Mines :  La RDC s’investit dans un ambitieux projet de production du fer

Après plus de cent ans de l’exploitation industrielle du cuivre et du cobalt, la République démocratique du Congo annonce un grand projet d’exploitation du minerai de fer. Le projet, présenté comme “projet d’architecture économique nationale”, “vise à structurer, pour la première fois à l’échelle industrielle, la mise en valeur du potentiel de minéraux de fer, dont les ressources cumulées sont estimées entre 15 et 20 milliards de tonnes avec une teneur moyenne supérieure à 60%”, a indiqué Patrick Muyaya, porte-parole du gouvernement Congolais dans le compte rendu de la réunion du Conseil des ministres.

La RDC entend se positionner parmi les principaux détenteurs mondiaux des ressources ferrifères encore inexploitées à grande échelle. Les plus grands producteurs de minerai de fer sont l’Australie, la Chine et le Brésil. D’autres pays producteurs incluent l’Inde, la Russie, l’Ukraine. Sur le plan africain, les trois principaux pays producteurs de minerai de fer sont pour le moment l’Afrique du Sud, l’Égypte, la Mauritanie, le Zimbabwe, le Gabon, la Guinée, le Cameroun et le Liberia. La RD Congo ambitionne de se positionner sur ce marché, avec une phase initiale dimensionnée sur une capacité de production de l’ordre de 50 millions de tonnes par an, extensible jusqu’à 300 millions de tonnes.

A titre de comparaison, l’Australie, premier producteur mondial, produit 58 000 millions de tonnes chaque année.  Le Canada, 8ème producteur mondial, est environ à 59 millions de tonnes par an. La RDC entend se placer dans le Top 10 mondial de production de fer.

Mais il ne s’agira pas seulement de produire le minerai brut. Le projet Congolais devrait aller aussi jusqu’à la transformation.

Selon le ministre des Mines Louis Watum, la première phase du projet “intègre non seulement l’extraction du minerai, mais également des unités de transformation industrielle, ainsi que la mise en place d’un corridor logistique multimodal structurant, combinant rails lourds, transport fluvial sur les fleuves Congo et accès aux ports et en eaux profondes de Banana”.

Pour le gouvernement Congolais, le projet ira de l’extraction à la transformation progressive d’une ressource minérale stratégique en infrastructures souveraines, puis en recettes durables, et enfin en stabilité macroéconomique et développement territorial équilibré. La mine jouera le rôle d’instrument financier permettant à l’État de créer des actifs structurants de long terme, note le porte-parole de l’exécutif Congolais.

Le ministre des Mines a présenté les bénéfices chiffrés de ce projet. “Les études consolidées font apparaître

Pour un investissement initial estimé à 28,9 milliards de dollars pour la première étape, le modèle économique projeté sur 25 ans, fait ressortir un chiffre d’affaires cumulé supérieur à 679 milliards de dollars, un cash-flow net excédent de près de 308 milliards de dollars, une valeur actuelle nette négative et un taux de rentabilité interne élevé, traduisant la robustesse du projet dans des hypothèses prudentes du marché”, lit-on dans le compte rendu de la réunion du conseil des ministres.

Au moment où le projet Congolais se met en place, une tonne du minerai de fer se vend à 108 dollars américains sur le marché international, alors qu’une tonne d’acier inoxydable (le fer est l’élément principal dans la composition de l’acier) se négocie à un peu plus de 900 dollars la tonne. Généralement, la valeur d’une tonne d’acier s’établit jusqu’à 40 ou 50 fois la valeur du minerai de fer.

Commission interministérielle

Pour accélérer la mise en œuvre du projet Congolais, une commission interministérielle dédiée à ce projet a été mise en place. Elle devra assurer le pilotage stratégique, la coordination institutionnelle et la structuration progressive dans les respects des orientations souveraines du gouvernement. Le gouvernement assure que le projet mine de fer de la Grande Orientale (Mifor) a déjà “suscité l’intérêt d’investisseurs institutionnels internationaux disposant des capacités reconnues de structuration et des financements de projets macroéconomiques”.

Le minerai de fer figure parmi les produits miniers les plus performants sur le marché, ayant résisté à plusieurs dérèglements de celui-ci, y compris la perturbation due à la pandémie Covid 19, qui avait fait vaciller plusieurs produits miniers.

Selon certains experts du domaine minier, “il est difficile de penser que les pays puissent se développer sans être maîtres de leur production d’acier, matériau de base dans de très nombreux secteurs industriels, notamment la construction, domaine clef d’un continent (Afrique) dont la population continue à croître fortement et dont les villes grossissent de plus de 5% par an”.

Patrick Ilunga

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *