Clôturée le 2 avril 2026 à Kinshasa, la troisième édition du Forum économique RDC–Angola a débouché sur une série de recommandations structurantes visant à lever les obstacles au commerce transfrontalier et à bâtir un espace économique intégré.

Dans son mot de clôture, le Vice-Premier Ministre, Ministre de l’Economie Nationale, Daniel Mukoko Samba a appelé à “transformer les recommandations en actions concrètes” pour accélérer l’intégration économique entre les deux pays.
Organisées à l’Hôtel Golden Tulip de Kinshasa, ces assises entre la République démocratique du Congo et la République d’Angola ont réaffirmé une ambition claire : accélérer l’intégration sous-régionale par des réformes concrètes et coordonnées.
Placé sous le haut patronage des Présidents Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo de la République Démocratique du Congo et de João Manuel Gonçalves Lourenço, Président de la République d’Angola, ce rendez-vous stratégique a réuni décideurs publics, acteurs privés et experts autour du développement du commerce transfrontalier.
Dans son intervention de clôture, Daniel Mukoko Samba a insisté sur la nécessité de passer « des engagements aux réalisations concrètes », appelant à une mise en œuvre rapide et rigoureuse des recommandations issues des travaux. Pour lui, il est incompréhensible que les échanges commerciaux entre la RDC et l’Angola soient plafonnés à seulement 170 millions de dollars américains alors que les deux pays disposent d’un PIB combiné évalué à plus de 200 milliards de dollars américains. Le vice-premier ministre espère qu’avec un renforcement de la coopération bilatérale, la situation, la situation pourra évoluer avant la 4eme édition prévue à Luanda.
Des réformes pour fluidifier le commerce
Parmi les priorités dégagées, la facilitation du commerce occupe une place centrale. Les participants ont recommandé l’accélération de la digitalisation des systèmes douaniers, leur interconnexion ainsi que la mise en place de postes frontaliers à guichet unique. L’objectif est de réduire les délais, limiter les tracasseries et améliorer la transparence dans les échanges.
La simplification et l’harmonisation des procédures douanières et fiscales apparaissent également comme des leviers essentiels pour lutter contre les barrières administratives qui freinent encore les flux commerciaux entre les deux pays.
Formaliser et sécuriser les échanges
Face à la prédominance du commerce informel, le Forum propose l’instauration d’un régime commercial simplifié pour les petits opérateurs frontaliers. Cette mesure devrait favoriser leur intégration dans l’économie formelle tout en renforçant les mécanismes de lutte contre la fraude et la contrebande.
Infrastructures et corridor de Lobito : piliers de l’intégration
Les recommandations mettent un accent particulier sur le développement des infrastructures. La modernisation des postes frontaliers, l’amélioration des corridors de transport et la création de plateformes logistiques multimodales sont jugées indispensables pour réduire les coûts et délais de transit.
Le corridor de Lobito est présenté comme un axe structurant majeur. Sa modernisation, combinée au développement d’activités minières, industrielles et agro-industrielles, doit contribuer à une intégration régionale plus poussée, tout en impliquant les communautés locales.
Vers une intégration financière et numérique
Sur le plan financier, les participants préconisent l’harmonisation des réglementations de change et la promotion de systèmes de paiement régionaux tels que le PAPSS ou le SADC-RTGS.
La facilitation des transactions en monnaies nationales constitue un autre levier clé.
En parallèle, l’inclusion financière doit être renforcée par un meilleur accès aux services bancaires, le développement des solutions numériques et la promotion de l’éducation financière.
Coopération, secteur privé et secteurs stratégiques
Le Forum appelle à la mise en place de mécanismes permanents de concertation entre institutions congolaises et angolaises, ainsi qu’au renforcement de la coopération entre administrations douanières et fiscales.
Le secteur privé est invité à jouer un rôle moteur à travers des investissements conjoints et des partenariats public-privé.
Des secteurs spécifiques ont également été ciblés :
Pêche et économie bleue : amélioration des chaînes logistiques, lutte contre la pêche illégale et gestion concertée des espaces maritimes ;
Hydrocarbures : structuration d’une chaîne de valeur régionale, mise en place de cadres sécurisés d’échanges et développement de plateformes logistiques intégrées.
Des engagements pour garantir le suivi
Les deux parties se sont engagées à élaborer une feuille de route conjointe assortie d’indicateurs de performance, à assurer un suivi régulier des réformes et à renforcer la coordination institutionnelle.
Un protocole d’accord entre les banques centrales des deux pays est également annoncé pour juillet 2026, marquant une étape supplémentaire vers l’intégration financière.
Un cap vers un espace économique intégré
Ce forum s’inscrit dans un contexte où la RDC et l’Angola cherchent à valoriser leur potentiel économique commun malgré des contraintes persistantes : infrastructures insuffisantes, faible digitalisation, multiplicité des taxes et dominance de l’informel.
En appelant à « transformer les recommandations en actions concrètes », Daniel Mukoko Samba fixe ainsi le cap d’une coopération pragmatique, tournée vers des résultats tangibles pour les populations.
Le prochain rendez-vous est déjà annoncé en Angola, confirmant la volonté des deux pays de faire de cette dynamique un processus durable d’intégration économique régionale.
José-Junior Owawa
