La République démocratique du Congo fait désormais partie des territoires où Claude, l’intelligence artificielle développée par la société américaine Anthropic, est officiellement disponible. Cette ouverture élargit l’accès des utilisateurs congolais à un nouvel outil d’intelligence artificielle générative et relance le débat sur la productivité, l’innovation, les compétences et l’avenir de certains métiers.
Il ne s’agit toutefois ni d’une adhésion de la RDC à Claude, ni d’un accord entre le gouvernement congolais et Anthropic. Il s’agit plutôt de la reconnaissance officielle du territoire congolais comme zone dans laquelle Claude et son API sont désormais accessibles.
« Il faudrait plutôt parler d’une ouverture officielle du marché congolais à Claude. C’est le terme le plus approprié », explique l’expert numérique Trésor Kalonji. Selon lui, cette évolution permet aux utilisateurs congolais d’accéder au service sans que leur localisation géographique constitue désormais une restriction.
Un accès qui met fin à certaines pratiques de contournement
Avant cette ouverture, certains utilisateurs en RDC recouraient à des solutions de contournement, notamment les VPN, des numéros de téléphone étrangers ou encore des comptes et moyens de paiement associés à des pays où le service était disponible.
« Malgré les restrictions qu’il y avait avant cette ouverture, les utilisateurs et les professionnels de l’IA en RDC accédaient à l’application notamment en utilisant des VPN ou des comptes et des moyens de paiement qui étaient liés à des pays où le service était disponible », précise Trésor Kalonji.
Cette nouvelle situation réduit ainsi une partie des obstacles liés à l’accès géographique. Des difficultés subsistent toutefois, notamment pour les utilisateurs souhaitant souscrire aux offres payantes.
« En termes d’accès, nous comblons un gap, mais il y a encore des difficultés au niveau de l’écosystème commercial », souligne l’expert. Il évoque notamment les contraintes liées aux cartes de paiement et au système de facturation, ainsi que certaines informations fiscales qui peuvent être demandées aux utilisateurs.
Un outil pour améliorer la productivité
Sur le plan économique, l’arrivée officielle de Claude en RDC ne se limite pas à l’accès à une nouvelle technologie. L’outil peut également être utilisé pour l’analyse d’informations, l’automatisation de certaines tâches, la programmation ou encore l’assistance dans différents processus professionnels.
Pour les petites et moyennes entreprises disposant de ressources limitées, ces technologies peuvent contribuer à accroître les capacités de travail et à réduire le temps consacré à certaines tâches.
« Quand vous avez accès à plusieurs ressources pour lesquelles il faut de l’automatisation, il faut parfois un appui en termes d’engineering ou de codage. Avoir accès à un outil de la catégorie de Claude permet justement de gagner en productivité et en temps », explique Trésor Kalonji.
Selon lui, cette évolution peut également favoriser l’innovation dans les entreprises congolaises.
« Pour les PME qui ont des ressources très limitées, c’est un gain de productivité énorme. Cela permet de faire des économies et de gagner en productivité », estime-t-il.
Des métiers appelés à évoluer
L’enjeu dépasse cependant le seul cadre des entreprises. Le développement de l’intelligence artificielle pose également la question de l’évolution des métiers et de l’adaptation des compétences.
Pour Trésor Kalonji, la RDC doit dès maintenant réfléchir aux transformations que ces technologies pourraient entraîner sur le marché du travail.
« Il y aura au fur et à mesure des métiers qui seront obsolètes, pour lesquels il y aura de moins en moins de demandes, notamment avec l’arrivée de Claude et d’autres IA génératives du même gabarit », affirme-t-il.
L’expert appelle ainsi à une réflexion sur les compétences nécessaires dans les prochaines années et sur l’adaptation du système éducatif.
« Comment saurons-nous tenir le rythme ? Pourrons-nous utiliser à bon escient cette technologie pour pouvoir transformer durablement notre économie ? Ce sont des questions qu’il faudrait déjà se poser », insiste-t-il.
Il estime notamment nécessaire d’identifier les métiers qui pourraient bénéficier du développement de l’intelligence artificielle et ceux qui pourraient être davantage exposés à l’automatisation.
« Nous devrions avoir un référentiel des métiers du numérique pour savoir quels sont les métiers qui pourront, grâce à ces IA, se développer dans les cinq ou dix prochaines années et quels sont ceux qui sont potentiellement menacés », propose-t-il.
Entre opportunités et risques
L’accès officiel à Claude intervient également dans un contexte marqué par les préoccupations liées aux usages de l’intelligence artificielle. Désinformation, manipulation de l’information et utilisation abusive des outils génératifs font partie des risques régulièrement évoqués autour de ces technologies.
« Il y a déjà eu des dérives. Nous étions géographiquement isolés, mais cela n’a pas empêché certains acteurs, à partir de la RDC et d’autres territoires, d’utiliser Claude pour alimenter de la désinformation et des opérations de manipulation », rappelle Trésor Kalonji.
Pour l’expert, l’enjeu est donc de trouver un équilibre entre l’adoption de ces technologies et leur encadrement.
« Ces IA nous permettent de gagner en productivité, de gagner en rapidité et de réaliser des tâches complexes au quotidien, mais attention aux mauvais côtés qu’elles peuvent comporter », prévient-il.
L’ouverture officielle de Claude en RDC constitue ainsi une nouvelle étape dans l’accès du pays aux technologies d’intelligence artificielle. Mais au-delà de la disponibilité de l’outil, plusieurs défis restent posés : accès aux services payants, disponibilité de l’électricité, développement des compétences, évolution des métiers et adaptation du système éducatif.
« Il y a un accès, oui, mais il y a également un risque. Ces risques, on les a identifiés, notamment en termes de productivité et de conservation des emplois d’aujourd’hui », conclut Trésor Kalonji.
Pour la RDC, le véritable enjeu sera donc de transformer cet accès à l’intelligence artificielle en opportunités concrètes pour les entreprises, les travailleurs et l’économie, tout en anticipant les mutations qu’elle pourrait entraîner.
Daniella Kalala
