Il y a des nouvelles devant lesquelles les mots arrivent trop vite. Kenge est de celles-là. Vendredi 25 septembre, un avion s’est écrasé dans le Kwango. Dix-sept personnes ont perdu la vie, parmi lesquelles les deux plus hauts responsables de la justice militaire congolaise. Derrière ces fonctions et ce bilan, il y a des familles qui attendaient un retour et qui doivent désormais apprendre à vivre avec une absence.

La disparition du premier président de la Haute Cour militaire et de l’auditeur général des FARDC frappe durement une institution. Mais le deuil ne saurait suivre la hiérarchie des grades. Chaque passager avait une vie, des proches, une place que personne ne pourra reprendre. C’est à toutes ces familles que va d’abord notre pensée.
Kenge porte aussi une interrogation que la compassion seule ne peut refermer. Comment voyage-t-on, comment atterrit-on, comment secourt-on dans les villes de l’intérieur du pays ? Au lendemain du drame, des insuffisances d’infrastructures aéroportuaires et d’équipements de navigation et de lutte contre l’incendie à Kenge ont été dénoncées publiquement. Cela ne permet pas d’en déduire la cause du crash. Cela rappelle toutefois que la sécurité aérienne se construit bien avant qu’un appareil ne décolle.
Une enquête judiciaire a été ordonnée pour établir les circonstances et les causes de l’accident. Elle doit pouvoir suivre les faits jusqu’au bout : l’état de l’appareil, les conditions du vol, les décisions prises et les moyens disponibles au sol. Les familles ont droit à des réponses fondées sur des preuves. Le pays aussi.
Notre douleur touche ici une frontière : celle au-delà de laquelle un drame ne peut plus être reçu comme une fatalité avant même d’avoir été compris. Nous connaissons la force des hommages nationaux. Nous devons acquérir la même constance dans l’examen des risques, l’entretien des infrastructures et l’application des règles. Une enquête ne prend tout son sens que si ses conclusions sont rendues publiques et suivies d’actes.
Kenge révèle enfin une fragilité plus vaste. Dans un territoire aussi étendu que le Congo, l’avion répond souvent à une nécessité. Relier les provinces, accomplir une mission, rejoindre des proches : ces déplacements devraient pouvoir se faire dans des conditions de sécurité vérifiables, partout où un vol est autorisé. La distance ne doit pas diminuer l’exigence de l’État.
Aujourd’hui, il faut laisser aux familles le temps de pleurer et leur apporter un soutien réel. Demain, il faudra leur dire ce qui s’est passé. Puis montrer ce qui aura changé. Ce serait la manière la plus juste d’honorer les morts de Kenge : garder leurs noms dans nos mémoires et faire de leur disparition une responsabilité qui dure au-delà du deuil.
William Albert Kalengay
