Sous la conduite de Jean-Jacques Kayembe (JJK), l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives en République démocratique du Congo (ITIE-RDC) a su maintenir un climat de stabilité institutionnelle, de sérénité interne et de confiance auprès des partenaires nationaux et internationaux. Fort de son expérience dans la gestion et la gouvernance des ressources naturelles, le Coordonnateur national poursuit une dynamique qui consolide le rôle stratégique de l’ITIE-RDC dans le renforcement de la transparence du secteur minier congolais. À travers les réformes engagées, la promotion des standards internationaux et la divulgation des données, l’ITIE-RDC contribue à renforcer la crédibilité de la RDC auprès des investisseurs et à soutenir l’ambition d’une transformation locale des ressources naturelles. En marge de la DRC Mining Week 2026, Jean-Jacques Kayembe s’est confié à Geopolis sur les enjeux de la transformation économique, l’amélioration du climat des affaires ainsi que les défis liés au processus de validation de l’ITIE.
William Albert Kalengay (WAK) : Ici à la DRC Mining Week, une idée centrale émerge des différents échanges : la RDC doit passer d’une économie extractive à une économie de transformation. S’agit-il d’un simple slogan ou d’une véritable orientation stratégique ?
Jean-Jacques Kayembe (JJK) : Je vous remercie. Il ne s’agit pas d’un slogan. Cette vision repose sur une réelle volonté. J’ai participé à plusieurs panels, notamment autour du partenariat USA-Afrique, qui est construit sur la transformation économique de la RDC. Nous voulons quitter le schéma classique d’une exploitation minière limitée à l’extraction pour aller vers une transformation économique permettant à la RDC et à sa population de bénéficier davantage de leurs ressources naturelles.
Il ne s’agit pas uniquement de retombées localisées autour des zones d’exploitation, mais d’une transformation profonde qui implique le développement des infrastructures énergétiques, des transports et de la logistique afin d’améliorer la productivité du pays ainsi que les conditions de vie des Congolais.
WAK : Pensez-vous que l’expérience congolaise est suffisamment mature pour franchir cette étape ? Quels sont les éléments qui vous rendent optimiste ?
JJK : La première préoccupation soulevée par plusieurs partenaires concerne le climat des affaires. Cette question a largement dominé les discussions. L’amélioration du climat des affaires passe notamment par davantage de transparence, une meilleure gouvernance et surtout une meilleure lisibilité des textes pour les investisseurs.
Aujourd’hui, lorsqu’un investisseur souhaite intervenir dans plusieurs secteurs liés aux mines, à la transformation ou à l’énergie, il doit pouvoir identifier clairement le cadre juridique applicable : Code minier, Code des investissements ou loi sur les Zones économiques spéciales. Cette compréhension est essentielle pour renforcer la confiance.
WAK : Quels sont les préalables indispensables pour bâtir une économie de transformation ?
JJK : Je commencerai par dire qu’il faut d’abord établir la confiance afin d’attirer les investissements. Ensuite, les investissements doivent cibler des secteurs stratégiques : la production et le transport de l’énergie, les infrastructures, la logistique ainsi que le numérique. Même avec une fiscalité avantageuse, si nous ne suivons pas l’évolution rapide des technologies, il sera difficile de construire des prévisions fiables et de soutenir durablement le développement économique.
WAK : Quel rôle l’ITIE-RDC doit-elle jouer dans cette dynamique ?
JJK : Historiquement, l’ITIE reposait essentiellement sur un principe : publier ce qui est payé et publier ce qui est reçu dans le secteur extractif. Aujourd’hui, le curseur doit évoluer. Dans notre stratégie 2026-2029 actuellement en préparation, nous avons intégré cette nouvelle réalité. Les pays riches en ressources naturelles souhaitent désormais que la valeur ajoutée soit produite localement et non ailleurs. Nous devons désormais parler non seulement des contrats extractifs mais également des contrats liés à la transformation, tout en renforçant la transparence sur les flux financiers qui accompagnent ces investissements.
WAK : Les données deviennent-elles un élément stratégique dans cette nouvelle approche ?
JJK : Absolument. Hier, les données étaient principalement publiées sous forme de rapports. Aujourd’hui, nous devons mettre davantage l’accent sur la divulgation systématique. Nous devons également standardiser l’ensemble des données produites dans le secteur extractif afin de disposer d’informations structurées et de qualité pour l’analyse, la fiscalité et la prise de décision.
WAK : Où en est actuellement la RDC dans son processus de validation ITIE ?
JJK : La validation est avant tout un processus d’apprentissage continu. Nous sommes actuellement dans une phase préparatoire. Plusieurs rapports ont déjà été produits depuis 2022 et un dernier rapport sera publié le 31 août afin d’alimenter certains éléments du processus. Une mission internationale est attendue à partir du 1er octobre pour le lancement effectif de l’évaluation. Ce processus intervient tous les trois ans afin d’évaluer si un pays maintient ses standards en matière de transparence et de gouvernance.
WAK : Quel est aujourd’hui le principal défi auquel vous êtes confrontés ?
JJK : Le principal défi demeure l’établissement du registre des bénéficiaires effectifs. Cette question figurait déjà parmi les défis identifiés lors de l’évaluation précédente. Certains retards persistent notamment dans l’adoption des textes d’application nécessaires à son opérationnalisation. En dehors de cet aspect, nous poursuivons notre travail avec sérénité. Nous sommes sur la bonne voie et nous sommes convaincus que nous atteindrons les objectifs fixés.
Propos recueillis par WAK
