Conférence ministérielle de l’OMC à Yaoundé : Julien Paluku plaide pour un commerce multilatéral équitable

Le ministre du commerce extérieur  porte haut la voix de la RDC à la conférence ministérielle de l’OMC (organisation mondiale du commerce) qui se tient à Yaoundé au Cameroun. La conférence, ouverte ce 26 mars rassemble pendant quatre jours, 166 pays membres qui tenteront de réfléchir afin de sortir l’institution (OMC) de l’impasse et adapter le commerce mondial aux réalités du XXIᵉ siècle. Les pays membres de l’OMC présents à Yaoundé tenteront de dégager des compromis dans un contexte où les tensions géopolitiques et les recompositions économiques fragilisent le multilatéralisme.

Dès l’ouverture des travaux ils ont reconnu, de manière quasi-unanime une évidence : l’OMC traverse une crise de pertinence. Paralysée sur plusieurs dossiers structurants, contestée par certaines grandes puissances, l’institution est aujourd’hui sommée de se réinventer. À Yaoundé, il est donc autant question de réforme que de crédibilité. Dans ce regard de nécessité de renouvellement, Julien Paluku, comme l’ensemble des ministres des pays africains, a plaidé pour un commerce multilatéral équitable, ouvert et inclusif, mais également pour l’instauration de l’Accord sur la Facilitaion des Investissements, à  l’instar de l’Accord sur la Facilitation des Échanges de l’OMC.

Réformer sans fracturer

Au cœur des discussions, plusieurs chantiers jugés prioritaires : la modernisation des règles commerciales, l’essor du commerce électronique, le soutien à l’agriculture et surtout l’industrialisation des Pays les moins Avancés (PMA) à travers les zones économiques spéciales. Des sujets techniques, mais hautement politiques, tant ils cristallisent les divergences entre économies avancées et pays en développement.

Pour les délégations africaines, l’enjeu est clair : rééquilibrer un système perçu comme structurellement défavorable. Le ministre camerounais du Commerce, Luc Magloire Atangana Mbarga, a ainsi plaidé pour un multilatéralisme « plus juste, plus inclusif et véritablement ouvert », tout en défendant l’idée d’un accord sur la facilitation des investissements, inspiré de celui sur la facilitation des échanges.

Une ligne également portée par la République démocratique du Congo. En marge de la conférence, le ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku Kahongya, s’est fait l’avocat d’un cadre international plus favorable aux économies fragiles, notamment lors de la réunion stratégique des PMA.

L’ombre des crises globales

Mais difficile d’ignorer le contexte international. À la tribune, la directrice générale de l’OMC, Ngozi Okonjo-Iweala, a dressé un constat lucide : conflits armés, tensions au Moyen-Orient, fragmentation des chaînes d’approvisionnement… autant de facteurs qui pèsent sur les échanges mondiaux et accentuent les inégalités.

Dans ce climat incertain, l’Afrique entend transformer les contraintes en opportunités. « Le continent dispose d’un potentiel considérable », a insisté la patronne de l’OMC, appelant à un accompagnement renforcé, notamment dans les nouvelles technologies et le transfert de compétences. Objectif : accroître la valeur ajoutée des exportations africaines, encore largement dominées par les matières premières.

Infrastructures : le nerf de la guerre

L’autre point de convergence concerne les infrastructures. Représentant le président Paul Biya, le Premier ministre Joseph Dion Ngute qui a donné le coup d’envoi des travaux, a appelé les partenaires internationaux à soutenir les PMA dans la modernisation de leurs réseaux logistiques.

En ligne de mire : les postes frontaliers à arrêt unique, censés fluidifier les échanges et réduire les coûts commerciaux dans des régions encore pénalisées par la lourdeur administrative et les déficits d’infrastructures.

Une conférence sous tension

Reste à savoir si cette CM14 débouchera sur des avancées concrètes. Car si les attentes sont élevées, les lignes de fracture persistent. Entre défense des intérêts nationaux et volonté de compromis, l’équation s’annonce délicate.

À Yaoundé, l’OMC joue plus qu’une simple conférence ministérielle : elle joue sa capacité à rester un acteur central de la gouvernance économique mondiale. Pour l’Afrique, en revanche, l’enjeu est tout aussi stratégique : faire entendre sa voix et peser, enfin, dans l’écriture des règles du commerce international.

Patrick Ilunga

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