Quarante-deux ans après le dernier recensement, la République démocratique du Congo prépare le dénombrement général de sa population, prévu en juillet 2027. Au cours d’un briefing de presse organisé lundi 28 septembre à Kinshasa, le ministre du Plan, Guylain Nyembo, a assuré que le financement de 192 millions de dollars est bouclé et que les opérations préliminaires sont déjà engagées. Le gouvernement mise notamment sur la cartographie censitaire et les outils numériques pour mener à bien cette vaste opération.

La République démocratique du Congo avance progressivement dans la préparation de son deuxième Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH-2). Le gouvernement affirme avoir réuni les moyens financiers nécessaires à sa réalisation, avec une enveloppe de 192 millions de dollars américains, dont 30 millions déjà mobilisés par l’État congolais.
C’est l’une des principales annonces faites par le ministre d’État au Plan, Guylain Nyembo, lors d’un briefing de presse coanimé avec le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, à Kinshasa. Cette rencontre a permis à l’exécutif de présenter l’état d’avancement du processus, dont les opérations préliminaires ont déjà été lancées.
« L’idéal serait toujours de boucler votre budget et de démarrer, parce qu’au moins vous avez la maîtrise de votre processus. C’est ce que nous avons fait », a déclaré Guylain Nyembo, estimant que le gouvernement dispose désormais des moyens nécessaires pour conduire le recensement à son terme.
Le processus, dont le décret initial remonte à 2009, a connu plusieurs étapes préparatoires, notamment une cartographie pilote réalisée en 2025. La cartographie censitaire, indispensable à l’organisation du dénombrement, est désormais engagée. Elle consiste à localiser les ménages et à délimiter les zones dans lesquelles les agents recenseurs effectueront leur travail.
Selon le calendrier présenté par le ministre du Plan, cette phase devrait se poursuivre jusqu’en décembre 2026, voire janvier 2027, selon les provinces. Le recrutement des agents recenseurs est prévu à partir de décembre, pour s’achever vers février. Les formations interviendront ensuite, en prélude au dénombrement général annoncé pour juillet 2027.
130 735 agents recenseurs attendus
L’ampleur de l’opération explique en partie le montant du budget annoncé. Le gouvernement prévoit de mobiliser 130 735 agents recenseurs, en plus des quelque 15 000 personnes affectées à la cartographie et aux autres tâches techniques.
« Si vous prenez déjà 130 735, vous calculez ce qui leur sera payé, même pour leur travail, vous arrivez déjà à plus de 50 millions », a expliqué Guylain Nyembo, évoquant le poids des dépenses de personnel dans le budget global.
À ces charges s’ajoutent les équipements nécessaires à la collecte des données. Contrairement au recensement de 1984, le prochain exercice reposera sur l’utilisation de tablettes numériques.
« Chaque cartographe, chaque recenseur va avoir une tablette. Donc, ça ne sera pas du manuel comme à l’époque », a précisé le ministre, soulignant que cette innovation doit faciliter la collecte et le traitement des informations.
Le dénombrement proprement dit devrait durer deux semaines, à partir de juillet 2027. Pour le gouvernement, la mobilisation des ressources financières et humaines constitue une étape déterminante pour respecter ce calendrier.
Un processus scientifique et apolitique
Au cours de ce briefing, Guylain Nyembo et Patrick Muyaya, porte-parole du gouvernement ont également tenu à dissiper les inquiétudes liées à une éventuelle confusion entre le recensement, l’identification de la population et l’enrôlement des électeurs.
Ils ont insisté sur le caractère exclusivement scientifique de l’opération. Les informations recueillies auprès des ménages seront confidentielles et les résultats publiés sous forme de données agrégées, sans révéler l’identité des personnes recensées.
« Le recensement est une opération scientifique, apolitique, et je dirais même anonyme », a affirmé Guylain Nyembo, appelant les Congolais à collaborer avec les agents afin de garantir la fiabilité des données.
Les résultats pourront notamment servir à l’Office national d’identification de la population (ONIP) et à la Commission électorale nationale indépendante (CENI). Toutefois, le ministre a précisé que les trois opérations demeureront indépendantes.
La collaboration portera essentiellement sur le partage de la cartographie et la mutualisation des moyens, afin d’éviter de répéter certaines opérations coûteuses.
L’ensemble du processus bénéficie, par ailleurs, de l’accompagnement des Nations unies, selon les autorités congolaises.
Le gouvernement déterminé à aller jusqu’au bout
Face aux interrogations sur les éventuels obstacles susceptibles de compromettre le calendrier, le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a réaffirmé la volonté de l’exécutif de mener le projet à son terme.
« On peut tout nous reprocher, mais on ne peut pas nous reprocher la volonté de changer ce pays », a-t-il déclaré, estimant que le lancement des opérations préliminaires traduit la détermination du gouvernement.
Le ministre de la Communication reconnaît néanmoins que des difficultés peuvent survenir au cours du processus. Il assure que l’exécutif pourra adapter son dispositif en fonction des contraintes rencontrées sur le terrain.
« S’il y a des difficultés, nous pourrons nous adapter, mais ce processus doit être conduit jusqu’au bout. C’est un objectif du gouvernement et nous pensons que nous allons y arriver », a-t-il ajouté.
Pour Guylain Nyembo, l’enjeu dépasse la seule organisation du prochain dénombrement. Il s’agit également de mettre fin à une situation dans laquelle le pays s’appuie depuis plusieurs décennies sur des estimations démographiques, faute de données actualisées.
Le fait que certaines zones du pays sont encore occupées ne devrait pas constituer un obstacle au processus. Le ministre du Plan a assuré que le gouvernement pourrait toujours recourir au mécanisme qui lui permet de mener les opérations liées aux examens d’État afin de faire aboutir le recensement de la population dans les zones affectées par la guerre.
Le ministre Guylain Nyembo rappelle que les recensements sont normalement organisés tous les dix ans. Il annonce ainsi le renforcement de l’Institut national de la statistique afin de permettre à la RDC de respecter, à l’avenir, cette périodicité.
Quarante-deux ans après le recensement de 1984, le pays s’apprête donc à renouveler ses données démographiques. Au-delà du nombre d’habitants, les résultats attendus devraient constituer un outil de planification pour les politiques publiques, notamment dans les secteurs de la santé, de l’éducation, des infrastructures et de l’aménagement du territoire.
Le financement annoncé et le lancement des opérations préliminaires marquent une avancée dans ce processus. Le respect du calendrier et la participation de la population seront désormais déterminants pour parvenir au dénombrement prévu en juillet 2027.
Patrick Ilunga
