Solidarité nationale : Le pari puissant d’Ève Bazaiba sur le destin solidaire des congolais

Par une mobilisation des médias, la ministre d’État aux Affaires sociales, Action humanitaire et Solidarité nationale tient à engager tout le pays dans une nouvelle dynamique.

En réunissant des médias autour d’un partenariat pour la solidarité nationale permanente, Ève Bazaiba place la presse devant une responsabilité majeure : rendre visibles les détresses, expliquer les moyens d’agir et suivre les résultats de la mobilisation. Derrière cette rencontre se joue une ambition plus large : faire de l’entraide une pratique durable de la vie nationale.

Une nation se reconnaît aussi à la place qu’elle réserve à ceux que les épreuves ont fragilisés. Aux familles déplacées, aux enfants privés de protection, aux personnes âgées isolées, aux personnes vivant avec handicap, aux victimes de catastrophes. Elle se mesure à sa capacité de leur apporter une réponse lorsque leur souffrance a quitté les écrans et les premières pages.

C’est à cette profondeur que renvoie la démarche engagée par Ève Bazaiba, ministre d’État en charge des Affaires sociales, des Actions humanitaires et de la Solidarité nationale. En réunissant des médias pour envisager un partenariat autour de la solidarité nationale permanente, elle ouvre un chantier dont la portée dépasse la couverture d’une activité ministérielle.

L’enjeu est de construire une mobilisation qui dure. De donner aux citoyens les moyens de comprendre les besoins, de contribuer selon leurs possibilités et de savoir ce que leur engagement produit.

La campagne permanente de solidarité nationale, lancée le 27 août 2026 à Kinshasa, portait déjà cette volonté de structurer la réponse humanitaire et l’assistance sociale. Lors de son lancement, la ministre avait présenté des mécanismes de gestion des contributions financières et des dons en nature, ainsi que des engagements de publication de rapports et d’audits indépendants. La mobilisation des médias doit désormais être appréciée à l’aune de cette ambition de continuité et de redevabilité.

Donner un contenu à la permanence

Le mot « permanente » engage. Il suppose une organisation capable de fonctionner entre deux urgences, un dispositif accessible aux contributeurs, des besoins régulièrement évalués et une présence au plus près des populations.

L’élan provoqué par une catastrophe peut susciter une collecte importante. Mais comment maintenir l’attention lorsque l’émotion retombe ? Comment accompagner une famille au-delà de la première assistance ? Comment éviter que certaines détresses restent invisibles parce qu’elles surviennent loin des centres de décision ?

Ces questions donnent au dossier sa véritable ampleur. La solidarité nationale concerne les secours, mais également la réinsertion, l’autonomie et la possibilité de reprendre une vie digne. Une aide alimentaire peut répondre à une urgence. La reprise de la scolarité, l’accès à un service social ou l’accompagnement d’une activité économique peuvent permettre d’en sortir.

La permanence doit donc se lire dans les parcours des personnes soutenues. Elle prendra tout son sens si l’assistance ouvre des perspectives et si les institutions peuvent assurer un suivi.

Cette ambition appelle une articulation claire entre l’engagement volontaire des citoyens et les responsabilités publiques. La générosité collective peut renforcer l’action de l’État. Les budgets sociaux, les services de proximité et les politiques de protection demeurent essentiels pour lui donner une assise durable.

La presse, un lien entre les besoins et les réponses

Dans ce chantier, les médias disposent d’une force particulière : ils peuvent rapprocher des réalités que la distance sépare.

Un reportage peut faire connaître la situation d’une communauté oubliée. Une émission peut expliquer comment apporter une contribution utile. Une enquête peut établir pourquoi une assistance tarde à parvenir à ses destinataires. Un témoignage peut montrer ce qui a changé dans la vie d’une famille accompagnée.

C’est cette diversité de fonctions qui donne sa valeur au partenariat envisagé.

La première responsabilité est celle de l’information pratique. Le public doit pouvoir identifier les circuits officiels de contribution, les besoins prioritaires, les structures responsables et les modalités d’accès à l’assistance. Un appel à la solidarité sera d’autant plus efficace qu’il permettra à chacun de savoir précisément comment agir.

La deuxième est celle de la continuité éditoriale. Si la campagne est permanente, son suivi doit trouver une place régulière dans les journaux, les radios, les télévisions et les médias numériques. Les radios communautaires et les contenus en langues nationales peuvent notamment permettre une participation plus large, adaptée aux réalités locales.

La troisième est celle de l’écoute. Les personnes concernées doivent pouvoir exprimer leurs besoins, apprécier l’aide reçue et signaler les difficultés. Leur parole permet de mesurer la pertinence des interventions. Elle rappelle aussi qu’elles sont des citoyens dont les droits et les aspirations doivent être entendus.

La confiance se construit par les preuves

Toute mobilisation durable repose sur la confiance. Celle-ci se nourrit d’informations vérifiables : les ressources reçues, leur affectation, les critères de sélection des bénéficiaires, les délais d’intervention et les résultats obtenus.

Les engagements de transparence annoncés au lancement constituent, à cet égard, un point de départ. Leur mise en œuvre effective devra pouvoir être documentée.

La presse a ici un rôle décisif. Elle peut expliquer les mécanismes, rendre compte des avancées et interroger les insuffisances. Son indépendance donne de la crédibilité à son engagement. Un média capable de poser des questions précises contribue à rassurer les citoyens sur le sérieux de la démarche.

Un partenariat solide devrait ainsi faciliter l’accès aux données, aux responsables et aux lieux d’intervention. Il devrait permettre aux rédactions de suivre les opérations sur le terrain et de confronter les annonces aux réalités vécues.

La qualité de cette relation se mesurera à ce qu’elle permet de montrer et de comprendre.

Préserver la dignité, élargir l’appartenance

La mobilisation médiatique exige également une attention à la manière de représenter la vulnérabilité. Filmer une distribution ou raconter une détresse impose de préserver l’intimité, le consentement et la dignité des personnes, particulièrement des enfants.

L’efficacité d’une campagne ne saurait dépendre de l’exposition humiliante de ceux qu’elle entend soutenir. Les récits les plus utiles peuvent aussi montrer les efforts, les compétences et les projets des bénéficiaires.

La solidarité prend, par ailleurs, une dimension nationale lorsque l’aide suit les besoins, au-delà des appartenances provinciales, communautaires, religieuses ou politiques. C’est un enjeu de cohésion : faire comprendre que l’épreuve vécue par un compatriote concerne la communauté nationale.

Les médias peuvent entretenir cette conscience en donnant une place aux territoires moins visibles et aux initiatives locales. Ils peuvent faire circuler les expériences qui fonctionnent et relier les efforts des citoyens, des entreprises, des associations et de la diaspora.

La démarche d’Ève Bazaiba mérite ainsi une place de choix dans le débat public. Elle soulève une question essentielle : comment organiser, à l’échelle du pays, une entraide dont chacun puisse constater l’utilité ?

La rencontre avec les médias ouvre cette possibilité. Sa portée se vérifiera dans la durée, par une information accessible, une gestion transparente et des changements concrets pour les populations.

Pour la presse, suivre ce dossier revient à tenir ensemble trois exigences : mobiliser les bonnes volontés, préserver la dignité des personnes et demander des comptes sur les résultats. C’est à ce prix que la solidarité nationale pourra s’inscrire dans la vie quotidienne du pays.

Adam Mwena Meji

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