L’épidémie d’Ebola continue de se propager dangereusement en République démocratique du Congo. Les chiffres sont particulièrement alarmants. Un peu plus de 3 mois après l’éclatement de la 17 ème épidémie d’Ebola en RDC, plus de 3.000 personnes sont mortes du virus Bundibugyo alors que la riposte sanitaire reste confrontée aux difficultés d’accès à certaines zones et à la méfiance persistante d’une partie des communautés.
Au 31 août, la RDC comptabilisait 6.186 cas confirmés, dont 3.007 décès et 1.409 guérisons, selon le dernier rapport de situation de l’Institut national de santé publique (INSP). Le taux de létalité s’élève ainsi à 48,6 %. Au cours des dernières 24 heures couvertes par ce bilan, 86 nouveaux cas ont été confirmés et 57 décès enregistrés.
Parmi ces décès, 43 sont survenus dans les communautés, contre 14 dans les centres de traitement Ebola. Un indicateur particulièrement préoccupant pour les équipes sanitaires, car il révèle que de nombreux malades continuent d’être pris en charge tardivement ou échappent encore aux structures spécialisées.
La maladie touche désormais six provinces : l’Ituri, le Nord-Kivu, le Haut-Uélé, la Tshopo, le Sud-Kivu et le Bas-Uélé. Au total, 60 zones de santé sont concernées.
L’Ituri au cœur de l’épidémie
L’Ituri reste le principal épicentre de la crise sanitaire. La province totalise 5.065 cas confirmés et 2.305 décès, soit plus de 80 % de l’ensemble des contaminations enregistrées dans le pays.
Sur les 36 zones de santé que compte la province, 28 ont déjà été touchées. Plusieurs structures de prise en charge sont aujourd’hui confrontées à une forte pression, notamment à Bambu, Nizi, Kigonze et Lolwa.
Le Nord-Kivu constitue le deuxième foyer majeur. Avec 868 cas confirmés et 589 décès, la province affiche un taux de létalité particulièrement élevé, estimé à près de 68 %.
Les capacités hospitalières y sont également dépassées. Les centres de traitement et d’isolement accueillaient 283 patients pour seulement 220 lits disponibles, soit un taux d’occupation supérieur à 128 %.
Les zones de santé de Katwa, Butembo et Beni restent parmi les principaux foyers de transmission. Elles ont enregistré à elles seules 26 nouveaux cas en une journée.
Dans ce contexte, les autorités sanitaires tentent néanmoins de mettre en avant quelques signes d’amélioration. L’absence de nouvelle zone de santé touchée au cours des dernières 24 heures est ainsi considérée comme un indicateur encourageant.
« L’absence de nouvelle zone de santé touchée au cours des dernières 24 heures constitue un signal encourageant de stabilisation géographique à consolider », indique l’Institut national de santé publique.
Mais cette stabilisation géographique ne signifie pas encore que l’épidémie est sous contrôle. La transmission reste active dans les zones déjà affectées et la pression sur les structures sanitaires demeure considérable.
Le défi de la confiance communautaire
Le suivi des personnes ayant été en contact avec des malades a atteint 88 %. Au total, 22.499 contacts ont été effectivement suivis sur les 25.560 identifiés.
L’INSP estime que ce niveau dépasse le seuil opérationnel attendu et reflète une mobilisation accrue des équipes de surveillance.
« La forte remontée des alertes témoigne de la vigilance accrue des communautés et des équipes de santé », souligne l’Institut. Mais les difficultés restent nombreuses.
En Ituri, les équipes sanitaires ont recensé 20 refus d’isolement. Neuf corps n’ont également pas pu faire l’objet de prélèvements en raison de résistances communautaires.
Ces incidents rappellent une réalité déjà observée lors de précédentes épidémies d’Ebola en RDC : la lutte contre le virus ne se joue pas uniquement dans les centres de traitement ou les laboratoires. Elle dépend également de la confiance que les populations accordent aux équipes sanitaires.
L’INSP insiste ainsi sur la nécessité de renforcer la mobilisation communautaire.
« La riposte s’appuie sur l’implication des autorités sanitaires, des leaders religieux et communautaires, des tradipraticiens, des établissements scolaires, des partenaires et des équipes locales », souligne l’Institut.
L’objectif est de lutter contre les rumeurs, d’encourager le signalement rapide des malades et de convaincre les populations d’accepter l’isolement et la prise en charge.
L’Organisation mondiale de la santé met elle aussi l’accent sur cette dimension. L’OMS RDC appelle à une « collaboration renforcée » autour de la surveillance communautaire, de la détection précoce et du signalement rapide des alertes.
