De l’immense potentiel du fleuve Congo, des cours d’eau, des bassins à la réalité des grands ouvrages, la République Démocratique du Congo (RDC) se trouve à la croisée des chemins. À Kolwezi, le CCGB a choisi de poser la question autrement : comment transformer une richesse hydraulique exceptionnelle en puissance énergétique, industrielle et économique ? Pendant trois jours, experts, ingénieurs, opérateurs miniers et institutions ont confronté leurs expériences autour d’un même impératif : construire mieux, construire durablement et surtout construire pour l’avenir. Il y a, dans les eaux de la République démocratique du Congo, une puissance encore largement à conquérir.











Du fleuve, des cours d’eau, des bassins versants et des sites hydrographiques qui dessinent l’un des plus importants potentiels énergétiques du continent. Mais entre le potentiel naturel et la puissance effectivement disponible, demeure un immense chantier : celui des infrastructures, de l’expertise, du financement, de la sécurité et de la gouvernance.
C’est précisément dans cet espace que le CCGB entend inscrire son action. Créé officiellement en 2023 comme association technique et scientifique sans but lucratif, et branche nationale de la Commission Internationale des Grands Barrages (CIGB), le CCGB s’est donné une vocation qui couvre les barrages dans toutes leurs applications. Ses réflexions couvrent l’hydroélectricité, l’irrigation, l’approvisionnement en eau, la maîtrise des crues, les retenues de résidus miniers, la navigation, la pisciculture et les usages liés aux réservoirs.
Kolwezi, le rendez-vous d’une ambition nationale










Du 27 au 29 août 2026, Kolwezi est devenue la capitale congolaise de l’expertise sur les grands barrages. Pour sa troisième conférence annuelle, le CCGB a choisi un thème à la fois simple et ambitieux : « La construction des barrages, un défi à relever en R.D.C. ». Sous la présidence de Raphaël Nkulu Kashale Wa Ngoie, cette rencontre a réuni autour d’une même table les compétences techniques, scientifiques et industrielles nécessaires pour réfléchir à l’avenir hydraulique du pays.
Le choix de Kolwezi n’est pas anodin. Dans cette province où l’exploitation minière côtoie de grandes infrastructures énergétiques, le dialogue entre eau, énergie, industrie et environnement prend une dimension très concrète. Le barrage n’est plus seulement un ouvrage de génie civil. Il devient un élément d’un système plus vaste, au croisement de la croissance industrielle, de la sécurité énergétique et de l’aménagement du territoire, a fait savoir le Directeur Provincial (Haut-Katanga et Lualaba) de l’agence congolaise des grands travaux (ACGT), Simon Kassambayi Punda dans son exposé.
Grand Inga : Quand le fleuve devient une vision










Au centre de cette réflexion, un nom s’impose : Grand Inga. C’est Christian Kalonji, Directeur technique de l’Agence pour le Développement et la Promotion du projet Grand Inga (ADPI-RDC), qui a apporté les principaux éclairages techniques sur ce projet emblématique. Avec un potentiel théorique estimé à environ 44 000 MW, le site d’Inga représente une formidable réserve de puissance. Une première capacité d’au moins 7 500 MW fait actuellement l’objet d’études.
Mais derrière ces chiffres se trouve une réalité physique exceptionnelle. Les données présentées au cours de la conférence font état d’un débit pouvant atteindre près de 97 900 m³/s en période de pointe, contre environ 26 000 à 30 000 m³/s durant les périodes de basses eaux. Entre novembre et décembre, les débits peuvent atteindre 70 000 à 80 000 m³/s. À cela s’ajoute une chute hydraulique d’environ 100 mètres sur près de 14 kilomètres.
Pour Christian Kalonji, l’enjeu ne consiste cependant pas à réduire Grand Inga à une simple équation de mégawatts. Le projet doit être pensé dans toute sa complexité : hydrologie, géologie, génie civil, production, transport et distribution de l’électricité, biodiversité, communautés, financement, gouvernance et sécurisation des débouchés.
Autrement dit, la grandeur d’Inga ne se mesure pas uniquement à la puissance qu’il pourrait produire. Elle se mesure aussi à la capacité de la RDC à bâtir autour de cette puissance un véritable système énergétique national et régional.
37 milliards de dollars américains : le prix d’une transformation énergétique du pays









