Chaque matin, Kinshasa se réveille dans le bruit des klaxons. Dès l’aube, les principales artères de la capitale se transforment en immenses parkings à ciel ouvert. Boulevard du 30 Juin, By-Pass, route de Matadi, avenue Kasa-Vubu ou encore le saut-de-mouton de Socimat : partout, les véhicules avancent au ralenti. Pour des millions de Kinois, les embouteillages sont devenus un mode de vie.

À 7 h 30, près du saut-de-mouton de Socimat, Zoé, employé dans une entreprise de la Gombe, serre son sac en regardant sa montre.
Son service débute à 8 heures. Pourtant, il sait déjà qu’il arrivera en retard. Comme lui, des milliers de travailleurs voient leurs journées commencer dans les bouchons.
Selon plusieurs observations, les heures de pointe s’étendent désormais de 6 heures à 10 heures le matin et de 15 heures à 20 heures le soir. Un trajet qui ne nécessitait autrefois que trente minutes peut aujourd’hui durer jusqu’à quatre heures.
« Je quitte Masina à 5 heures du matin. Si je pars à 7 heures, je peux arriver à midi à la Gombe. On ne vit plus, on passe notre temps sur la route. », a dit Patrick, un fonctionnaire de l’État.
Une économie qui perd des heures… et de l’argent
Au-delà de la fatigue des usagers, les embouteillages pèsent lourdement sur l’économie de la capitale.
Les entreprises enregistrent des retards de livraison, les rendez-vous sont reportés et la productivité diminue.
Les transporteurs sont parmi les premiers touchés
« Avant, je faisais une dizaine de courses par jour. Aujourd’hui, j’en fais à peine cinq. Je dépense plus en carburant et je gagne moins. Les embouteillages nous appauvrissent. », a alerté John, chauffeur de taxi.
Pour les commerçants également, les conséquences sont visibles.
Les marchandises arrivent tard sur les marchés, certains clients renoncent à leurs déplacements et plusieurs activités tournent au ralenti.
Pourquoi Kinshasa étouffe-t-elle ?
Pour les spécialistes de la mobilité urbaine, plusieurs facteurs expliquent cette congestion permanente : l’augmentation constante du parc automobile, des infrastructures devenues insuffisantes, des routes dégradées, des chantiers qui s’éternisent, des arrêts anarchiques des taxis et bus, ainsi que l’absence d’un système de transport public moderne.
« Kinshasa a grandi beaucoup plus vite que ses infrastructures. Les routes construites il y a plusieurs décennies ne peuvent plus absorber le trafic actuel. Sans une politique globale de mobilité, les embouteillages continueront de s’aggraver. », a réagit un urbaniste qui a requis l’anonymat.
Les solutions attendues
Les autorités annoncent plusieurs mesures, notamment le renforcement du contrôle technique des véhicules, la modernisation de certaines voiries et des projets de transport urbain.
Mais pour de nombreux habitants, ces initiatives devront être accompagnées d’une véritable politique de mobilité : création de parkings, lutte contre le stationnement anarchique, amélioration des transports en commun, décentralisation des services administratifs et meilleure gestion de la circulation.
En attendant, les Kinois continuent de composer avec les bouchons. Dans la capitale congolaise, perdre plusieurs heures sur la route est devenu une réalité quotidienne, avec un coût humain, social et économique de plus en plus difficile à supporter.
Djibril Kassanda/ Stagiaires de GH