Pour les autorités sanitaires, l’implication des acteurs de proximité est désormais essentielle.
« L’engagement des acteurs de proximité est un pilier vital pour protéger les communautés et stopper le virus Ebola », souligne l’OMS RDC.
La rentrée scolaire confrontée au risque Ebola
L’aggravation de l’épidémie intervient au moment de la rentrée scolaire 2026-2027.
Des millions d’élèves congolais ont été appelés à reprendre le chemin de l’école, mais la situation est loin d’être uniforme sur l’ensemble du territoire.
Le gouvernement a maintenu la rentrée, tout en reconnaissant un contexte particulièrement difficile.
« Partout où les conditions le permettent, l’école doit reprendre », a déclaré la ministre d’État chargée de l’Éducation nationale et de la Nouvelle Citoyenneté, Raïssa Malu.
Dans les provinces touchées par Ebola, le défi consiste désormais à maintenir la continuité de l’enseignement tout en évitant que les établissements scolaires deviennent des espaces de propagation.
En Ituri, la crise sanitaire se combine à une autre difficulté : les divisions au sein du corps enseignant.
Certains enseignants restent réticents à reprendre les cours, estimant que les conditions sanitaires ne garantissent pas encore une protection suffisante des élèves et du personnel.
La date de rentrée est nationale, mais les réalités sont locales. Dans les zones touchées par Ebola, la véritable question sera de savoir si les dispositifs de prévention, de détection et de prise en charge annoncés sont effectivement disponibles sur le terrain.
La course mondiale au vaccin
Face à la progression de l’épidémie, la recherche scientifique accélère le développement d’un vaccin spécifiquement adapté au virus Bundibugyo.
Contrairement à l’espèce Zaïre du virus Ebola, contre laquelle un vaccin est déjà homologué, aucun vaccin ni traitement spécifique contre Bundibugyo n’est actuellement disponible. Cette réalité constitue un casse-tête pour les autorités congolaises.
La Coalition pour les innovations en matière de préparation aux épidémies, la Cepi, a ainsi annoncé un financement pouvant atteindre 16,5 millions de dollars en faveur du groupe égyptien Minapharm.
L’objectif est de faire progresser un candidat-vaccin contre Bundibugyo jusqu’à un premier essai chez l’être humain, prévu en Afrique.
Il s’agit du cinquième projet de vaccin spécifiquement dirigé contre Bundibugyo soutenu par la Cepi.
Le candidat-vaccin développé avec la société allemande ProBioGen repose sur un virus très affaibli, incapable de se multiplier dans les cellules humaines, utilisé comme vecteur pour présenter au système immunitaire des protéines du virus Bundibugyo.
La technologie doit encore faire ses preuves, mais elle constitue l’un des axes de la course mondiale engagée pour trouver une protection contre la souche responsable de l’épidémie actuelle.
L’espoir se porte désormais vers les essais cliniques qui pourraient être lancés dans les prochains mois.
Le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a indiqué mercredi 2 septembre que des essais pourraient débuter en RDC dès octobre ou novembre.
« Deux nouveaux vaccins contre le virus Bundibugyo font actuellement l’objet d’essais au Royaume-Uni et au Canada afin de vérifier qu’ils sont sûrs », a-t-il déclaré.
L’OMS souhaite ensuite évaluer leur efficacité en RDC, où l’épidémie offre malheureusement un contexte de transmission active permettant de mesurer la capacité réelle des vaccins à protéger les populations.
L’organisation entend également étudier le vaccin Ervebo, déjà homologué contre l’espèce Zaïre. Mais son efficacité contre Bundibugyo n’est pas encore démontrée.
« Il existe également un vaccin homologué contre le virus Ebola Zaïre, mais nous ne savons pas s’il est efficace contre le virus Bundibugyo », a reconnu Tedros Adhanom Ghebreyesus.
Selon le directeur général de l’OMS, l’organisation travaille avec ses partenaires pour permettre « le lancement en RDC, dès octobre ou novembre, d’essais visant à évaluer l’efficacité des trois vaccins ».
Un lot de 16.250 doses d’Ervebo est arrivé fin août en RDC. Il est destiné en priorité aux personnels de santé et aux acteurs en première ligne. Mais l’OMS recommande pour l’instant que son utilisation contre Bundibugyo s’inscrive dans le cadre d’essais cliniques permettant d’en évaluer scientifiquement l’efficacité.
La souche bundibugyo que le ministre de la santé Dr Roger Kamba qualifie toujours de moins letal par rapport à la souche Zaïre, se montre tout aussi meurtrière en RDC.
Patrick Ilunga
