La secousse politique autour de la motion de défiance qui vise le Vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur et de la Sécurité, Jacquemain Shabani, continue de produire des répercussions au sein de la majorité. Dernier rebondissement en date : l’exclusion du député national Laddy Yangotikala de l’Alliance des Bâtisseurs (AB), un regroupement politique réputé proche du Président du Sénat Jean-Michel Sama Lukonde.
Selon des sources concordantes, cette décision intervient dans un contexte de fortes tensions internes, conséquence de l’initiative du député Yangotikala de déposer une motion de défiance contre le patron de la sécurité nationale. Une démarche jugée « solitaire » et « non concertée » par plusieurs cadres de son regroupement politique, qui dénoncent un manquement à la discipline de la plateforme.
Le concerné prend sportivement son exclusion : “«Je prend acte de mon exclusion du regroupement. Je remercie le pdt Sama [ président du Sénat, Ndlr] pour m’avoir permis d’être libre d’exercer le pouvoir de contrôle sur un membre du gouvernement. Je n’ai pas violé la constitution, ni le Règlement intérieur. Je n’ai fait que demander au VPM de protéger les électeurs du PR 05», a-t-il écrit.
Laddy Yangotikala note que sa motion s’inscrit dans une logique de redevabilité institutionnelle. L’élu justifie son action par « la dégradation persistante de la situation sécuritaire » à travers le pays, pointant notamment l’insécurité grandissante dans plusieurs grandes villes, dont Kinshasa, Beni, Lubumbashi ou encore Kisangani.
« Nos populations vivent dans la peur et attendent des actions fortes, courageuses et responsables», soutient-il.
Cette exclusion vient s’ajouter à un isolement politique déjà amorcé, après que son propre parti lui a retiré son soutien. Une double sanction qui fragilise davantage sa position au sein de la majorité parlementaire et pourrait compromettre la portée de son initiative à l’Assemblée nationale.
Au moment où la dynamique de son action parlementaire tant à faiblir, avec notamment le retrait des signatures et le désengagement de ses collègues sous pression dans leurs partis politiques, le député Yangotikala Laddy ne baisse pas pavillon.
«Qu’on ne vous trompe pas. Ma motion de défiance n’a pas été retirée. Nous irons jusqu’au bout», persiste-t-il.
Cette affaire met en lumière les tensions latentes au sein de la coalition au pouvoir, où les initiatives individuelles sur des questions sensibles comme la sécurité semblent de plus en plus difficiles à porter sans l’aval des instances politiques supérieures.
Reste à savoir si cette mise à l’écart freinera la procédure de la motion de défiance ou, au contraire, renforcera le débat autour de la gestion sécuritaire du pays, un sujet particulièrement sensible dans l’opinion publique congolaise.
Il sied de rappeler que c’est depuis le 14 avril dernier que le député national Sengha Lady a déposé une motion de défiance visant le vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur, Jacquemain Shabani.
À travers cette motion, le parlementaire met en cause la gestion de l’insécurité, particulièrement à Kinshasa, mais aussi dans plusieurs centres urbains du pays. Il reproche au patron de la sécurité intérieure une incapacité à endiguer la montée de la criminalité.
Didier Ilunga
