RDC : LE DIRECT-TO-CELL À L’ASSAUT DES ZONES BLANCHES, AVEC DES DÉFIS ÉNORMES À RELEVER 

Airtel et Starlink ouvrent une nouvelle frontière de la couverture mobile, sous l’encadrement de l’ARPTC

Dans un pays de 2,3 millions de kilomètres carrés où des millions de citoyens vivent encore dans des territoires insuffisamment couverts par les réseaux de télécommunications, l’arrivée du Direct-to-Cell pourrait constituer une évolution importante. L’ARPTC vient d’annoncer officiellement l’introduction progressive en République démocratique du Congo de cette technologie exploitée , dans un premier temps , il faut le supposer par Airtel Congo RDC SA en partenariat avec Starlink. L’enjeu dépasse la prouesse technologique : il s’agit de savoir si le satellite peut contribuer à réduire durablement les zones non couvertes , zones blanches y compris qui entretiennent l’isolement numérique d’une partie du territoire congolais.

Il existe des innovations dont l’importance ne se mesure pas seulement à leur sophistication technologique, mais au problème qu’elles permettent de résoudre.

En République démocratique du Congo, la couverture du territoire constitue depuis longtemps l’un des grands défis du secteur des télécommunications.

L’immensité du pays, la dispersion de la population, l’insuffisance des infrastructures électriques et routières ainsi que le coût du déploiement des réseaux terrestres rendent particulièrement difficile la couverture de certaines régions.

C’est dans ce contexte qu’intervient le Direct-to-Cell (D2C).

L’Autorité de Régulation de la Poste et des Télécommunications du Congo (ARPTC) a officiellement annoncé le lancement progressif de cette solution, exploitée par Airtel Congo RDC SA en partenariat avec Starlink RDC.

L’ambition affichée est claire : permettre à des utilisateurs situés en dehors de la couverture mobile terrestre de conserver certaines possibilités de communication grâce au satellite.

LE SATELLITE DIRECTEMENT AU SERVICE DU TÉLÉPHONE

Le principe du Direct-to-Cell marque une évolution importante dans l’utilisation des infrastructures satellitaires.

Traditionnellement, accéder à Internet par satellite suppose l’installation d’une antenne ou d’un terminal spécifique.

Avec le D2C, le satellite intervient comme une extension du réseau mobile dans certaines zones où les infrastructures terrestres ne sont pas disponibles.

Selon les informations communiquées autour du dispositif congolais, le service vise des téléphones 4G compatibles utilisant le réseau Airtel. Lorsqu’un utilisateur se trouve dans une zone où le réseau terrestre Airtel n’est plus disponible et où le service D2C est activé, la connexion peut être relayée par l’infrastructure satellitaire Starlink.

Autrement dit, le satellite ne vient pas remplacer les antennes mobiles installées sur le territoire.

Il vient prolonger leur portée là où elles ne sont pas encore.

Cette distinction est fondamentale.

Le Direct-to-Cell n’annonce donc pas la disparition du réseau terrestre. Il constitue plutôt une nouvelle couche technologique destinée à réduire les ruptures de couverture.

POUR LA RDC, LA TECHNOLOGIE RÉPOND À UN PROBLÈME STRUCTUREL

Dans un pays plus vaste que plusieurs États européens réunis, construire des infrastructures de télécommunications jusque dans chaque localité représente un investissement considérable.

Certaines zones sont difficiles d’accès. D’autres présentent une densité démographique insuffisante pour justifier rapidement des investissements lourds dans des infrastructures terrestres.

La conséquence est connue : lorsqu’on quitte les grands centres urbains et certains axes de communication, la qualité et parfois l’existence même du signal mobile deviennent aléatoires.

Or, aujourd’hui, l’absence de télécommunications ne signifie plus seulement l’impossibilité de passer un appel.

Elle signifie également une difficulté d’accès à l’information, aux services financiers numériques, à l’administration, aux activités économiques, aux secours et, plus largement, à la vie moderne.

C’est ici que le Direct-to-Cell peut prendre une dimension stratégique pour la RDC.

Il pourrait permettre de réduire certaines zones non couvertes ´sans attendre systématiquement le déploiement préalable d’un réseau terrestre complet.

UNE TECHNOLOGIE PROMETTEUSE, MAIS PAS MAGIQUE

Il serait cependant excessif de présenter le D2C comme une solution capable, dès son lancement, d’offrir partout les mêmes performances qu’un réseau 4G terrestre classique.
Le streaming vidéo n’est notamment pas présenté comme à l’usage du dispositif.
Les informations communiquées précisent elles-mêmes plusieurs limites.

