Kinshasa mise sur une hausse de près de 12 % des ressources budgétaires, malgré la persistance du conflit armé dans l’Est et les urgences sanitaires et humanitaires.
Le gouvernement congolais prévoit un budget de 56.930 milliards de francs congolais, soit environ 24,8 milliards de dollars américains, pour l’exercice 2027. Présenté en équilibre, en recettes et en dépenses, ce projet de loi de finances affiche une progression de près de 12 % par rapport au budget rectificatif de 2026.
La Première ministre, Judith Suminwa, a présenté et défendu ce projet devant les députés nationaux au Palais du peuple, à Kinshasa, en mettant en évidence les principaux défis politiques, sécuritaires, sociaux et économiques auxquels le pays demeure confronté.
Sur le plan sécuritaire, le gouvernement reconnaît la persistance du conflit armé et l’occupation d’une partie du territoire national dans l’Est de la République démocratique du Congo. À cette situation s’ajoute la perspective du Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État, convoqué par le président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo.
Ces contraintes placent la sécurité, la stabilité institutionnelle et la recherche d’une solution durable à la crise parmi les enjeux majeurs de l’action publique. Elles s’accompagnent d’importants besoins humanitaires, notamment en faveur des populations déplacées par la guerre.
Des urgences sanitaires et sociales persistantes
Le contexte social et sanitaire constitue un autre défi pour les finances publiques. Le gouvernement doit poursuivre la lutte contre les épidémies de choléra et de Mpox, tout en maintenant les efforts de riposte contre Ebola.
En parallèle, l’exécutif entend mettre en œuvre le programme présidentiel consacré à l’emploi et à l’entrepreneuriat des jeunes. L’enjeu est de renforcer les perspectives d’insertion professionnelle et de soutenir les initiatives économiques dans un environnement marqué par les besoins sociaux croissants.
La croissance minière comme moteur économique
Sur le plan économique, Judith Suminwa a mis en avant le maintien d’une croissance soutenue par le secteur minier, ainsi que le raffermissement des activités non extractives.
Le gouvernement entend également poursuivre les projets d’infrastructures destinés au désenclavement et à l’interconnexion du territoire national. Ces investissements doivent contribuer à améliorer la circulation des personnes et des marchandises, à renforcer les échanges intérieurs et à soutenir l’activité économique.
La poursuite des efforts de stabilisation du cadre macroéconomique figure aussi parmi les priorités annoncées. Elle devra accompagner la mobilisation des recettes publiques et l’exécution des dépenses prévues.
Le recours aux financements extérieurs
En matière de finances publiques, la cheffe du gouvernement a évoqué l’ouverture de la quatrième revue du programme appuyé par la Facilité élargie de crédit du Fonds monétaire international (FMI), ainsi que de la troisième revue au titre de la Facilité pour la résilience et la durabilité.
Elle a également annoncé la première émission d’euro-obligations, ou eurobonds, destinée au financement d’infrastructures prioritaires. Ce mécanisme ouvre une nouvelle perspective de mobilisation de capitaux sur les marchés internationaux, mais implique aussi des exigences en matière de gestion de la dette, de transparence et de capacité de remboursement.
Le défi de l’exécution budgétaire
Avec une enveloppe annoncée de 24,8 milliards de dollars, le projet de budget 2027 traduit l’ambition du gouvernement de soutenir la croissance, de financer les infrastructures et de répondre aux urgences sécuritaires, sanitaires et sociales.
Toutefois, l’augmentation des prévisions budgétaires ne garantit pas, à elle seule, l’amélioration des conditions de vie de la population. La mobilisation effective des recettes, la qualité des dépenses et la réalisation des investissements annoncés seront déterminantes.
L’enjeu sera donc de transformer les ressources prévues en résultats concrets, dans un pays où les besoins de sécurité, d’assistance humanitaire, d’emploi et d’infrastructures restent considérables.
Le débat parlementaire autour de ce projet de loi de finances devra ainsi permettre d’examiner la cohérence entre les ambitions affichées, les moyens disponibles et les mécanismes de contrôle de l’exécution budgétaire.
José-Junior OWAWA
