RDC – Infrastructures : « Sans routes, les minerais restent une richesse dormante »: Simon Kassambayi ACGT

En marge de la 21ᵉ édition de la DRC Mining Week 2026 organisée à Lubumbashi, grand rendez-vous des acteurs du secteur extractif africain, les débats n’ont pas seulement porté sur l’exploitation des ressources minières, mais aussi sur les leviers indispensables à leur transformation en moteur réel de développement. Parmi eux : les infrastructures. Dans cet entretien exclusif accordé à Geopolis, Simon Kassambayi Punda, Directeur provincial de l’Agence Congolaise des Grands Travaux (ACGT) pour le Haut-Katanga et le Lualaba, revient sur le lien stratégique entre mines et infrastructures, les grands projets de corridors logistiques en cours, ainsi que les défis du désenclavement national. Ingénieur de formation, doté d’une solide expérience dans le secteur minier et récemment distingué par le Prix spécial Intelligence institutionnelle, décerné par la Conférence scientifique Brillant Futur et l’Agence Intelligence Économique pour son leadership et son apport institutionnel, il défend une conviction forte : le développement minier durable commence par les routes, les ponts, les ports et l’énergie.

Interview exclusive

JJOW (José-Junior Owawa ) : Monsieur Kassambayi Punda, vous êtes Directeur provincial de l’Agence Congolaise des Grands Travaux pour le Haut-Katanga et le Lualaba. Que vient faire l’ACGT à la DRC Mining Week ?

SKP (Simon Kassambayi Punda ) : Merci pour cette question pertinente. Lorsqu’on parle des mines, on parle automatiquement du développement du pays. Les ressources minières constituent certes une richesse naturelle, mais leur exploitation dépend fondamentalement des infrastructures.
Avec mon expérience dans le secteur minier, notamment à Tenke Fungurume où j’ai travaillé comme Directeur de construction, j’ai appris une réalité simple : pour exploiter les minerais, il faut des routes, des ports, des chemins de fer et des infrastructures énergétiques. Il faut pouvoir acheminer les équipements vers les sites et évacuer les produits miniers vers les marchés. L’ACGT étant impliquée dans le développement des infrastructures structurantes du pays, notre présence ici est donc tout à fait naturelle. D’autant plus que l’Agence est née d’une logique « mines contre infrastructures ».

JJOW : Justement, le Grand Katanga demeure le poumon économique du pays. Quels défis rencontrez-vous aujourd’hui dans cette mission de désenclavement ?

SKP : Je vais répondre à travers une vision portée par le Président de la République. Lors de la neuvième édition d’Expo Béton, il avait insisté sur un impératif : désenclaver les provinces et relier les espaces productifs du pays. Sa vision est celle d’un corridor logistique interne reliant le Grand Katanga au Grand Kasaï, au Grand Bandundu jusqu’au port de Banana. Nous parlons d’environ 8 300 kilomètres de corridor national. Le maillon essentiel qui manquait concernait notamment le tronçon entre Guba et Kananga. Ce projet stratégique est confié à l’ACGT. Depuis 2024, six entreprises y travaillent déjà. Notre objectif est clair : d’ici fin 2027, permettre une liaison continue entre Sakania et Banana.

JJOW : Quel impact ce corridor pourrait-il avoir sur l’économie minière ?

SKP : L’impact sera considérable. Aujourd’hui, beaucoup parlent du corridor de Lobito. Mais ce corridor traverse aussi d’autres territoires hors RDC. Avec un corridor entièrement interne, nous créons davantage de valeur chez nous : plus d’emplois, plus d’activités économiques locales, davantage d’opportunités pour les PME congolaises et une meilleure intégration économique nationale. Les minerais produits dans le Sud pourraient traverser plusieurs territoires congolais avant d’atteindre Banana. Cela signifie développement des marchés locaux, création de richesses et stimulation des investissements.

JJOW : On associe souvent l’ACGT uniquement aux routes. Pourtant votre champ d’action paraît beaucoup plus vaste…

SKP : Absolument. L’ACGT ne se limite pas aux routes. Nous intervenons également dans les ponts, les ports, les aéroports, les chemins de fer, l’énergie et toutes les infrastructures stratégiques pouvant soutenir l’économie nationale. Nous sommes avant tout un bureau d’ingénierie capable d’accompagner tous les grands projets structurants.

JJOW : Dans votre espace provincial précisément, quelles sont aujourd’hui les priorités ?

SKP : Récemment, nous avons effectué une mission de terrain avec les autorités provinciales du Lualaba afin d’identifier les besoins prioritaires. Nous avons recensé plusieurs axes nécessitant des interventions urgentes. Très prochainement, des équipes d’ingénieurs descendront sur le terrain pour conduire des études techniques et préparer les futurs travaux. Nous faisons le même travail au Haut-Katanga avec les autorités provinciales.

JJOW : Mais tous ces projets nécessitent des financements importants. Disposez-vous réellement des moyens de vos ambitions ?

SKP : Les besoins restent énormes. Certes, le programme sino-congolais représente une source importante de financement. Grâce à la renégociation initiée par le Chef de l’État, les investissements sont passés de 3 à 7 milliards de dollars. Mais cela reste insuffisant pour un pays-continent comme la RDC. C’est pourquoi nous développons fortement le modèle de partenariat public-privé (PPP).

À travers ce mécanisme, les investisseurs privés peuvent participer au financement des infrastructures et récupérer leurs investissements via les concessions. Aujourd’hui déjà, plusieurs routes fonctionnent selon ce modèle.

JJOW : Quel message adressez-vous aux opérateurs miniers ?

SKP : Les entreprises minières doivent comprendre une chose : elles peuvent produire autant qu’elles veulent, mais sans infrastructures adaptées, leurs produits resteront bloqués. À un moment donné, elles risquent l’asphyxie logistique. Investir dans les infrastructures, c’est aussi sécuriser leur propre avenir économique.

JJOW : Votre mot de la fin ?

SKP : Je voudrais rappeler une vérité simple : là où passe la route, passe le développement. Il est également essentiel que tous ceux qui construisent et utilisent les infrastructures respectent les normes techniques. Les routes sont conçues pour supporter certaines charges précises. Si ces normes ne sont pas respectées, les infrastructures se détériorent rapidement et les investissements deviennent improductifs. Nos minerais constituent une richesse, mais ce sont les infrastructures qui permettent de transformer cette richesse potentielle en développement réel pour les populations.

Propos recueillis par José-Junior Owawa

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