Réforme du secteur commercial : Entre souveraineté économique et réalités du marché

Le Ministère de l’Économie nationale a récemment annoncé une réforme encadrant désormais l’exercice du petit commerce, du commerce de détail et du commerce de gros en République démocratique du Congo. Cette mesure prévoit notamment de réserver certaines activités commerciales aux opérateurs économiques congolais, dans le but de mieux structurer le secteur et de renforcer la participation nationale dans l’économie.

Cette réforme ouvre un nouveau chapitre dans l’organisation du secteur commercial en RDC. À travers cette initiative, les autorités affichent leur volonté de structurer davantage le marché et de favoriser l’émergence des opérateurs économiques congolais, notamment dans le petit commerce.

Un délai de six mois a été accordé aux acteurs concernés afin de se conformer aux nouvelles dispositions. L’objectif affiché est de permettre aux commerçants nationaux d’occuper progressivement une place plus importante dans un secteur longtemps dominé, sur certains segments, par des opérateurs étrangers.

Mais sur le terrain, plusieurs interrogations persistent quant à la capacité des commerçants congolais à répondre rapidement à la demande. Une grande partie de l’approvisionnement, particulièrement dans le commerce de détail, repose encore aujourd’hui sur des opérateurs étrangers.

La question reste donc posée : les acteurs locaux pourront-ils combler ce vide sans provoquer de déséquilibre sur le marché ?

Parmi les principales inquiétudes figure le risque d’une hausse des prix si l’offre ne parvient pas à suivre la demande durant cette période de transition.

Invité à réagir sur cette réforme, Musoko Mbuyi président de l’Association des consommateurs de produits vivriers en RDC, il salut l’initiative du gouvernement tout en appelant à une approche progressive et pragmatique.

« Je dis un grand merci au ministre pour cette réforme pour laquelle nous nous sommes battus depuis longtemps », a-t-il déclaré.

Toutefois, il rappelle qu’il ne s’agit pas d’un décret, mais d’un communiqué, laissant ainsi la possibilité à des ajustements selon l’évolution de la situation sur le terrain.

Concernant la capacité des opérateurs congolais à répondre seuls aux besoins du marché, Musoko Mbuyi estime qu’une collaboration entre Congolais et étrangers restera nécessaire dans certains secteurs.

« Même si on interdit, on ne peut pas le faire totalement, car il existe certains domaines qui demanderont toujours un travail commun entre Congolais et étrangers », a-t-il expliqué.

Le président de l’Association des consommateurs des produits vivriers insiste également sur le fait que cette réforme ne vise pas à exclure les opérateurs étrangers, mais plutôt à rééquilibrer le marché au profit des acteurs nationaux.

« Il s’agit d’un communiqué et non d’un décret, parce qu’à tout moment le ministre peut toujours mettre de l’eau dans son vin en observant l’évolution de la réforme. Ici, le gouvernement ne cherche pas à chasser les étrangers, mais à mettre tout le monde à l’aise, aussi bien les Congolais que les étrangers. Le gouvernement cherche la satisfaction générale », a-t-il ajouté.

Entre volonté de souveraineté économique et contraintes liées au fonctionnement du marché, la réussite de cette réforme dépendra donc de sa mise en œuvre progressive ainsi que de la capacité des autorités à préserver l’équilibre de l’approvisionnement et la stabilité des prix.

Daniella Kalala

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