Deux jours après la marche du 15 septembre à Kinshasa, la Coalition pour la Défense de l’Ordre Constitutionnel (C64) se retrouve au centre de trois débats : les violences dénoncées pendant la manifestation, l’ampleur réelle de la mobilisation et les propos tenus par Martin Fayulu face aux forces de l’ordre. Entre accusations de répression et discours du pouvoir sur un « échec » de l’opposition, le bilan de cette journée reste fortement disputé.

Des violences au cœur des accusations
La C64 affirme que sa mobilisation a été confrontée à des violences et à plusieurs arrestations. La coalition évoque également la mort présumée de l’un de ses cadres, Manassé Lomboto Bomengola, dont les circonstances du décès font l’objet de demandes d’éclaircissements.
La coalition met en cause les forces de l’ordre ainsi que des membres de la « Force du progrès ». Elle réclame l’ouverture d’enquêtes afin de déterminer les circonstances exactes des incidents et d’établir les responsabilités éventuelles.
La C64 demande également la libération des personnes arrêtées et réaffirme son opposition à toute modification de la Constitution susceptible, selon elle, d’ouvrir la voie à un troisième mandat.
Deuxième front : le bilan de la mobilisation
Au-delà des incidents, c’est l’ampleur même de la manifestation qui alimente la bataille politique.
Lors de sa matinée politique organisée jeudi au siège de la 10ᵉ Rue, Augustin Kabuya a contesté les chiffres avancés par l’opposition. Le secrétaire général de l’UDPS estime que la mobilisation n’a pas été à la hauteur des annonces de la C64.
« Ils ont promis l’apocalypse pendant deux mois, mais nous avons vu l’échec ce mardi. Incapables de réunir 1 000 personnes, ils sont impopulaires », a-t-il déclaré.
Augustin Kabuya a également affirmé que cette mobilisation ne traduisait pas, selon lui, le rapport de forces politique dans le pays.
« Fatshi est majoritaire », a-t-il soutenu.
Il a par ailleurs indiqué que des drones avaient été utilisés pour observer la manifestation : « Nous avons placé les drones pour nous dire la vérité. Le monde a connu l’échec de l’opposition. »
Ces déclarations déplacent ainsi le débat du terrain de la rue vers celui de la représentativité politique. La question n’est plus seulement de savoir comment la marche s’est déroulée, mais aussi ce qu’elle révèle réellement de la capacité de l’opposition à mobiliser.
Troisième front : les propos de Fayulu
La polémique s’est également cristallisée autour d’une séquence impliquant Martin Fayulu lors de la manifestation.
Le président de l’ECiDé a été entendu s’adresser vivement à des agents de l’ordre : « Vous êtes des malades mentaux, taisez-vous, vous voulez me tuer… »
Ces propos, prononcés dans un contexte de tension, ont rapidement alimenté les réactions. Ils relancent le débat sur le comportement des responsables politiques pendant les manifestations et sur la tension qui peut opposer organisateurs et forces chargées du maintien de l’ordre.
Pour autant, cette séquence doit être replacée dans le contexte plus large de la manifestation, marquée par des accusations réciproques entre les organisateurs et les autorités sur le déroulement des événements.
Et maintenant ?
Au lendemain de la marche, la C64 doit désormais transformer sa mobilisation ponctuelle en dynamique politique durable. Son principal défi sera de maintenir la mobilisation autour de ses revendications tout en clarifiant le bilan de la manifestation et les circonstances des incidents dénoncés.
Du côté du pouvoir, le discours d’Augustin Kabuya vise à présenter la journée comme une démonstration de la faiblesse de l’opposition.
Entre ces deux lectures, une bataille de communication s’installe donc autour du 15 septembre.
Didier ILUNGA
