité de réparer une erreur judiciaire. L’exécution, elle, ferme définitivement toute possibilité de révision, de réhabilitation ou de correction.

Une distinction qui interpelle la RDC

Au-delà de l’hommage rendu à Liévin Ngondji, le Grand Prix Robert Badinter replace la République démocratique du Congo devant ses propres choix en matière de politique pénale.

Pendant plus de vingt ans, le pays a observé un moratoire de fait sur les exécutions capitales. Bien que les tribunaux aient continué à prononcer des condamnations à mort, celles-ci étaient généralement commuées en peines de prison à perpétuité.

En mars 2024, une circulaire du ministère de la Justice a cependant levé ce moratoire. Les autorités ont justifié cette décision par la nécessité de combattre la trahison, l’espionnage, le terrorisme, certaines formes de criminalité urbaine et les complicités présumées avec les forces ennemies, dans un contexte marqué par la guerre dans l’Est du pays.

Ces préoccupations sécuritaires sont réelles. La RDC fait face à des groupes armés, à des violences persistantes et à des atteintes graves à la souveraineté nationale. L’État a le devoir de protéger la population, de maintenir la discipline dans les forces de défense et de sanctionner les auteurs de crimes graves.

Mais ces impératifs ne peuvent écarter les questions fondamentales relatives à la qualité des enquêtes, à l’indépendance de la justice, au respect des droits de la défense et au risque d’erreurs judiciaires.

La peine capitale devient particulièrement préoccupante lorsqu’elle est appliquée dans un environnement où l’accès à une défense de qualité demeure inégal. Les justiciables les plus vulnérables, incapables de mobiliser des avocats expérimentés ou des moyens suffisants, sont souvent les plus exposés à une sanction irréversible.

Justice ou vengeance ?

La force du combat abolitionniste consiste précisément à refuser l’opposition artificielle entre la défense de la société et la protection de la vie humaine.

Une justice qui renonce à exécuter ne renonce pas nécessairement à punir. Elle peut prononcer des peines sévères, protéger la société et reconnaître la souffrance des victimes, tout en conservant la possibilité de corriger ses propres erreurs.

La peine de mort soulève également la question de son efficacité. Son caractère spectaculaire peut donner l’impression d’une réponse forte, mais il ne suffit pas à résoudre les causes profondes de la criminalité, de la trahison ou de l’insécurité. Celles-ci se combattent par des enquêtes rigoureuses, une justice crédible, des institutions solides et une politique pénale cohérente.

Le vrai débat ne consiste donc pas à choisir entre faiblesse et fermeté. Il consiste à déterminer si la République démocratique du Congo peut construire une justice assez forte pour punir sans tuer et suffisamment sûre d’elle-même pour ne pas faire de l’irréversible une démonstration d’autorité.

De la reconnaissance individuelle au débat national

En honorant Liévin Ngondji à Kinshasa, la CPJ ne célèbre pas seulement le parcours de son fondateur. Elle entend replacer la cause abolitionniste au cœur du débat public congolais.

La restitution des travaux du Congrès mondial offrira l’occasion de confronter les expériences, d’examiner les progrès réalisés dans d’autres pays et de réfléchir au chemin que pourrait emprunter la RDC. Cette réflexion doit associer le gouvernement, le Parlement, les magistrats, les avocats, les universités, les confessions religieuses, les organisations de défense des droits humains et les familles des victimes.

Le Grand Prix Robert Badinter honore un avocat, mais il adresse également un message à la Nation. Il rappelle que la grandeur d’un système judiciaire ne se mesure pas uniquement à la sévérité de ses sanctions, mais aussi à sa capacité de protéger chaque citoyen contre l’arbitraire et l’erreur.

Paris a reconnu la constance du combat mené par Liévin Ngondji. Kinshasa s’apprête désormais à célébrer cette distinction. Mais le véritable prolongement de cet hommage sera la capacité de la société congolaise à engager, sans passion ni simplification, un débat national sur la justice, la dignité humaine et le droit à la vie.

Adam Mwena Meji

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