Interview exclusive | Serge Kadima : ” Le premier gisement du Congo n’est pas son sous sol mais sa jeunesse “

À une époque où la parole politique est souvent accueillie avec scepticisme, une nouvelle génération de responsables tente de renouer avec le sens de l’engagement public. Parmi ces figures émergentes, Serge Kadima s’impose progressivement par un discours qui privilégie la réflexion à la polémique, la vision à l’immédiateté et le service à la conquête du pouvoir. Dans cet entretien, il livre sa conception du leadership, de l’État et de l’avenir de la République démocratique du Congo. Un échange qui révèle moins un homme en quête de fonctions qu’un bâtisseur de convictions.

Geopolis
Quelle habitude quotidienne explique, selon vous, une partie de votre réussite ?

Serge kadima
Je commence toujours mes journées par un temps de réflexion. Avant de chercher à agir, je cherche à comprendre. Je lis beaucoup, j’observe, j’écoute et je prends des notes. Je crois que la qualité des décisions dépend d’abord de la qualité du regard que l’on porte sur le monde.

Geopolis
Quelle est votre définition d’un bon leader ?

Serge Kadima
Un leader n’est pas celui qui marche devant les autres. C’est celui qui donne une direction, révèle les talents des autres et les rend capables de réussir sans lui. Le leadership consiste moins à exercer un pouvoir qu’à créer de la confiance.

Geopolis
Selon vous, un leader doit-il montrer ses faiblesses ?

Serge Kadima
Oui, à condition qu’il ne les transforme pas en excuses. La vulnérabilité humanise un dirigeant. L’essentiel est de montrer que l’on apprend, que l’on progresse et que l’on reste fidèle à ses convictions malgré les difficultés.

Geopolis
Préférez-vous être aimé ou respecté ? Pourquoi ?

Serge Kadima
Le respect. L’affection est précieuse, mais elle peut être passagère. Le respect se construit par la cohérence entre les paroles et les actes. Avec le temps, un dirigeant respecté finit souvent par être aimé pour les bonnes raisons.

Geopolis
Pourquoi avoir choisi aussi la politique alors que l’homme politique congolais a une mauvaise image ?

Serge Kadima
Parce que je refuse de considérer la politique comme un problème. Pour moi, elle demeure le plus grand instrument de transformation collective. Si les personnes de bonne volonté désertent la politique, elles laissent le terrain à ceux qui la dénaturent. Il faut réhabiliter la politique par l’exemple.

Geopolis
À votre avis, pourquoi la jeunesse se méfie-t-elle aujourd’hui des responsables politiques ?

Serge Kadima
Parce qu’elle a grandi dans un environnement où les promesses ont souvent remplacé les résultats. La jeunesse ne demande plus des discours ; elle veut des preuves. Elle veut des dirigeants qui rendent des comptes, qui travaillent et qui assument leurs responsabilités.

Geopolis
Quel est le plus grand malentendu que les citoyens entretiennent sur la politique ?

Serge Kadima
Beaucoup pensent que la politique consiste à conquérir le pouvoir. Je crois, au contraire, que le pouvoir n’est qu’un moyen. La véritable finalité est de transformer la société et d’améliorer la vie des citoyens.

Geopolis
Si vous n’aviez qu’une seule réforme à réaliser pour votre pays, laquelle serait-elle ?

Serge Kadima
Je choisirais la réforme de l’éducation. Aucun pays ne dépasse durablement le niveau de son système éducatif. Former des citoyens responsables, compétents et créatifs est la condition de toutes les autres réformes.

Geopolis
Peut-on réussir en politique sans faire de compromis avec ses valeurs ?

Serge Kadima
Il faut distinguer le compromis et la compromission. Le compromis permet de construire des solutions communes. La compromission consiste à vendre ses convictions. Le premier est indispensable ; la seconde est inacceptable.

Geopolis
À quel moment un homme politique devient-il un homme d’État ?

Serge Kadima
Lorsqu’il commence à penser davantage à la prochaine génération qu’à la prochaine élection. L’homme d’État inscrit son action dans le temps long. Il accepte parfois l’impopularité pour préserver l’intérêt supérieur de la Nation.

Geopolis
Que signifie, pour vous, servir l’État au quotidien ?

Serge Kadima
Servir l’État, c’est prendre chaque décision en se demandant non pas ce qu’elle m’apporte personnellement, mais ce qu’elle apporte à la République. C’est placer l’intérêt général au-dessus des intérêts particuliers.

Geopolis
Quelle injustice vous touche personnellement ?

Serge Kadima
Le gaspillage du potentiel humain. Voir des jeunes talentueux privés d’opportunités simplement parce qu’ils ne disposent pas des bonnes relations ou des bons moyens me révolte profondément. Le Congo possède des ressources immenses, mais sa première richesse reste sa jeunesse.

Geopolis
Existe-t-il une ligne rouge que vous ne franchirez jamais, même pour réussir ?

Serge Kadima
Oui. Je ne sacrifierai jamais ma parole. On peut perdre une fonction et en retrouver une autre. Lorsqu’on perd sa crédibilité, il devient très difficile de retrouver la confiance.

Geopolis
Quel défaut combattez-vous encore chez vous-même ?

Serge Kadima
Je suis parfois trop exigeant, d’abord envers moi-même, puis envers les autres. Avec le temps, j’apprends que les grandes transformations demandent autant de patience que de détermination.

Geopolis
Quelle est la question que l’on ne vous pose jamais mais à laquelle vous aimeriez répondre ?

Serge Kadima
On me demande souvent ce que je fais. On me demande rarement pourquoi je le fais. Pourtant, c’est cette question qui éclaire toutes les autres. Mon engagement procède d’une conviction simple : contribuer à bâtir un Congo plus lucide, plus fort et plus confiant en lui-même.

Geopolis
Quel livre a profondément changé votre manière de penser ?

Serge Kadima
Je citerais Dans la Lumière de la Vérité – Le Message du Graal d’Abd-ru-shin. Cet ouvrage m’a appris que la véritable liberté commence par la responsabilité personnelle et que toute transformation durable naît d’abord d’une transformation intérieure.

Geopolis
Qui est votre modèle et pourquoi ?

Serge Kadima
Je m’inspire davantage de principes que de personnalités. J’admire les femmes et les hommes qui ont su rester fidèles à leur mission malgré les épreuves. Le courage, la cohérence et le sens du service sont, pour moi, les véritables références.

Geopolis
Qu’est-ce qui vous fait encore rêver ?

Serge Kadima
Je rêve d’une République démocratique du Congo qui cesse d’être définie par ses crises et qui soit reconnue pour ce qu’elle peut apporter au monde. Je rêve d’un pays qui transforme ses ressources en prospérité, son intelligence en innovation et sa jeunesse en moteur de développement. Et, à titre personnel, je souhaite continuer à transmettre, à écrire, à former et à laisser derrière moi non seulement des réalisations, mais aussi une manière de penser capable d’inspirer ceux qui viendront après nous.

Propos recueillis par Adam Mwena Meji

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