Le service doit être déployé progressivement et uniquement dans les zones activées. Il nécessite des équipements compatibles et une visibilité suffisante du ciel pour permettre la communication avec le satellite.

La qualité de service, notamment en matière de débit et de latence, peut également être inférieure à celle obtenue sur un réseau terrestre classique.

Le streaming vidéo intensif n’est notamment pas présenté comme l’usage prioritaire du dispositif.

La philosophie du D2C est ailleurs : maintenir des communications essentielles là où, auparavant, il n’y avait simplement plus de réseau.

Le dispositif présenté prévoit notamment des services de messagerie et communications vocales par whatsapp , des sms , utilisant les capacités satellitaires disponibles.

Les modalités précises d’utilisation, la compatibilité des terminaux, les zones effectivement couvertes ainsi que les conditions commerciales devront cependant être précisées au fur et à mesure du déploiement par Airtel Congo.

C’est un point essentiel : entre la capacité technologique théorique et l’expérience réelle des abonnés congolais, le déploiement opérationnel constituera le véritable test.

L’ARPTC FACE À UN NOUVEAU TERRITOIRE DE RÉGULATION

L’arrivée du Direct-to-Cell pose également une question institutionnelle importante.

Lorsque les télécommunications terrestres rencontrent les constellations satellitaires, la régulation devient nécessairement plus complexe.

Il faut garantir la sécurité des communications, la protection des utilisateurs, le respect de la réglementation nationale , la protection des données , le suivi des flux pour le Chiffre d affaires réalisé et les conditions d’exploitation du service sur le territoire congolais.

L’ARPTC se retrouve ainsi devant une double responsabilité.

La première consiste à ne pas empêcher l’innovation par une réglementation incapable de suivre l’évolution technologique.

La seconde consiste à éviter que l’innovation technologique ne se développe en dehors des exigences de souveraineté, de sécurité et de protection du consommateur.

En donnant une position favorable à l’introduction du Direct-to-Cell tout en annonçant son encadrement réglementaire, le régulateur tente précisément de trouver cet équilibre.

Encadrer sans étouffer. Autoriser sans abandonner la souveraineté réglementaire de l’État.

AIRTEL ET STARLINK : UNE COMPLÉMENTARITÉ STRATÉGIQUE

Le modèle retenu repose également sur une complémentarité intéressante.

Airtel demeure l’opérateur mobile assurant la relation avec ses abonnés et l’intégration du service dans son réseau.

Starlink apporte l’infrastructure satellitaire permettant d’étendre la connectivité au-delà des limites physiques du réseau terrestre.

Cette architecture pourrait préfigurer une transformation plus générale du secteur des télécommunications : demain, la frontière entre réseaux terrestres et réseaux satellitaires pourrait devenir de moins en moins perceptible pour l’utilisateur.

Pour celui-ci, une seule chose comptera finalement : pouvoir communiquer, quel que soit l’endroit où il se trouve.

LE VRAI TEST SERA CELUI DU TERRITOIRE

L’annonce est importante.

Mais son succès ne pourra être mesuré à Kinshasa seulement.

Il devra l’être dans les territoires où le téléphone perd aujourd’hui son signal.

Dans les villages éloignés.

Sur les grands axes routiers.

Dans les zones rurales.

Dans les régions où construire une infrastructure terrestre reste extrêmement difficile.

C’est là que le Direct-to-Cell devra démontrer son utilité.

Car la véritable révolution numérique congolaise ne consistera pas seulement à offrir toujours davantage de débit aux populations déjà connectées.

Elle consistera également à faire entrer dans l’espace numérique ceux qui en sont encore exclus.

Si le déploiement annoncé tient ses promesses, le partenariat entre Airtel et Starlink, sous l’encadrement de l’ARPTC, pourrait donc représenter davantage qu’une innovation supplémentaire dans le secteur des télécommunications.

Il pourrait devenir l’un des instruments permettant à la République démocratique du Congo de commencer à résoudre une équation qui semblait jusqu’ici particulièrement difficile :

comment connecter un territoire immense sans attendre que chaque kilomètre du pays soit couvert par une infrastructure terrestre ?

Avec le Direct-to-Cell, une partie de la réponse pourrait désormais venir du ciel.
Qu’en sera t il des autres opérateurs cellulaires ?

William Kalengay

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