Édito – Non au Congo Bashing : La RDC n’est pas le paradis, mais elle n’est pas non plus l’enfer

Les pluies qui se sont abattues sur Kinshasa ces derniers jours ont réveillé une vieille angoisse nationale. Images de routes dégradées, de quartiers inondés, de familles éprouvées : le réflexe est presque automatique. Celui de l’indignation, parfois de la caricature, souvent de l’autoflagellation. Comme si chaque averse devait être la preuve irréfutable que tout va mal, que rien ne tient, que le pays vacille au moindre nuage.

Et pourtant, il faut le dire avec calme et lucidité : la RDC n’est pas le paradis, mais elle n’est pas non plus l’enfer.

Oui, les pluies ont révélé des fragilités structurelles bien connues : urbanisation anarchique, insuffisance des canalisations, occupation des zones à risque, retard accumulé dans les infrastructures. Ces réalités ne doivent ni être niées ni minimisées. Elles exigent des politiques publiques cohérentes, de la planification, du temps et des moyens. Elles exigent surtout de la constance, loin des réactions émotionnelles et des procès expéditifs.

Mais non, chaque pluie n’est pas un effondrement de la nation. Non, chaque difficulté n’est pas la preuve d’un pays condamné. Les grandes métropoles du monde, y compris dans des États dits « développés », connaissent elles aussi des inondations, des coupures, des désordres climatiques. La différence ne réside pas dans l’absence de problèmes, mais dans la capacité collective à les affronter sans hystérie, à les corriger sans se renier.

La République démocratique du Congo est un pays en construction permanente. Un pays immense, contrasté, parfois épuisant, mais aussi résilient. Un pays où, malgré les pluies, la vie continue : les marchés rouvrent, les enfants retournent à l’école, les solidarités de voisinage se reforment. Un pays où l’État est interpellé — à juste titre — mais où la société elle-même doit interroger ses choix, ses comportements, sa relation à l’espace public.

Dédramatiser ne signifie pas banaliser. Dédramatiser, c’est refuser la tentation du catastrophisme permanent qui paralyse plus qu’il ne mobilise. C’est rappeler que les défis sont réels, mais qu’ils ne résument pas toute l’histoire. C’est affirmer que l’avenir ne se construit ni dans le déni, ni dans la diabolisation systématique, mais dans l’effort lucide et collectif.

La RDC n’est pas un jardin d’Éden. Elle est encore moins un enfer sans issue. Elle est un chantier. Et sur un chantier, il pleut parfois. L’essentiel est de continuer à bâtir.

WAK

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