Son vélo devait le conduire de Goma à Rabat, sur près de 14 000 kilomètres. Mais son périple s’est brutalement arrêté dans le nord du Congo-Brazzaville. À travers « Pedals for Peace », le jeune cycliste originaire de Goma avait fait de ses coups de pédale un plaidoyer pour la paix, l’unité et la solidarité avec les populations de l’Est de la RDC.


Le dernier voyage de Miguel Masaïsaï ne devait pas s’achever à Ouesso.
Depuis le 1er mai 2026, le jeune cycliste congolais avançait sur les routes africaines avec une destination en tête : Rabat, au Maroc. Parti de Goma, dans le Nord-Kivu, il s’était fixé le défi de parcourir environ 14 000 kilomètres à vélo dans le cadre de son initiative « Pedals for Peace ».
Le projet était sportif par sa dimension, mais son ambition dépassait le domaine du sport. Miguel Masaïsaï voulait transformer son vélo en moyen de sensibilisation et porter, au fil des frontières traversées, un message de paix, d’unité, de cohésion et de solidarité.
De Goma au Cap, une première expérience
Cette aventure n’était pas son premier grand périple.
En mai 2025, Miguel Masaïsaï avait déjà pris la route depuis Goma avec l’ambition de rallier Cape Town, en Afrique du Sud. Son itinéraire devait le conduire à travers le Rwanda, la Tanzanie, la Zambie, le Botswana et la Namibie, pour un parcours de plus de 6 000 kilomètres.
Cette première expérience avait posé les bases de ce qui allait devenir sa marque : utiliser le sport, et particulièrement le cyclisme, comme outil de dialogue et de rapprochement entre les peuples.
Son objectif affiché était alors de porter un message d’unité africaine, d’espoir et de paix, notamment en direction de la jeunesse.
Un an plus tard, il décide de voir plus grand.
« Pedals for Peace », le vélo au service d’un plaidoyer
Le 1er mai 2026, Miguel reprend la route à Goma.
Cette fois, son parcours doit traverser la RDC d’est en ouest avant de se prolonger au-delà des frontières nationales, avec le Maroc comme destination finale.
Le choix du point de départ n’est pas anodin. Goma est sa ville natale et l’une des principales villes de l’Est congolais, une région profondément marquée par des décennies de conflits armés.
À travers son initiative, Miguel voulait notamment porter la voix des populations de cette partie du pays et attirer l’attention sur leur aspiration à retrouver la paix. Son projet s’inscrivait ainsi dans un contexte où la situation sécuritaire de l’Est demeurait au cœur des préoccupations nationales.
Mais Miguel ne voulait pas seulement parler de guerre.
Il parlait aussi de cohabitation pacifique, d’unité, de solidarité et d’espoir. Dans les différentes étapes de son voyage, les rencontres avec les populations constituaient une partie essentielle de son initiative.
Son vélo devenait ainsi un trait d’union entre différentes communautés et différentes régions.
6 500 kilomètres jusqu’à Kinshasa
Pendant 67 jours, Miguel traverse la RDC.
Son itinéraire le conduit notamment à travers le Grand Kasaï et le Grand Bandundu. Les kilomètres s’accumulent, les difficultés aussi, mais le jeune cycliste poursuit sa route.
Le 5 août 2026, il atteint finalement Kinshasa.
Au compteur : plus de 6 500 kilomètres parcourus depuis Goma. Dans la capitale, son arrivée est saluée par des cyclistes amateurs et professionnels ainsi que par des jeunes, qui l’accompagnent notamment depuis la zone de Maluku.
Cette étape kinoise constitue un moment important de son périple.
Miguel ne vient pas uniquement présenter un exploit sportif. Il veut également transmettre aux autorités nationales le message qu’il porte depuis Goma : celui des populations de l’Est et leur aspiration à la paix.
Devant le Palais du Peuple, son plaidoyer prend une dimension particulière.
Il résume son engagement en une phrase : « Nous, la jeunesse, nous les Congolais, nous n’avons besoin que de la paix. »
Cette déclaration résume la philosophie de « Pedals for Peace » : faire du sport un moyen de porter une revendication pacifique et de rappeler que derrière les chiffres des conflits se trouvent des familles, des jeunes et des communautés qui aspirent à vivre normalement.
