La République démocratique du Congo a vivement critiqué ce mardi la décision du Rwanda de fermer sa frontière avec la RDC à la suite de la nouvelle flambée d’Ebola causée par la variante Bundibugyo. Pour Kinshasa, cette mesure est contraire au règlement sanitaire international et risque de fragiliser davantage la coopération régionale nécessaire pour contenir la propagation du virus.

« Le Rwanda n’avait pas à fermer la frontière. Le règlement sanitaire international l’interdit. Lorsque le Rwanda avait connu le virus de Marburg, nous n’avions pas fermé nos frontières », a déclaré le ministre de la Santé publique Roger Kamba au cours d’une conférence de presse organisée à Kinshasa.
Cette rencontre a réuni le ministre de la Communication Patrick Muyaya, celui de la santé, le directeur général de l’Institut national de recherche biomédicale (INRB) Jean-Jacques Muyembe ainsi que le directeur général du CDC Africa de l’Union africaine, le docteur Jean Kaseya.
La sortie de Kinshasa intervient dans un contexte régional tendu marqué par la crainte d’une propagation transfrontalière du virus dans la région des Grands Lacs. Pour les autorités congolaises, la fermeture des frontières ne constitue pas une réponse efficace face à une épidémie qui nécessite avant tout une coordination sanitaire entre pays voisins.
Dans cette logique, le directeur général du CDC Africa, Jean Kaseya, a annoncé la tenue prochaine d’une réunion transfrontalière entre la RDC et l’Ouganda afin de renforcer la riposte régionale contre Ebola. Le responsable africain, qui était de passage à Kinshasa avant de se rendre en Ouganda, a insisté sur la nécessité d’une coopération étroite entre les deux pays, tous deux confrontés à la variante Bundibugyo du virus.
Cette réunion doit permettre d’améliorer le partage des informations épidémiologiques, la surveillance sanitaire aux frontières ainsi que les mécanismes de prise en charge rapide des cas suspects afin d’éviter une propagation régionale de l’épidémie.
Sur le plan sanitaire, les autorités congolaises ont annoncé un bilan provisoire de 139 décès probables liés au virus, tandis que 543 personnes contacts ont déjà été identifiées dans le cadre des opérations de surveillance épidémiologique. À ce jour, 69 malades sont en cours de prise en charge dans les structures spécialisées.
Cette nouvelle flambée est causée par la souche Ebola Bundibugyo, réputée moins létale que la souche Ebola Zaïre, mais qui demeure particulièrement dangereuse. Selon les autorités sanitaires, le taux de létalité du variant Bundibugyo est estimé à 40 %, contre près de 80 % pour la souche Zaïre, responsable de plusieurs précédentes épidémies meurtrières en Afrique centrale.
Contrairement à Ebola Zaïre, aucun vaccin homologué ni traitement curatif spécifique n’est encore disponible contre Ebola Bundibugyo. Les autorités sanitaires misent donc principalement sur les stratégies classiques de lutte contre Ebola : identification rapide des cas, suivi des contacts, isolement des malades et sensibilisation communautaire.
Le ministre Roger Kamba a toutefois voulu rassurer l’opinion publique en rappelant l’expérience accumulée par la RDC dans la gestion des épidémies.
« Sur les 17 épidémies enregistrées en RDC, 15 ont été maîtrisées sans médicaments ni vaccins, uniquement grâce à des mesures simples de prévention, de surveillance et d’isolement », a-t-il souligné.
Parmi les 139 décès probables enregistrés jusqu’ici, quatre concernent des membres du personnel de santé, preuve de la forte exposition des soignants engagés dans la riposte.
Sur le plan international, le CDC Africa a annoncé une aide d’un million de dollars américains pour soutenir les efforts de lutte contre l’épidémie en RDC. Jean Kaseya a salué les capacités de réaction des autorités congolaises, souvent considérées comme parmi les plus expérimentées du continent dans la gestion des flambées d’Ebola.
Dans le même temps, le directeur général de l’INRB, le professeur Jean-Jacques Muyembe, a tenu à rassurer sur les capacités scientifiques nationales. Il a affirmé que l’Institut de recherche biomédicale de Goma, tout comme le laboratoire de Bunia en Ituri, disposent désormais de performances comparables à celles du centre de Kinshasa pour les analyses biologiques et la confirmation rapide des cas.
Malgré l’inquiétude suscitée par cette nouvelle flambée, les autorités congolaises continuent rassurer les populations. Il ne faut pas paniquer. Le gouvernement, ensemble avec les partenaires internationaux, les experts nationaux et internationaux sont à pied d’œuvre pour couper la chaîne de contamination d’Ebola et ainsi tenter de venir à bout de cette 17 épidémie d’Ebola.
Patrick Ilunga
