Dans le cadre de nouvelles mesures sanitaires, le gouvernement ougandais a suspendu les services de ferry transportant des passagers sur la rivière Semliki, le long de la frontière entre l’Ouganda et la RDC, et interrompu pour quatre semaines le transport routier public transfrontalier.
Tous les vols entre les deux pays seront également suspendus dans les prochaines 48 heures, alors que les autorités renforcent les opérations de dépistage dans les districts considérés à haut risque.
L’Ouganda a aussi ordonné le renforcement des patrouilles frontalières afin de limiter les traversées illégales ainsi qu’une application plus stricte des mesures de prévention contre les infections dans les écoles, prisons, hôtels, lieux de culte et marchés non hebdomadaires. Les camions transportant des denrées alimentaires et des biens essentiels continueront toutefois de circuler.
Les écoles resteront ouvertes, mais devront appliquer de nouvelles procédures opérationnelles standard émises par le ministère de la Santé, notamment l’interdiction des poignées de main et des accolades. Les structures sanitaires voisines seront chargées d’appuyer le suivi sanitaire.
Messages contrastés
Le président ougandais, Yoweri Museveni a estimé que les inquiétudes suscitées par l’épidémie étaient exagérées.
S’exprimant lors de la 10ᵉ édition du salon touristique Pearl of Africa Tourism Expo, au Speke Resort Munyonyo à Kampala, il a accusé certains médias internationaux, dont CNN, d’amplifier la menace malgré les capacités de contrôle sanitaire de l’Ouganda.
« Je constate qu’il y a beaucoup de panique autour d’Ebola, créée par des personnes qui ne connaissent pas grand-chose à la science. J’ai vu CNN propager la peur par ignorance », a déclaré Museveni.
Le président a affirmé qu’Ebola était plus facile à contenir que le Covid-19, car il se transmet par contact direct.
« Ebola est beaucoup plus facile à contenir que le Covid-19 parce qu’il se propage par contact, contrairement au Covid qui est aérien », a-t-il déclaré.
Ces déclarations interviennent alors que les inquiétudes régionales augmentent après la confirmation par le ministère ougandais de la Santé de deux cas importés d’Ebola liés à l’épidémie qui sévit dans l’est de la RDC. Les deux patients étaient des ressortissants congolais entrés légalement en Ouganda. L’un d’eux est décédé.
En RDC, au moins 160 personnes sont mortes potentiellement d’Ebola depuis le 15 mai dernier. Le gouvernement congolais fait savoir par ailleurs que parallèlement, 160 personnes récemment atteintes d’Ebola ont recouvré totalement leur santé.
Dans un communiqué publié le 21 mai, le ministère ougandais de la Santé a indiqué que le second patient congolais était toujours sous traitement et se rétablissait progressivement après avoir été testé négatif à Ebola à deux reprises.
Les autorités ont précisé que 127 personnes contacts liées à ces cas avaient été identifiées et placées en quarantaine institutionnelle alors que les opérations de surveillance se renforcent.
Mode confinement
L’épidémie actuelle implique la souche Bundibugyo du virus Ebola, dont le taux de létalité est estimé à environ 50 % selon les experts sanitaires. Aucun vaccin homologué ni traitement spécifique n’existe actuellement contre cette variante.
Malgré les risques, Museveni a insisté sur la capacité du système de santé publique ougandais à gérer les infections importées grâce au dépistage aux frontières, aux contrôles de température, au traçage des contacts et à l’isolement rapide des cas suspects.
Museveni a également rejeté les propositions de fermeture totale des frontières, estimant qu’une circulation légale contrôlée pouvait se poursuivre en toute sécurité grâce à des contrôles appropriés.
« Si nous travaillons avec le gouvernement de la RDC, nous pouvons donner pour instruction à toute personne ayant de la fièvre de ne pas voyager », a-t-il déclaré. « À la frontière, nous contrôlons les températures et orientons les voyageurs sur la manière de signaler les symptômes. »
Compte tenu des liens commerciaux et de transport étroits entre l’Ouganda et l’est de la RDC, le gouvernement ougandais a averti que le risque de nouveaux cas importés restait élevé, particulièrement dans les districts frontaliers et les centres urbains comme Kampala.
La cellule nationale de crise, présidée par la vice-présidente Jessica Alupo, a activé des mesures de préparation d’urgence à l’échelle nationale. Les autorités ont également suspendu les marchés frontaliers très fréquentés, invoquant les risques de transmission liés aux contacts humains importants.
Dans les villes frontalières de l’ouest comme Kasese et Bundibugyo, les restrictions perturbent déjà les échanges commerciaux et les déplacements, plusieurs commerçants signalant des pertes de revenus en raison de la suspension des liaisons de transport et de la fermeture des marchés.
Patrick Ilunga
