Maniema : Entre résistance républicaine et promesses de développement

« Maniema n’est pas tombé et Maniema ne tombera jamais. » À Kindu, Judith Suminwa Tuluka a choisi les mots de la résistance. Face à une foule fortement mobilisée, la Première ministre a délivré un message d’attachement aux institutions de la République et de rejet de l’agression dont la République démocratique du Congo est victime.

Derrière cette déclaration, une double ambition : rassurer une population confrontée aux incertitudes sécuritaires et rappeler que la défense de l’intégrité territoriale doit aller de pair avec le développement des provinces.

Accueillie sous un soleil accablant, en présence des autorités provinciales et des représentants des forces vives, la cheffe du Gouvernement a transmis les salutations du président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo. Elle a salué la mobilisation des habitants et leur attachement aux institutions légalement établies.

Mais au Maniema, la résistance ne se mesure pas uniquement à la force des discours. Elle se mesure aussi à la capacité de l’État à répondre aux préoccupations quotidiennes : routes impraticables, accès limité à l’électricité, difficultés d’approvisionnement en eau potable, chômage et faibles perspectives économiques pour les jeunes.

Le désenclavement, un enjeu stratégique

C’est sur ce terrain que la visite gouvernementale prend une dimension concrète. Le Maniema dispose de ressources agricoles et minières dont la valorisation reste étroitement liée à la qualité des infrastructures de transport et d’énergie.

La réhabilitation des axes routiers, notamment les liaisons Kindu-Kasongo et Kisangani-Ubundu, ainsi que les projets concernant la route nationale numéro 2 et le chemin de fer Kindu-Kalemie, figurent parmi les priorités évoquées.

À Kindu, Judith Suminwa a procédé au lancement symbolique des travaux de réhabilitation de l’avenue de l’Université. Longue de 6,5 kilomètres, cette artère doit bénéficier d’une chaussée de neuf mètres de largeur. L’exécution a été confiée aux entreprises Safrimex et Iris, pour une durée annoncée de huit à vingt-quatre mois, selon les contraintes rencontrées.

Ce chantier s’inscrit dans un programme plus large de 50 kilomètres de voiries urbaines à aménager dans la province. L’enjeu sera désormais de transformer ces annonces en réalisations visibles, dans les délais prévus et au bénéfice des populations.

De la richesse du sous-sol aux opportunités économiques

Autre axe de la visite : l’entrepreneuriat. Le Gouvernement mise notamment sur le programme TRANSFORME additionnel, destiné aux femmes, aux jeunes et aux entrepreneurs, ainsi que sur l’ouverture annoncée d’une direction provinciale de l’Agence de régulation de la sous-traitance dans le secteur privé.

La possibilité de créer une zone économique spéciale au Maniema est également évoquée. À cela s’ajoute la perspective de relancer le projet de barrage de Lutshulukulu, dans un contexte où l’accès à l’énergie demeure un facteur déterminant pour l’industrialisation et la croissance des entreprises locales.

Ces initiatives soulèvent une question centrale : comment faire en sorte que les ressources de la province produisent davantage de valeur ajoutée, d’emplois et de revenus pour ses habitants ? Le développement du Maniema dépendra autant des investissements annoncés que de leur capacité à stimuler durablement l’économie locale.

L’épreuve des résultats

À Kindu, le message politique est clair : le Maniema doit rester debout, uni autour des institutions de la République. Mais la portée de cette mobilisation se mesurera aussi à l’évolution des conditions de vie.

Car défendre un territoire, c’est également le relier au reste du pays, fournir de l’électricité à ses ménages et à ses entreprises, faciliter la circulation des marchandises et offrir aux jeunes des perspectives professionnelles.

La visite de Judith Suminwa ouvre ainsi un nouveau chapitre d’attentes pour cette province du centre-est de la RDC. Entre fermeté républicaine et promesses de modernisation, le défi consiste désormais à inscrire les engagements dans la durée.

Au Maniema, l’affirmation de la résistance appelle une autre démonstration : celle d’un État capable de transformer sa présence politique en progrès économique et social.

Don Momat

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