Boulevard Étienne Tshisekedi : un nouveau trait sur la carte de Kinshasa

Kinshasa change de visage, parfois à coups de bulldozers. Chaque nouvelle route redessine un peu plus la carte de la capitale et ouvre de nouvelles possibilités de circulation. Ce mardi 11 août 2026, la ville s’est engagée sur le chemin d’une nouvelle transformation avec le lancement, par le président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, des travaux du boulevard Étienne Tshisekedi.

Pour l’instant, il ne s’agit encore que d’un chantier. Mais dans douze mois, si le calendrier annoncé est respecté, une nouvelle voie d’environ 2,07 kilomètres devrait relier le boulevard Triomphal, au croisement avec l’avenue de la Libération, ex-avenue du 24-Novembre, à la place Bakayau, où elle rejoindra l’avenue Kasa-Vubu. Le tracé doit ainsi créer une liaison entre Lingwala et Bandalungwa, en traversant le camp Lieutenant-colonel Kokolo.

Le projet ouvre une nouvelle perspective dans cette partie de Kinshasa. Il ne s’agit pas simplement de créer une route supplémentaire, mais de renforcer les connexions entre plusieurs quartiers et d’offrir aux usagers une nouvelle possibilité de déplacement dans une capitale régulièrement confrontée à la congestion de ses principaux axes.

Une route de huit voies au cœur d’un secteur stratégique

Le futur boulevard Étienne Tshisekedi sera aménagé sur huit voies de circulation, soit quatre voies dans chaque sens. Il sera également équipé de trottoirs pavés, d’arrêts de bus, d’un système de drainage des eaux pluviales, d’un éclairage public et d’une signalisation routière.

Le projet prévoit également des espaces verts ainsi qu’un pont sur la rivière Basoko et un canal destiné à faciliter l’évacuation des eaux de pluie.

Autre élément important : une voie d’accès doit permettre de rejoindre le ministère de la Défense nationale, installé dans l’enceinte de la base logistique de l’armée.

Mais le passage de cette nouvelle route ne sera pas sans conséquence sur l’organisation actuelle du site militaire.

Le tracé traversera en effet le camp Kokolo et viendra, de fait, créer une séparation entre le camp et la base logistique de l’armée. La future infrastructure modifiera donc aussi la configuration de cet espace stratégique, tout en améliorant son accessibilité.

La nouvelle voie sera par ailleurs parallèle à la route Tshibangu, qu’elle viendra épauler. Deux axes pour mieux répartir les flux dans cette partie de la capitale et multiplier les possibilités de déplacement.

Une nouvelle liaison dans une ville saturée

À Kinshasa, la construction d’une route n’est jamais une simple affaire de bitume.

Dans une métropole où les embouteillages peuvent transformer quelques kilomètres en plusieurs heures de trajet, chaque nouvelle liaison peut modifier les habitudes de déplacement et redistribuer la pression sur les principaux axes.

Le boulevard Étienne Tshisekedi doit précisément jouer ce rôle : améliorer la mobilité dans le district de la Funa, désengorger cette partie de la capitale et faciliter les déplacements entre plusieurs communes.

À travers ses huit voies, ses aménagements pour les piétons et les transports en commun, son éclairage et ses ouvrages d’assainissement, l’infrastructure est pensée comme un axe urbain complet et non comme une simple chaussée.

Lors de la cérémonie de lancement, le gouverneur de Kinshasa, Daniel Bumba, a insisté sur la nécessité de respecter les standards et le calendrier du chantier.

« Le gouvernement provincial veillera à ce que cette infrastructure soit livrée dans des standards internationaux et surtout dans les délais », a-t-il déclaré, souhaitant que cette route devienne « le symbole d’un pays résolument tourné vers l’avenir ».

CR20 : douze mois pour tenir la promesse

Les travaux ont été confiés à l’entreprise chinoise China Railway 20 Bureau Group, connue sous le sigle CR20.

Son directeur général, Guo Zhuwei, a assuré que l’entreprise entendait respecter les normes de qualité et de sécurité ainsi que les délais prévus. CR20 prévoit également de travailler avec les autorités et les communautés locales, notamment à travers la création d’emplois et des actions de formation professionnelle.

Le calendrier, justement, est fixé à douze mois.

Le compte à rebours est donc lancé. Et avec lui, une autre attente : celle de voir le chantier passer rapidement de la promesse présidentielle à une infrastructure effectivement praticable.

Car à Kinshasa, les projets routiers sont jugés autant sur leur ambition que sur leur capacité à être achevés dans les délais annoncés.

Le pari du président sur les infrastructures

Le lancement du boulevard Étienne Tshisekedi s’inscrit dans une ambition qui dépasse cette seule portion de Kinshasa. Depuis le début de son mandat, Félix Tshisekedi entend faire des infrastructures l’un des marqueurs de la transformation du pays. Routes, ponts, voiries urbaines et grands axes de desserte : l’objectif affiché est de désenclaver les territoires, de rapprocher les populations et d’accompagner le développement économique.

Kinshasa occupe naturellement une place particulière dans cette équation. Capitale de plusieurs millions d’habitants, elle concentre une grande partie des besoins en mobilité et des défis urbains du pays.

Pour le chef de l’État, offrir à la capitale des infrastructures modernes participe donc d’une ambition plus large : construire un Congo mieux connecté, capable de soutenir sa croissance et de donner corps à l’idée d’un « Grand Congo ».

Le boulevard Étienne Tshisekedi vient ainsi ajouter une nouvelle pièce à cette stratégie. Une route d’un peu plus de deux kilomètres aujourd’hui en chantier, mais appelée à devenir demain un nouvel axe structurant dans une capitale qui ne cesse de chercher de nouvelles voies pour se développer.

Étienne Tshisekedi, un nom qui traverse l’histoire

Le nom donné à cette nouvelle voie n’est évidemment pas anodin.

Étienne Tshisekedi wa Mulumba demeure l’une des figures les plus marquantes de l’histoire politique congolaise contemporaine. Ancien Premier ministre et figure historique de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), il a consacré plusieurs décennies à la vie politique congolaise, notamment autour de son combat pour la démocratie et l’État de droit.

Opposant historique aux régimes de Mobutu, de Laurent-Désiré Kabila puis de Joseph Kabila, il a profondément marqué la vie politique du pays jusqu’à sa disparition en 2017.

Père de l’actuel président de la République, Étienne Tshisekedi laisse derrière lui une empreinte politique qui dépasse les générations et les alternances.

En baptisant cette nouvelle artère de son nom, le projet se retrouve donc au croisement de deux histoires : celle d’une ville qui cherche à se transformer par ses infrastructures et celle d’un homme dont le nom appartient désormais à la mémoire politique de la RDC.

Dans douze mois, si la promesse est tenue, le boulevard ne sera plus seulement un projet sur une carte. Il deviendra une réalité dans le quotidien des Kinoises et des Kinois.

Et un nouveau trait aura été ajouté au visage, toujours en mouvement, de Kinshasa.

Don Momat

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