La République démocratique du Congo passe à l’offensive sur la question sensible de la restitution des restes humains emportés hors de son territoire durant la période coloniale. Au Conseil des ministres, la ministre de la Culture, Arts et Patrimoine, Yolande Elebe, a annoncé que des démarches sont désormais engagées en vue d’obtenir le retour de ces dépouilles, encore conservées dans plusieurs pays étrangers.
Ces initiatives s’inscrivent dans un contexte international marqué par la déclaration adoptée le 17 mars 2026 par l’Organisation des Nations unies, lors de sa 24e session de l’Assemblée générale. Ce texte reconnaît la traite et l’esclavage racialisé des Africains comme un crime grave contre l’humanité, tout en appelant à des mesures concrètes de réparation, dont la restitution des restes humains.
Des pays directement concernés
Dans sa communication, la ministre a été explicite : plusieurs États détiennent encore des restes humains d’origine congolaise. C’est notamment le cas de la Belgique, où des collections sont conservées au Institut royal des Sciences naturelles de Belgique. La Suisse est également citée, avec des spécimens identifiés à l’Université de Genève, dont certains squelettes dits « Mboutis ». Enfin, les États-Unis figurent parmi les pays concernés par cette problématique.
Parmi les cas les plus marquants évoqués figure celui de Ota Benga, symbole tragique des dérives racistes de l’époque coloniale, dont l’histoire continue d’alimenter les revendications mémorielles.
Une exigence de dignité et de justice
Au-delà de l’inventaire, le gouvernement congolais entend désormais structurer un dialogue diplomatique avec ces pays afin d’obtenir la restitution progressive de ces restes humains. Pour les autorités, il ne s’agit pas d’un simple dossier patrimonial, mais d’un impératif moral.
« Les restes humains ne peuvent être assimilés à des objets scientifiques ou muséaux », a insisté la ministre, rappelant que leur maintien à l’étranger constitue une atteinte à la dignité humaine et à la mémoire collective.
Vers une dynamique de restitution
Fort de l’appui de la déclaration onusienne, le gouvernement congolais veut accélérer les discussions bilatérales et multilatérales pour organiser le retour de ces dépouilles dans des conditions respectueuses des traditions et des valeurs culturelles.
Cette démarche marque une nouvelle étape dans la volonté de la RDC de faire face à son histoire et d’obtenir réparation. Plus qu’un acte symbolique, la restitution des restes humains apparaît désormais comme une condition essentielle pour refermer, avec dignité, l’une des pages les plus sombres de son passé.
Myriam Likiyo
