Plus de 5 000 enfants de militaires privés d’école pour l’année scolaire 2025-2026, des veuves de soldats tombés au front contraintes de manifester pour obtenir les salaires dus à leurs époux : la situation des dépendants des militaires en République démocratique du Congo suscite une vive inquiétude. Face à cette réalité, la Dynamique des structures des dépendants des militaires et policiers de la RDC (DYSEMIP) interpelle les autorités congolaises et appelle à une prise en charge plus efficace de cette catégorie sociale.


À Bunia, plusieurs veuves de militaires décédés sur les lignes de front ont récemment manifesté pour réclamer le paiement des soldes et des droits de leurs époux. Une mobilisation qui traduit, selon la DYSEMIP, le sentiment d’abandon ressenti par de nombreuses familles de militaires ayant sacrifié leur vie pour la défense de l’intégrité territoriale du pays.
Pour Bienvenu Lukokisa, haut cadre et porte-parole de la DYSEMIP, il est impératif que l’État honore ses engagements envers les familles des militaires. Il estime que le sacrifice des soldats morts au combat doit se traduire par une véritable politique de protection sociale en faveur de leurs veuves et de leurs enfants.
Selon lui, la situation des enfants est particulièrement préoccupante. Plus de 5 000 d’entre eux n’ont pas repris le chemin de l’école au cours de l’année scolaire 2025-2026, une situation qu’il qualifie d’inacceptable. « La place d’un enfant est à l’école », insiste-t-il, rappelant que l’accès à l’éducation constitue un droit fondamental qui ne devrait souffrir d’aucune discrimination.
Le porte-parole de cette structure s’appuie également sur les dispositions légales régissant le statut des militaires des FARDC, notamment celles relatives aux droits des dépendants des militaires. Il estime que les textes prévoient des mécanismes de protection pour les veuves et les orphelins des militaires décédés et regrette que leur application demeure insuffisante.
Concernant les épouses des militaires morts au service de la nation, Bienvenu Lukokisa rappelle que la législation reconnaît des avantages aux ayants droit des militaires et anciens combattants. Pour lui, ces dispositions doivent être appliquées afin de garantir une protection sociale effective aux familles concernées.
La dynamique des structures des dépendants des militaires et policiers de la RDC déplore ainsi que la République, pour laquelle de nombreux militaires ont consenti le sacrifice suprême, ne soit pas aujourd’hui en mesure d’assurer une assistance convenable à leurs proches. L’organisation condamne cette situation et appelle les autorités militaires, politiques et administratives à prendre des mesures urgentes afin de restaurer la dignité et les droits des dépendants des militaires.
De son côté, la coordonatrice internationale des dépendants des militaires dans l’espace francophone, Magdallah Kasonga, plaide pour la création d’une structure publique exclusivement dédiée à la prise en charge des veuves, des orphelins et des anciens combattants.
Selon elle, bien qu’il existe un ministère en charge des anciens combattants, des veuves et des orphelins, les résultats sur le terrain restent insuffisants. Elle estime qu’un organisme spécialisé, dirigé par une personne issue de cette communauté, permettrait d’assurer un meilleur suivi des dossiers sociaux et administratifs.
« Il est vrai qu’il existe un ministère qui s’occupe des anciens combattants, des veuves et des orphelins. Mais nous constatons que ces veuves n’ont personne pour défendre efficacement leur cause. Nous invitons le gouvernement à examiner notre proposition. Ce serait une réponse concrète aux difficultés que traversent ces familles. C’est la première fois que nous enregistrons un nombre aussi élevé d’enfants n’ayant pas repris le chemin de l’école. C’est un véritable signal d’alarme pour notre communauté », a déclaré Magdallah Kasonga.
Cette structure considère que la protection des dépendants des militaires constitue un enjeu de justice et de reconnaissance nationale. Pour l’organisation, accompagner les familles des soldats tombés au champ d’honneur revient également à renforcer le moral des militaires encore engagés sur les différents fronts et à témoigner de la solidarité de la Nation envers ceux qui assurent sa défense.
Heritier Lelo
