École nationale de la territoriale : NOUVELLE IMPULSION POUR UN OBJECTIF DE DEVELLOPEMENT STRUCTURANT

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Sous l’impulsion de son nouveau directeur général, Raymond Kahungu Mbemba, l’École nationale de la territoriale aborde une étape décisive de son évolution. Au-delà de la réforme de son statut, l’enjeu est de faire de cette institution le passage de référence pour tous ceux qui aspirent à servir dans l’administration territoriale.

Un État ne se mesure pas seulement à la majesté de ses institutions nationales, à la solennité de ses lois ou à la portée de ses discours. Il se reconnaît aussi dans la manière dont il est présent, chaque jour, auprès des populations : dans un territoire, une commune, un secteur ou une chefferie.

C’est à cette échelle que le citoyen rencontre concrètement l’administration. C’est là qu’il éprouve sa capacité à l’écouter, à protéger ses droits, à organiser la vie collective et à accompagner les initiatives de développement. Et c’est là, souvent, que se construit ou se fragilise sa confiance dans la République.

La qualité de cette présence dépend largement des femmes et des hommes chargés de l’incarner. Comment administrer efficacement un territoire sans en connaître les réalités ? Comment conduire la décentralisation sans maîtriser les responsabilités qu’elle implique ? Comment rapprocher l’État des populations si ceux qui le représentent ne disposent pas de la formation et des outils nécessaires ?

Ces questions placent l’École nationale de la territoriale, ENT, au cœur d’un enjeu stratégique : celui de la compétence de l’État dans l’ensemble du pays.

Une institution appelée à changer d’échelle

L’École nationale de la territoriale n’est pas une création récente. Elle s’inscrit dans une histoire de formation des cadres appelés à exercer les métiers de l’administration territoriale. Mais les défis auxquels fait face la République démocratique du Congo donnent aujourd’hui à sa mission une portée renouvelée.

Le décret du 8 septembre 2026 a fait évoluer l’ENT vers le statut d’établissement public autonome. Cette transformation ouvre la perspective d’une institution appelée à renforcer son organisation et à mieux répondre aux besoins de formation à travers le pays.

Le changement de statut porte une ambition qu’il faudra traduire en résultats. Une école renouvelée doit pouvoir compter sur une gouvernance efficace, des programmes adaptés, des formateurs qualifiés, des moyens de travail suffisants et une relation étroite avec les réalités des provinces.

Elle doit également établir des passerelles avec les autres institutions de formation administrative, notamment l’École nationale d’administration, afin que les compétences acquises se complètent au service de l’action publique.

Raymond Kahungu face au défi de la compétence territoriale

C’est dans ce contexte que Raymond Kahungu Mbemba a pris ses fonctions de directeur général. La passation de pouvoir, intervenue le 20 octobre 2026, marque l’ouverture d’une nouvelle séquence pour l’établissement et son équipe dirigeante.

Lors d’une première rencontre avec l’ensemble des agents, le nouveau directeur général a insisté sur la volonté du chef de l’État de doter le pays de cadres compétents au service des territoires. Le message donne une orientation à la mission de l’école : former des agents capables de répondre aux besoins concrets de la population et d’exercer leurs responsabilités avec professionnalisme.

Cette rencontre inaugurale porte aussi une signification interne. En réunissant les agents autour de la mission de l’établissement, le nouveau responsable affirme que le renouveau de l’école devra se construire avec ceux qui la font vivre au quotidien.

La réussite de cette ambition dépendra de la capacité de la direction à mobiliser les équipes, à valoriser les compétences existantes et à installer une culture de travail fondée sur la responsabilité, la discipline et l’évaluation. Elle dépendra également du soutien que les pouvoirs publics apporteront à l’établissement dans la durée.

Faire de l’école un passage obligé pour servir la territoriale

L’idée mérite désormais d’être portée dans le débat public : pourquoi ne pas faire de l’École nationale de la territoriale un passage obligatoire pour ceux qui aspirent à exercer des responsabilités dans la territoriale ?

Une telle orientation consacrerait un principe simple : l’exercice de responsabilités publiques exige une préparation professionnelle à la mesure des missions confiées.

Administrer un territoire demande de connaître les textes qui organisent l’État, les compétences des institutions, les règles de gestion publique, les mécanismes de la décentralisation et les droits des citoyens. Cela demande aussi de savoir écouter, prévenir les conflits, coordonner les services, dialoguer avec les autorités coutumières et rendre compte de son action.

Faire de l’ENT un passage obligé ne signifierait pas imposer un parcours identique à tous. Les fonctions, les expériences et les responsabilités diffèrent. Une réforme pourrait prévoir une formation initiale pour les nouveaux entrants, des cycles adaptés aux responsabilités exercées et des sessions de perfectionnement pour les cadres déjà en poste.

