Macky Sall – Diomaye Faye : Une alliance de raison pour la survie politique

Le Sénégal soutient désormais la candidature de l’ancien président Macky Sall au poste de secrétaire général de l’Organisation des Nations unies (ONU). Le pays adopte ainsi une nouvelle ligne, en rupture avec la position qu’il avait jusqu’ici défendue sur cette candidature.

Dans un communiqué, le ministère de l’Intégration africaine, des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’Extérieur indique que le chef de l’État, Bassirou Diomaye Faye, « instruit le Gouvernement et l’ensemble du réseau diplomatique sénégalais de se mobiliser pleinement pour promouvoir cette candidature auprès des États membres des Nations unies ».

Pour Macky Sall, il s’agit d’une volte-face favorable. L’ancien président, qui a dirigé le Sénégal pendant douze ans, n’avait pas initialement bénéficié du soutien de son pays. En mars dernier, une vingtaine de pays de l’Union africaine avaient opposé leur veto à sa candidature, et le Sénégal figurait parmi eux. À l’époque, les relations entre les nouvelles autorités sénégalaises et leur prédécesseur étaient particulièrement tendues. Sa candidature n’avait d’ailleurs pas été portée par Dakar, comme c’est généralement le cas, mais par le Burundi.

La candidature de Macky Sall est désormais présentée comme « celle du Sénégal au service de l’Afrique et d’un multilatéralisme plus performant », précise le communiqué. Derrière cette décision aux allures institutionnelles se cache toutefois, selon plusieurs observateurs, une logique politique. Les deux hommes auraient aujourd’hui intérêt à un rapprochement, chacun y voyant un levier pour sa propre survie politique.

Bassirou Diomaye Faye est en quête de nouveaux soutiens afin de consolider sa position face au PASTEF d’Ousmane Sonko, après leur rupture politique. Le chef de l’État s’emploie à renforcer sa coalition alors qu’il s’apprête à lancer sa propre formation politique au début du mois d’août. À l’approche des élections locales de 2027, puis de la présidentielle de 2029, une recomposition du paysage politique semble s’engager face au PASTEF, aujourd’hui principale force politique au Parlement.

Pour certains analystes sénégalais, ce revirement pourrait toutefois coûter cher à Bassirou Diomaye Faye en lui faisant perdre une partie de son électorat, peu favorable à un rapprochement avec son prédécesseur. À en croire Papa Farah Diallo, maître de conférences en science politique à l’Université Gaston-Berger de Saint-Louis, en soutenant la candidature de Macky Sall, Bassirou Diomaye Faye « est en train de mettre de l’eau au moulin de ses critiques et de renforcer les attaques du PASTEF contre un président qui avait pris des engagements qu’il est aujourd’hui en train de fouler aux pieds pour des considérations électoralistes ».

Le PASTEF, qui ne s’est pas encore officiellement prononcé sur ce soutien, pourrait utiliser cet argument contre le chef de l’État, ajoute Papa Farah Diallo. Plusieurs de ses cadres dénoncent déjà « un revirement spectaculaire » en faveur de celui qu’ils considèrent comme le principal responsable des déboires judiciaires subis par Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye.

Nombreux sont également ceux qui imputent au régime de Macky Sall la mort de 67 manifestants politiques lors de la répression des contestations entre 2021 et 2024. Boubacar Seye, responsable de l’un des collectifs de victimes, juge le soutien de Diomaye Faye « incompréhensible ».

« Il est incompréhensible que l’État du Sénégal soutienne cette candidature. Macky Sall est disqualifié pour les Nations unies. On ne peut pas verser du sang et ensuite diriger les Nations unies », affirme-t-il, avant d’accuser l’ancien président de « préparer son retour politique au Sénégal ».

Au Sénégal, beaucoup rappellent également que Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko ont été emprisonnés sous le régime de Macky Sall. « Le président Faye disait lui-même qu’il ne pouvait y avoir de pardon sans justice », souligne encore Boubacar Seye.

« L’autre élément, c’est la dette cachée et le déficit budgétaire. À leur arrivée au pouvoir, le président Bassirou Diomaye Faye disait avoir trouvé “le pays au quatrième sous-sol” », rappelle-t-il.

Malgré ces critiques, les proches du chef de l’État assurent que celui-ci agit dans une logique institutionnelle, au-dessus des considérations partisanes. Une lecture que ne partage pas Papa Farah Diallo, pour qui le contexte politique actuel demeure le principal moteur de cette décision.

Bassirou Diomaye Faye travaillerait à la constitution d’une large coalition politique, en cherchant notamment à attirer l’Alliance pour la République (APR), le parti de Macky Sall. L’accueil réservé à ce dernier au palais de la République constituerait ainsi une main tendue poursuivant un double objectif : obtenir le soutien de l’APR dans le rapport de force avec Ousmane Sonko et le PASTEF, tout en accompagnant Macky Sall dans son ambition internationale afin de l’éloigner durablement de la scène politique sénégalaise, estime Babacar Ndiaye, du think tank Wathi.

À ce stade, le soutien de l’APR n’est toutefois pas acquis. Certains cadres du parti renvoient dos à dos Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko et cherchent à se positionner comme une alternative en vue des prochaines échéances électorales.

À mesure que les jours passent, les équilibres pourraient encore évoluer. Bassirou Diomaye Faye parviendra-t-il à tirer son épingle du jeu dans cette recomposition politique ? Macky Sall rebondira-t-il dans sa course au secrétariat général de l’ONU ? Ousmane Sonko réussira-t-il à contenir cette double recomposition ? Seul l’avenir le dira.

Patrick Ilunga

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