De Kinshasa à Brazzaville
Après plusieurs jours à Kinshasa, Miguel reprend son vélo.
Le 6 septembre, il quitte la capitale congolaise pour poursuivre son aventure de l’autre côté du fleuve Congo. Il rejoint Brazzaville avant de poursuivre vers le nord de la République du Congo.
Gamboma constitue une nouvelle étape.
Puis vient Oyo.
Le 14 septembre, Miguel annonce avoir bouclé sa 71ᵉ étape, entre Gamboma et Oyo. Une distance de 98 kilomètres parcourue dans des conditions difficiles, marquées notamment par la chaleur, les montées et plusieurs problèmes mécaniques.
À un moment du parcours, une nouvelle panne l’oblige même à pousser son vélo sur près d’un kilomètre, faute de village ou d’assistance à proximité.
Mais dans son message publié à cette occasion, Miguel se veut toujours déterminé : malgré les difficultés, il entend poursuivre sa mission de paix, d’unité et de solidarité à travers l’Afrique.
Il lui reste alors encore un long chemin.
Le nord du Congo-Brazzaville, le Cameroun, puis la route vers le Maroc.
Il ne parviendra jamais à Rabat.
Le dernier kilomètre
Le 18 septembre 2026, la nouvelle tombe.
Miguel Masaïsaï meurt dans un accident de la circulation dans la région d’Ouesso, dans le nord de la République du Congo, près de la frontière avec le Cameroun. Les informations disponibles situent l’accident à Kabos, à quelques kilomètres de Ntam.
Selon les informations rapportées par des sources locales, Miguel aurait connu une panne de vélo et sollicité l’aide d’un conducteur de taxi afin de rejoindre un endroit où réparer son vélo. Le véhicule, qui transportait également d’autres passagers, a ensuite été impliqué dans un accident mortel.
Les premières informations sur les circonstances exactes de l’accident ont toutefois été contradictoires et les autorités devaient encore établir formellement certains éléments.
Le décès a ensuite été rapporté et confirmé par des sources officielles citées par plusieurs médias, tandis que la famille et les proches attendaient les procédures formelles d’identification.
Une chose est désormais certaine : la route de Miguel s’est arrêtée à quelques milliers de kilomètres de son objectif.
Un rêve interrompu, un message qui demeure
Miguel Masaïsaï n’aura donc pas atteint Rabat.
Mais son aventure ne se résume pas à une destination manquée.
Elle raconte le parcours d’un jeune homme originaire de Goma qui a choisi le vélo comme moyen d’expression. À travers les routes de la RDC et celles d’autres pays africains, il cherchait à démontrer que le sport pouvait également servir de langage pour parler de paix, de réconciliation, de solidarité et de cohésion.
Son engagement était profondément lié à son histoire personnelle et à celle de sa ville natale. Grandir à Goma, dans une région régulièrement confrontée aux violences armées, a contribué à façonner son désir de parler de paix.
En 2025, il avait déjà choisi Cape Town comme destination.
En 2026, il visait Rabat.
Deux itinéraires, des milliers de kilomètres et une même conviction : la jeunesse africaine pouvait utiliser son énergie autrement que dans la confrontation, en faisant du sport un vecteur de dialogue et d’espoir.
À Goma, où sa famille, ses amis et des collègues cyclistes se sont réunis après l’annonce de sa disparition, l’émotion est vive. Des proches appellent déjà à préserver l’initiative qu’il avait portée et à faire vivre son message de paix pour l’Est de la RDC.
Miguel Masaïsaï avait commencé son aventure avec un vélo, un drapeau congolais et une conviction.
Il quitte la route sans avoir atteint Rabat
Mais son parcours aura traversé la RDC d’est en ouest, franchi une frontière, rencontré des communautés et surtout porté une parole qui dépassait le sport.
Celle d’un jeune Congolais qui voulait que ses coups de pédale servent à rappeler une chose essentielle : derrière les conflits, il y a des peuples qui veulent simplement vivre en paix.
Blessed Kuzola
