Retrait du pays de la liste grise du GAFI : Les langues se délient et saluent une performance à consolider

Le retrait officiel de la République démocratique du Congo de la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI), n’a pas laissé indifférents les acteurs politiques, économiques et de la société civile. Cette liste regroupe les juridictions soumises à une surveillance renforcée en raison de défaillances dans la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.

Cette décision intervient après quatre années d’efforts engagés par le pays pour renforcer son dispositif de contrôle financier, améliorer la transparence des opérations et se conformer aux exigences internationales en matière de lutte contre la criminalité financière.

Dans son communiqué, l’organisation estime que cette décision « consacre les progrès substantiels accomplis par le pays » et témoigne du « renforcement continu de son dispositif national de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme ».

Une évolution saluée par plusieurs acteurs, à commencer par le président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi, qui s’est félicité de cette décision, qu’il considère comme un « signal positif pour la crédibilité financière internationale du pays ». Pour le chef de l’État, cette reconnaissance est susceptible de renforcer la confiance des partenaires extérieurs, de faciliter les relations financières internationales et de créer un environnement plus favorable aux investissements.

Un sentiment partagé par la Première ministre, Judith Suminwa, qui voit dans ce retrait une avancée importante pour l’image économique de la RDC.

« Au-delà de sa portée symbolique, le retrait de la République démocratique du Congo de la liste grise constitue un signal positif adressé à la communauté financière internationale. Il contribue à renforcer la confiance dans l’environnement économique et financier du pays, à améliorer sa crédibilité auprès des investisseurs internationaux et à consolider les conditions de son intégration aux circuits financiers mondiaux », a-t-elle déclaré.

La cheffe du gouvernement insiste toutefois sur la nécessité de préserver les acquis et de maintenir la vigilance.

« Le maintien des acquis, la vigilance permanente et la poursuite des réformes demeurent indispensables pour prévenir toute résurgence des vulnérabilités identifiées », a-t-elle ajouté.

Du côté du ministère des Finances, Doudou Fwamba attribue cette avancée à la mise en œuvre de 23 mesures, à l’intégration de la CENAREF au Groupe Egmont ainsi qu’à des actions judiciaires ciblées.

Le ministère de la Justice inscrit également cette décision dans la dynamique des réformes entreprises pour consolider la transparence financière et renforcer les mécanismes de lutte contre les pratiques illicites.

Sur le plan financier, la Banque centrale du Congo considère cette évolution comme une opportunité pour le système bancaire national. Selon l’institution, la sortie de la liste grise pourrait faciliter les relations entre les banques congolaises et leurs correspondants étrangers, améliorer la fluidité des transactions internationales et renforcer la confiance dans le système financier national. Des perspectives qui pourraient, à terme, bénéficier aux entreprises et aux opérateurs économiques confrontés aux exigences de conformité dans leurs échanges avec l’étranger.

Au sein de la société civile, notamment la coalition Congo N’est Pas À Vendre (CNPAV), la décision est également accueillie favorablement. Toutefois, l’organisation met en garde contre toute interprétation qui ferait de ce retrait une victoire définitive dans la lutte contre la corruption et la criminalité financière.

Pour cette coalition, les progrès réalisés en matière de conformité doivent désormais se traduire par des actions concrètes, notamment des poursuites judiciaires effectives, la récupération des biens détournés, une meilleure transparence dans les marchés publics et une lutte plus rigoureuse contre les conflits d’intérêts.

Au-delà des réactions et des satisfactions exprimées, le véritable enjeu pour la RDC reste désormais de transformer cette amélioration de son image financière en retombées économiques concrètes.

En effet, la sortie de la liste grise ne garantit pas automatiquement une hausse des investissements ni une baisse des coûts des transactions internationales. Elle constitue néanmoins une opportunité pour restaurer la confiance des partenaires financiers et consolider l’intégration du pays dans les circuits économiques internationaux. Le maintien de ces acquis dépendra donc de la poursuite des réformes et, surtout, de leur application effective.

Daniella Kalala

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