Pour les agents expérimentés, elle pourrait également reconnaître les acquis professionnels, tout en leur offrant les moyens d’actualiser leurs connaissances. Une telle obligation devrait être définie par les textes appropriés et déployée progressivement, avec des formations accessibles dans les provinces.

L’objectif serait ainsi de faire de la compétence une exigence partagée et de la formation un soutien à la carrière.

Une école ancrée dans les réalités du Congo

Pour être utile, la formation territoriale doit parler le langage du terrain.

La République démocratique du Congo est vaste et diverse. Les problèmes rencontrés dans une grande ville ne sont pas toujours ceux d’un territoire rural enclavé, d’une zone frontalière ou d’une région confrontée aux déplacements de population. Les futurs cadres doivent apprendre à agir dans cette diversité, tout en demeurant attachés aux mêmes principes républicains.

Les programmes de l’ENT gagneraient ainsi à associer les connaissances administratives à des enseignements pratiques : gestion des finances locales, état civil, aménagement du territoire, prévention des conflits, protection des droits humains, participation citoyenne, outils numériques et conduite de projets de développement.

Les stages de terrain, les études de cas et le partage d’expérience entre praticiens pourraient occuper une place centrale dans cette formation. Une école territoriale forte doit préparer ses apprenants à comprendre les situations qu’ils rencontreront, à prendre des décisions et à en assumer les conséquences.

Elle doit aussi enseigner l’humilité du service public. Le responsable territorial représente l’État auprès des citoyens ; il a, à ce titre, le devoir de les accueillir avec dignité, de respecter la loi et de rechercher des solutions dans le cadre de ses compétences.

Restaurer la confiance entre l’État et les citoyens

La réforme de l’ENT pose, au fond, une question essentielle : quel visage de l’État voulons-nous donner aux Congolais dans leurs milieux de vie ?

Un État crédible est un État dont les représentants connaissent leurs missions, agissent avec impartialité et répondent de leurs actes. Un État qui sait faire respecter les règles tout en restant à l’écoute des citoyens.

Dans cette perspective, l’éthique doit occuper une place aussi importante que la maîtrise des procédures. La compétence technique prend toute sa valeur lorsqu’elle s’accompagne de probité, de respect, d’équité et du sens de l’intérêt général.

Former un cadre territorial, c’est donc lui transmettre des connaissances, mais aussi lui rappeler la portée de la charge qu’il exercera. Car une décision administrative peut toucher la vie d’une famille, l’activité d’un commerçant, la cohésion d’une communauté ou l’avenir d’un projet local.

Donner à la décentralisation ses ressources humaines

La décentralisation ne peut produire ses effets par la seule existence de textes. Elle a besoin de responsables capables de planifier, de gérer, de mobiliser les ressources disponibles et de travailler avec les communautés.

Elle suppose également une bonne compréhension des responsabilités respectives des institutions nationales, provinciales et locales. Sans cette maîtrise, les chevauchements de compétences, les lenteurs et les conflits peuvent freiner l’action publique.

L’ENT a vocation à contribuer à cette culture commune de l’administration territoriale. En formant des cadres conscients de leurs devoirs et attentifs aux réalités locales, elle peut devenir un partenaire essentiel de la mise en œuvre de la décentralisation.

Pour y parvenir, son rayonnement devra dépasser la capitale. Des formations organisées en province, des partenariats avec des établissements d’enseignement et des outils de formation à distance pourraient progressivement rapprocher l’école des agents qu’elle a vocation à servir. Ces pistes demandent des moyens, une programmation réaliste et une évaluation régulière.

Le territoire, lieu de vérité de l’action publique

Le renouveau de l’École nationale de la territoriale est une occasion de replacer la compétence au cœur de la présence de l’État.

La tâche confiée à Raymond Kahungu Mbemba et à son équipe est exigeante : donner corps à l’évolution institutionnelle de l’école, mobiliser son personnel et construire une offre de formation en phase avec les attentes du pays. Elle appelle une vision, mais aussi de la méthode et des résultats mesurables.

Le pari en vaut la peine. Car derrière la formation d’un administrateur, d’un cadre ou d’un agent territorial se joue une ambition plus vaste : rapprocher la République de chaque Congolais et faire en sorte que l’autorité publique soit reconnue par sa capacité à servir.

Une territoriale compétente, intègre et proche des populations peut devenir l’un des fondements d’un État plus efficace et d’un développement mieux ancré dans les territoires. L’École nationale de la territoriale a la responsabilité d’y prendre toute sa place.

Adam Mwena Meji

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