Malgré les processus de Doha et de Washington, la crise congolaise reste dans un statu quo. Alors, quel profil de médiateur pourrait réellement faire bouger les lignes, en tenant compte à la fois de la crise interne de la RDC et des intérêts de ses voisins ? Décryptage.
La crise à l’Est de la République démocratique du Congo continue de résister aux initiatives diplomatiques internationales. Doha, Washington… les cadres se multiplient, mais sur le terrain, les lignes bougent peu. Une réalité qui relance une question centrale : la RDC a-t-elle besoin d’un médiateur au profil différent, plus en phase avec les réalités africaines du pouvoir ?
Dans ce débat, Faure Gnassingbé apparaît comme une option sérieusement évoquée. Président du Togo depuis 2005, il est aussi le fils de l’ancien chef de l’État Gnassingbé Eyadéma. Une trajectoire singulière qui lui confère une compréhension fine des mécanismes de conservation du pouvoir, des transitions délicates et des compromis nécessaires pour éviter l’instabilité. Cette lecture croisée lui permet de saisir à la fois les enjeux internes congolais et les contraintes politiques d’un État sous pression sécuritaire.
Mais aucun médiateur ne peut ignorer le rôle des voisins de la RDC. À commencer par Yoweri Museveni. Officiellement partenaire de Kinshasa, le président ougandais reste un acteur ambigu. Au pouvoir depuis près de quarante ans, il maîtrise l’art du double discours. L’Ouganda tire d’importants bénéfices sécuritaires et économiques de la situation à l’Est du Congo. Museveni entend donc rester au cœur du jeu, sans jamais perdre de vue des enjeux dont son pays profite largement.
Autre acteur clé : João Lourenço. Pour l’Angola, la stabilité congolaise est une priorité stratégique. João Lourenço privilégie une approche régionale et institutionnelle, misant sur les mécanismes africains pour contenir la crise et éviter un embrasement régional. Une posture de stabilisateur, plus que d’influence directe. Le piste angolaise pour aider les processus de Doha et Washington est beaucoup plus plausible. Ce weekend, le ministre des affaires étrangères de l’Angola Téte António s’est entretenu par téléphone avec son homologue qatari et avec l’envoyé spécial des États-Unis pour l’Afrique et le Moyen-Orient Massad Boulos afin de discuter de la situation politique et sécuritaire en République démocratique du Congo.
Il s’agit d’éviter aux processus de Doha et Washington l’essoufflement. Les deux initiative étaient dans une petite impasse qui mettait en lumière une limite majeure : l’absence d’un médiateur capable de parler le langage des dirigeants africains, tout en comprenant les fragilités internes de la RDC. Plus qu’un format diplomatique, c’est le profil du médiateur qui pourrait faire la différence.
Dans un jeu régional dominé par les intérêts et les rapports de force, la question reste ouverte : le bon médiateur peut-il enfin faire bouger les lignes de la crise congolaise ?
José- Junior Owawa
