Réunis samedi 15 novembre 2025 à Kinshasa, les chefs d’État et de gouvernement de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs ont tenu leur neuvième sommet, le premier depuis 2020. Après trois heures de discussions à huis clos, ils ont adopté une déclaration commune appelant à la résolution des différends bilatéraux par le dialogue et au respect strict de la souveraineté, de l’intégrité territoriale et de la non-ingérence.

Consacré au thème: « Consolider la paix et la sécurité pour le développement dans la région des Grands Lacs », ce sommet illustre, à en croire certains diplomates, la volonté de relancer une organisation sous-régionale longtemps jugée discrète voire quasi inexistante sur la scène diplomatique.

Autour du président congolais Félix Tshisekedi, désormais président en exercice de la CIRGL, quatre chefs d’État avaient fait le déplacement, l’Angolais João Lourenço, le Congolais Denis Sassou-Nguesso, le Burundais Évariste Ndayishimiye et le Centrafricain Faustin-Archange Touadéra. Le siège du Rwanda est resté vide, aucun représentant n’ayant été dépêché par Kigali, une absence perçue comme un signe supplémentaire de la tension persistante entre les deux pays malgré les négociations en cours à Doha et Washington autour du conflit opposant les FARDC et leurs alliés au groupe armé AFC M23.
La guerre civile au Soudan et les violences post-électorales en Tanzanie ont également été évoquées parmi les crises majeures affectant la région.
Le communiqué final, lu par le ministre congolais de l’Intégration régionale, réaffirme l’usage des mécanismes régionaux pour régler les conflits et encourage la reprise des discussions directes entre États membres. Les dirigeants ont insisté sur la nécessité de la cessation immédiate des hostilités dans les zones de conflit, le respect du droit humanitaire, l’accès sans entrave aux populations civiles en détresse et la restauration rapide des services essentiels à Goma, Bukavu et dans les zones affectées par les violences.
Le représentant de l’Union africaine, Sghair M’Bareck Said, a adopté un ton ferme en condamnant les crimes contre les populations civiles dans les zones sous occupation rebelle, notamment dans l’est de la RDC, tout en saluant plusieurs avancées diplomatiques récentes, l’accord de paix du 27 juin à Washington, la déclaration de principes du 19 juillet à Doha entre Kinshasa et l’AFC M23 et l’accord du 14 octobre portant sur la vérification du cessez-le-feu. Outre le M23, il a dénoncé les activités des ADF, FDLR, Red Tabara et autres groupes armés opérant dans la région, appelant à un accès humanitaire sécurisé.
Lors de l’ouverture du sommet au Palais du peuple, le président congolais, qui succède à João Lourenço, a présenté un programme articulé autour de cinq priorités: la réforme institutionnelle de la CIRGL, la consolidation de la paix et de la sécurité régionales, le renforcement de la coopération judiciaire, la lutte contre l’exploitation et le commerce illicite des ressources naturelles notamment via un système de traçabilité des minerais et l’intégration économique régionale. « Le temps nous presse d’agir pour faire de la région des Grands Lacs un véritable espace de paix, de sécurité et de développement » a déclaré Félix Tshisekedi, promettant une présidence intransigeante sur les principes de souveraineté et de non-agression mais ouverte au dialogue. Il a également proposé que le prochain sommet exceptionnel se tienne dans un an, en décembre 2026, pour célébrer les vingt ans du Pacte fondateur de la CIRGL.
Dans un message adressé au sommet et lu par son envoyé spécial Huang Xia, le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a rappelé l’urgence de mettre fin aux violences dans l’est de la RDC. Il a insisté sur la nécessité de concrétiser les processus de paix par des actions tangibles, mettant en garde contre les cycles de méfiance qui alimentent la crise.
En marge du sommet, les ministres des États membres ont débattu de plusieurs grands projets d’infrastructure destinés à renforcer l’intégration économique: le corridor de Lobito reliant les minerais congolais à l’Atlantique, le corridor ferroviaire Tanzanie Burundi RDC et le projet routier Ouganda RCA via la RDC. La Première ministre congolaise Judith Suminwa a présenté la RDC comme un trait d’union régional, rappelant que le pays est au carrefour de sept espaces d’intégration économique.
Pour plusieurs observateurs, Kinshasa cherche à redonner à la CIRGL un rôle central dans la résolution des crises régionales. Le Burundi, fortement impliqué dans la stabilisation de l’Est de la RDC via son déploiement militaire, a réitéré ses attentes quant à la recherche de solutions durables au conflit qui secoue la région depuis des années.
Le neuvième sommet de la CIRGL aura permis de ressusciter une plateforme régionale en quête de visibilité tout en réaffirmant l’urgence d’un effort diplomatique concerté pour mettre fin aux conflits persistants.
Reste désormais à savoir si les engagements pris à Kinshasa se traduiront cette fois en avancées concrètes sur le terrain.
Don Momat
