Avec un potentiel de production estimé à près de 40 000 mégawatts, le projet Grand Inga figure parmi les plus grandes ambitions hydroélectriques au monde. Après plusieurs décennies de discussions, la République démocratique du Congo et les États-Unis entendent accélérer sa concrétisation. Réunis ce lundi à Paris, les responsables des deux pays ont examiné les prochaines étapes de sa mise en œuvre, dans le cadre de leur partenariat stratégique.



Pour le vice-Premier ministre chargé de l’Économie nationale, cette rencontre constitue une avancée importante vers la réalisation du projet. « Le plus important, c’est de démarrer avec Inga 3 », a-t-il déclaré, soulignant la nécessité de mettre en place un projet financièrement viable, capable d’attirer les investisseurs et de produire ses premiers mégawatts dans des délais raisonnables.
Du côté du ministère des Ressources hydrauliques et de l’Électricité, la capacité envisagée pour Inga 3 se situe entre 3 000 et 5 000 mégawatts. Le ministre a insisté sur la nécessité de concilier les ambitions énergétiques du pays avec ses capacités de financement. « Il faut combiner entre ambition et ce que l’on peut réaliser, tout en restant dans notre vision », a-t-il expliqué.
Au-delà de la capacité de production, le financement du projet et la destination de l’électricité constituent des enjeux majeurs. Le ministre des Finances, Doudou Fwamba, a rappelé la dimension stratégique de cette infrastructure pour le pays. « L’Inga est un projet de souveraineté nationale. L’Inga, c’est un projet du peuple », a-t-il affirmé. Selon les orientations présentées, les infrastructures communes devraient être financées majoritairement par l’État, tandis que la production d’électricité et les lignes de transport devraient mobiliser davantage le secteur privé, notamment à travers des partenariats public-privé.
Pour le directeur général de l’Agence pour le développement et la promotion du Grand Inga (ADPI), le principal défi consiste à trouver un équilibre entre les ambitions énergétiques de la RDC et la viabilité financière du projet. La capacité initiale d’Inga 3 devra notamment tenir compte des engagements des acheteurs d’électricité, des besoins de financement et des perspectives d’extension, sans compromettre le développement futur de l’ensemble du complexe hydroélectrique.
Les retombées attendues sont considérables. Une production énergétique accrue pourrait favoriser l’industrialisation du pays, soutenir la transformation locale des minerais, stimuler la création d’emplois et améliorer l’accès à l’électricité. Toutefois, un défi essentiel demeure : faire en sorte que cette énergie bénéficie également aux ménages, aux petites entreprises et aux populations encore privées d’un accès fiable à l’électricité, au-delà des besoins des grandes industries.
Pour faire avancer le dossier, les autorités ont annoncé la mise en place d’un groupe technique chargé de se réunir chaque mois pendant six mois. Les échéances de janvier et février 2027 devraient permettre d’affiner les études et la structuration du projet, avant une nouvelle réunion de suivi prévue en avril.
Désormais, l’enjeu est de transformer le potentiel hydroélectrique du Grand Inga en un véritable moteur de croissance économique et de progrès social. La réussite du projet dépendra de la mobilisation des financements, de la maîtrise des coûts, de la sécurisation des débouchés commerciaux et, surtout, de la capacité des autorités à faire de cette énergie un levier durable d’industrialisation et d’amélioration des conditions de vie de la population congolaise.
Daniella Kalala
