C’est une grande nouvelle pour la RDC et la région des Grands Lacs. Le gouvernement congolais a réussi à arracher un protocole d’accord avec les FDLR pour leur désarmement, démobilisation et à terme, leur cantonnement. C’est une réelle avancée dans le dossier sécuritaire qui empoisonne depuis des décennies les relations entre la RDC et le Rwanda. En annonçant la signature de ce protocole d’accord, le gouvernement congolais affirme avoir neutralisé le principal argument avancé par Kigali pour justifier sa présence militaire sur le territoire congolais.
L’annonce a été faite lors d’un briefing conjoint du ministre de l’Intégration régionale, Floribert Anzuluni, et du porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya. Kinshasa précise qu’il de sa part d’engagement dans le cadre des accords de Washington.
Le gouvernement rappelle que, dans le cadre des accords de Washington et du concept d’opérations (CONOPS), deux mécanismes avaient été retenus pour traiter la question des FDLR : une phase de sensibilisation visant à obtenir une reddition volontaire, suivie, si nécessaire, d’une neutralisation militaire. Kigali pour sa part devait retirer ses troupes du sol congolais.

“C’est une évolution majeure dans la mise en œuvre des engagements issus des discussions régionales et des mécanismes de paix”, a noté Floribert Anzuluni. Le ministre a porté cette bonne nouvelle aux pays régionaux et partenaires internationaux.
Entre le 10 et le 27 juillet, le ministre s’est rendu auprès des autorités de l’Union européenne, de la France, de la Belgique, de l’Afrique du Sud, de l’Angola, de la Tanzanie, de l’Ouganda, du Burundi, du Togo et de la Guinée équatoriale afin de présenter les progrès réalisés dans le processus de démobilisation des FDLR. D’après le gouvernement, les différents partenaires rencontrés ont salué cette évolution et promis d’accompagner le processus jusqu’à son aboutissement.
Le protocole signé prévoit plusieurs engagements majeurs de la part des FDLR. Le mouvement accepte le désarmement de ses combattants, leur démobilisation ainsi que leur cantonnement dans des sites sécurisés. Les dirigeants des FDLR se sont également engagés à dissoudre leur organisation et à participer pleinement au processus. Ils reconnaissent en outre que les combattants contre lesquels existent des preuves de crimes devront répondre de leurs actes devant la justice.
Les responsables des FDLR demandent toutefois certaines garanties. Ils souhaitent que les combattants démobilisés ne soient pas rapatriés de force vers le Rwanda, mais uniquement sur une base volontaire. Ils estiment également que les conditions actuelles ne permettent pas un retour sécurisé dans leur pays d’origine et demandent à la communauté internationale d’œuvrer à la création d’un environnement favorable. À défaut, certains combattants pourraient être accueillis dans des pays tiers, plusieurs États ayant déjà manifesté leur disponibilité, selon Kinshasa.
Pour le gouvernement congolais, ces engagements constituent une réponse directe à ce qu’il considère comme l’alibi utilisé depuis plusieurs années par Kigali pour justifier ses interventions militaires en République démocratique du Congo.
« Nous allons désormais exiger le retrait sans condition des troupes rwandaises du territoire congolais », a déclaré Floribert Anzuluni devant la presse.
Le ministre est revenu sur l’historique du dossier des FDLR afin de replacer cet accord dans son contexte. Il a rappelé que ce mouvement rebelle rwandais est présent depuis de nombreuses années dans l’est de la RDC et que plusieurs initiatives de désarmement ont déjà été engagées par le passé. Toutefois, Kinshasa continue d’affirmer que la menace représentée par les FDLR a été largement instrumentalisée par le Rwanda.
Selon les autorités congolaises, Kigali a longtemps nié toute présence de ses forces sur le territoire congolais avant de justifier par la suite son implication militaire par la nécessité de combattre les FDLR. Pour Kinshasa, les véritables motivations de cette présence sont davantage liées au contrôle des ressources naturelles de l’est du pays qu’à la neutralisation de ce groupe armé.
Depuis octobre dernier, avec l’appui de la MONUSCO et des acteurs communautaires, plusieurs campagnes de sensibilisation ont été organisées afin d’encourager les combattants à déposer volontairement les armes. Face à des résultats jugés insuffisants, Kinshasa avait ensuite déployé, à partir du mois de mars, plusieurs unités militaires dans le territoire de Walikale, au Nord-Kivu, en préparation d’éventuelles opérations de neutralisation.
Selon Floribert Anzuluni, ce déploiement a contribué à accélérer les discussions avec les dirigeants politiques et militaires des FDLR, qui ont finalement sollicité des négociations sur les modalités de leur désarmement.
Le gouvernement souligne également que les travaux techniques menés dans le cadre du mécanisme conjoint de suivi ont permis d’identifier six principales zones de présence des FDLR dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Fait notable, cinq de ces zones se trouvent actuellement hors du contrôle des Forces armées de la RDC et sont sous contrôle de l’AFC/M23 soutenu par le Rwanda.
Afin d’assurer la crédibilité du processus, un comité régional regroupant des partenaires internationaux et des experts sera mis en place. Le Programme de désarmement, démobilisation, relèvement communautaire et stabilisation (P-DDRCS), avec l’appui de la MONUSCO et d’autres partenaires, sera chargé de superviser les opérations. Des outils de contrôle biométrique, notamment les empreintes digitales et l’identification individuelle des combattants, seront utilisés afin d’éviter les erreurs observées lors des précédents programmes de rapatriement et de prévenir toute réintégration dans des groupes armés.
Patrick Ilunga