La puissance hydraulique a un coût. Et c’est ici qu’intervient une autre équation déterminante : celle du financement. Julien Bapele, de l’Unité de Coordination et de Management des projets (UCM), a situé les besoins d’investissement autour de 37 milliards de dollars américains, dont environ 20 milliards attendus du secteur privé et 17 milliards du secteur public. L’enjeu est à la mesure du déficit énergétique. Le taux d’électrification évoqué durant la conférence se situe autour de 21,5 %, avec une ambition de parvenir à 62 % à l’horizon 2030.
Pour le CCGB, une telle ambition suppose de changer d’échelle. Il ne s’agit plus de raisonner barrage par barrage, mais de construire un portefeuille cohérent de projets, avec des études solides, des coûts maîtrisés, des mécanismes de financement crédibles, des réseaux de transport adaptés et des marchés énergétiques capables d’absorber la production.
La puissance hydraulique ne devient une puissance économique que lorsqu’elle rencontre les infrastructures, les capitaux et les consommateurs.
La sécurité, autre visage de l’excellence
L’une des originalités de la conférence de Kolwezi aura été de ne pas dissocier développement des infrastructures et exigence de sécurité. Dans le secteur minier, les parcs à résidus miniers constituent un enjeu particulièrement sensible. Le CCGB a ainsi présenté un Guide pour une gestion responsable et en toute sécurité des résidus miniers en RDC, élaboré par son sous-comité sur le secteur minier à partir des travaux du comité technique sur les résidus miniers de la Commission Internationale des Grands Barrages, (CIGB).
Hervé Kundulo Wa Kitambo, vice-président du CCGB, a revisité cette démarche qui entend contribuer à renforcer les pratiques nationales en matière de prévention, de surveillance et de gestion des risques. Sur ce sujet justement, un panel de discussion composé du professeur Arthur Kaniki (Université de Lubumbashi), d’Ariane Bakwene (MMG Kinsevere), d’Odrick Tuema (Direction de protection de l’environnement minier) a été constitué pour analyser les différentes expériences au sujet de cette problématique de la gestion des résidus miniers. Et pour le Vice-Président du CCGB, il s’agissait d’offrir à la communauté un document de référence à même de rationaliser la gestion du secteur dans le pays. Toute en saluant la qualité des ouvrages des entreprises minières comme KIBALI GOLD MINING, MMG KINSEVERE ET Tenke Fungurume Mining, Hervé Kundulo Wa Kitambo a souligné qu’il n’y avait pas que ces entreprises minières qui sont opérationnelles en RDC, les autres devront partager leurs pratiques afin de permettre le développement des standards nationaux indispensables à la gestion responsable et durable des parcs à résidus miniers afin d’éviter des catastrophes dans le pays. Le guide mis en place par son organisation permettra aux opérateurs de mieux organiser leurs actions dans le contexte congolais.
Les entreprises minières ont, elles aussi, partagé leurs expériences. Chez Tenke Fungurume Mining par exemple, Ke Lutumba a fait la présentation de la gestion des installations KT1, KT2 et RWP, dès leur conception à leur gouvernance, en passant par leur construction et les relations avec les communautés, avec une attention portée aux standards internationaux, notamment le GISTM.
Du côté de MMG Kinsevere, Gaby Yalala superintendant TSF, a exposé sur les meilleures pratiques mis en place dans la construction des parcs à résidus miniers et des léçons apprises sur le site de MMG Kinsevere. les dispositifs consacrés à la sécurité des parcs à résidus et à la prévention des risques mis en place par son institution.
À Kibali Gold Mining, l’Ingénieur Miki Gilbert, RTFE & Superintendent TSF a, pour sa part, mis l’accent sur la culture de sécurité et la conformité aux standards. Une approche résumée par cette exigence : travailler à la fois selon les standards nationaux, les standards internes de l’entreprise et ceux du GISTM.
De l’expertise à l’épreuve du terrain
À Kolwezi, la réflexion ne pouvait rester confinée aux salles de conférence. Elle s’est prolongée sur le terrain, notamment à travers des visites consacrées à Nzilo et Nseke, ainsi qu’au parc à résidus miniers de l’entreprise minière Kamoa Copper SA.
Ces visites ont rappelé une évidence : un barrage vit avec son territoire. La sédimentation d’un réservoir, l’évolution d’un bassin versant, les activités minières en amont, la disponibilité de l’eau en période sèche ou encore l’état des infrastructures peuvent directement influencer la performance énergétique d’un ouvrage. Dans le Lualaba, où se côtoient barrages, mines et infrastructures industrielles, la question devient alors celle de la coexistence des usages et de leur planification à long terme.
Le CCGB ou la construction d’une de l’ouvrage ?
À travers cette troisième conférence, le CCGB semble surtout vouloir installer une nouvelle culture : celle d’une expertise congolaise structurée autour du cycle complet du barrage. Concevoir, étudier, financer, construire, surveiller, exploiter, transmettre et surtout préserver.
La présence de la Société nationale d’électricité, SNEL, de Kibali Gold Mining, de Tenke Fungurume Mining et de MMG Kinsevere parmi les partenaires de l’événement traduit cette volonté de rapprocher les institutions, les experts et les acteurs industriels autour d’un même espace de dialogue.
Les différentes interventions celles de l’ADPI-RDC, de la SNEL, du CCGB, des entreprises minières, de l’ACGT, du monde universitaire et de la DPEM ont permis de croiser les regards et les expériences.
Les travaux devraient d’ailleurs être prolongés par une publication rassemblant les interventions de cette troisième édition.
Une vision pour la RDC hydraulique
Au fond, le message porté à Kolwezi dépasse la seule question des barrages. Il touche à la manière dont la RDC entend valoriser ses ressources naturelles. Le pays dispose de l’eau. Il lui faut désormais davantage d’ingénierie, de planification, de financement, de régulation et de capacité institutionnelle pour transformer cette ressource en puissance durable. C’est là que se situe la vision du Comité Congolais des Grands Barrages : faire de l’expertise un levier de souveraineté énergétique.
Sous l’impulsion de Raphaël Nkulu Kashale Wa Ngoie, le CCGB ambitionne ainsi de devenir bien plus qu’un cadre de rencontres techniques. Il veut s’affirmer comme une plateforme nationale de référence, capable de fédérer les compétences, de diffuser les standards internationaux, de soutenir la formation, d’encourager la production de connaissances et de contribuer à une meilleure gouvernance des grands ouvrages.
Car pour la RDC, le véritable enjeu n’est plus de savoir si elle possède les ressources nécessaires à son développement hydraulique. L’enjeu est désormais de savoir si elle saura transformer cette puissance naturelle en une puissance organisée, sécurisée, financée et durable.
Et c’est précisément sur cette frontière entre le potentiel et la réalisation, entre l’eau et l’énergie, entre l’expertise et l’action que le CCGB entend désormais inscrire son ambition.
Faire des grands barrages non seulement des ouvrages de béton et d’acier, mais les fondations d’une RDC plus électrifiée, plus industrialisée et davantage maîtresse de sa puissance hydraulique.
José-Junior Owawa
