Un neurochirurgien a trouvé la mort le 10 août à Butembo dans le Nord-Kivu de suites du virus Ebola alors qu’il était pris en charge au Centre de traitement d’Ebola (CTE) de Katwa. Selon la presse locale, la nouvelle de sa disparition est une lourde perte pour le secteur de la santé de la ville de Butembo. Docteur Charles Bussa Munyumu était le seul neurochirurgien basé dans la ville. Il était spécialisé dans les interventions du cerveau ainsi que dans la prise en charge des patients victimes d’accidents vasculaires cérébraux (AVC). Formé notamment à Dakar, au Sénégal, et en France, il avait également exercé à l’hôpital Beaujon de Paris. Arrivé à Butembo en juin 2025, il s’était donné pour mission d’implanter localement cette spécialité encore absente dans la ville.
La mort du docteur Charles vient allonger la liste de médecins et autre personnel soignant emportés par le virus Ebola Bundibugyo. Le personnel soignant en Ituri et au Nord – Kivu paie un lourd tribut dans la lutte contre le virus Ébola. Selon les derniers chiffres disponibles de l’organisation mondiale de la santé (OMS), au 11 juillet, 35 d’entre eux avaient perdu la vie du fait de la 17 ème épidémie d’Ebola.
Une situation dramatique qui s’ajoute à un sort déjà fort peu enviable du personnel soignant, à la faveur de la résurgence d’Ebola. Hormis le fait qu’ils sont en première ligne de la riposte au virus, avec des moyens techniques et financiers pas toujours adéquats, ils doivent en plus faire face à des attaques des communautés, sceptiques de l’existence du virus Ebola. Dans son bulletin quotidien du 11 août, le ministère de la santé rapporte encore des cas de résistance communautaire et des attaques qui continuent.
« Le déni et les résistances sont de principaux obstacles à surmonter. Des oppositions aux enterrements dignes et sécurisés ont été enregistrées à Isiro (Ituri, Est de la RDC), des équipes ont été prises à partie au Nord-Kivu, et plusieurs inhumations ont dû être reportées en Ituri. Le déni de la maladie persiste dans certaines localités et continue d’affecter l’adhésion des populations aux interventions de riposte ».
Pourtant la situation reste dramatique. En moins de trois mois de l’épidémie, 4 381 personnes sont touchées par la maladie qui a déjà causé la mort de 2011 personnes. Ce ratio impressionnant place la 17 ème épidémie d’Ebola en RDC, deuxième plus dangereuse vague d’Ebola dans le monde, après celle d’Afrique de l’Ouest entre 2014 et 2016. Le personnel soignant se retrouve devant une maladie dont la chaine de transmission est difficile à couper véritablement, du fait de plusieurs facteurs, dont le comportement de certaines communautés.
En République démocratique du Congo, cinq des vingt-six provinces du pays sont affectées par la maladie. Le Nord et Sud-Kivu, le Haut-Uelé et la Tshopo sont touchées, mais c’est l’Ituri qui compte plus de 85% des cas.
Pour ne rien arranger, la province compte des zones minières, avec une grande concentration de la population. Cette partie du Nord-Est du Congo recèle également des populations déplacées, foyers propices à une propagation incontrôlée de la maladie. Elle compte aussi des groupes armés, parmi les plus dangereux du pays. Voilà qu’elle se trouve être à présent, l’épicentre d’un virus dont les recherches n’ont pas encore validé un vaccin.
Dans ce contexte, le ministère de la santé en RDC indique que « plusieurs structures (centre de santé) de Rwampara, ISTM, Nizi et Bambu (en Ituri) connaissent une saturation ». Des malades affluent. Mais le gouvernement essaie de rassurer en affirmant que « l’offre de soins en Ituri a été renforcée ». Le ministre de la santé dr Samuel Roger Kamba affirme que la riposte est « rigoureuse ». Il en veut pour preuve l’inauguration d’un nouveau centre de traitement d’Ebola, « portant la capacité installée de la province à 840 lits », pendant de centres « supplémentaires sont en préparation ». Au total 704 patients sont à présent placés à l’isolement ( hospitalisés).
« Le dispositif de contrôle sanitaire aux points d’entrée et de contrôle a par ailleurs permis d’examiner plus de 100 000 voyageurs, avec un taux de dépistage de 98% », lit-on dans le bulletin quotidien du ministère de la santé. Les autorités sanitaires de la RDC, loin de ne comptabiliser que les morts, insistent aussi sur les personnes guerries. Elles sont au nombre de 869 à ce jour, selon un bulletin quotidien en perpétuelle évolution.
Par ailleurs, pour réduire des cas d’attaques et impliquer les communautés dans la lutte contre Ebola, un plan de sensibilisation communautaire est activé aussi bien en Ituri que dans les autres provinces touchées. Des relais communautaires sont à pied-d’œuvre dans la sensibilisation dans toutes les provinces touchées, à « des visites à domicile et les causeries éducatives », note Samuel Roger Kamba. Un effort incessant est en cours pour stopper la maladie.
Dans cet effort, la volonté d’améliorer les conditions du personnel soignant figure parmi les priorités. Tous les médecins de l’Ituri dont une grande partie se plaignait d’impaiement depuis des années, sont à présent alignés à « la prime de risque », a fait savoir le ministre de la santé.
Patrick Ilunga
