RDC : la sortie de la liste grise du GAFI, un acquis de crédibilité pour Doudou Fwamba

Le ministère des Finances annonce le retrait de la République démocratique du Congo de la surveillance renforcée du Groupe d’action financière. Aboutissement d’un chantier de vingt-trois actions, cette décision marque une avancée dans la lutte contre les circuits financiers criminels. Pour Doudou Fwamba, elle représente un résultat majeur à l’actif de son ministère, dont la portée économique dépendra désormais de la solidité des réformes.

La crédibilité financière d’un État se construit aussi dans les mécanismes les moins visibles de son administration : la capacité à détecter une opération suspecte, à identifier l’origine d’un patrimoine, à poursuivre le blanchiment de capitaux et à confisquer les produits du crime. C’est sur ce terrain exigeant que la République démocratique du Congo vient, selon le communiqué officiel n° 028/CAB/MIN/FINANCES/2026, de franchir une étape importante : son retrait de la liste grise du Groupe d’action financière, le GAFI.

La précision mérite d’être posée : il s’agit de la liste grise, celle des juridictions soumises à une surveillance renforcée. Le ministère des Finances annonce la fin de ce statut à la suite de l’achèvement des vingt-trois actions convenues avec le GAFI.

Pour le pays, l’enjeu dépasse la satisfaction diplomatique. Il touche à la confiance qu’inspirent ses institutions, à la qualité de ses relations bancaires internationales et à sa capacité à accueillir des capitaux dans un environnement mieux contrôlé.

Pour le ministre des Finances, Doudou Roussel Fwamba Likunde Li-Botayi, cette annonce constitue un acquis politique et institutionnel significatif. Elle donne un contenu concret à une dimension essentielle de son portefeuille : défendre la signature financière de la RDC en renforçant l’intégrité de son système.

Un résultat collectif qui engage le ministère des Finances

Le communiqué inscrit cette avancée dans l’engagement du président Félix Tshisekedi et dans la mobilisation du gouvernement sous la coordination de la Première ministre. Il souligne la contribution des administrations publiques, des autorités de contrôle, de la Banque centrale du Congo, de la Cellule nationale des renseignements financiers, des autorités judiciaires et du secteur privé.

Cette dimension collective permet de mesurer la difficulté du chantier. Une réforme de cette nature suppose que plusieurs institutions, aux compétences différentes, travaillent dans une même direction. Les renseignements financiers doivent pouvoir alimenter les enquêtes ; les enquêtes doivent déboucher, lorsque les preuves le justifient, sur des poursuites ; les décisions judiciaires doivent permettre de saisir et de confisquer les avoirs criminels.

La place de Doudou Fwamba doit se lire dans cette chaîne de responsabilités. À la tête des Finances, il porte un dossier dont les résultats concernent directement les relations du pays avec ses partenaires financiers. Il en assume également l’exigence de continuité : une reconnaissance internationale n’a de valeur durable que si les pratiques qui l’ont rendue possible deviennent des habitudes institutionnelles.

Le ministre le souligne lui-même dans le communiqué en présentant cette décision comme une étape majeure pour l’intégrité du système financier et la crédibilité internationale de la RDC. Il l’attribue aux efforts conjugués des institutions nationales et à leur détermination à conduire des réformes durables.

Vingt-trois actions pour modifier les pratiques

Le document présentant le plan d’actions permet de comprendre l’étendue des exigences auxquelles les autorités congolaises devaient répondre.

Le premier chantier concernait la connaissance des risques : finaliser l’évaluation nationale du blanchiment de capitaux et du financement du terrorisme, puis adopter une stratégie associant les institutions concernées. Cette démarche devait permettre d’orienter les moyens de contrôle vers les vulnérabilités identifiées.

Le deuxième portait sur la supervision des secteurs financiers et des entreprises et professions non financières désignées. Il fallait désigner les autorités compétentes, leur donner des ressources, former leurs agents, organiser des inspections et appliquer des mesures correctives ainsi que des sanctions en cas de manquement.

Un autre axe visait le renforcement de la CENAREF : capacités humaines et financières, formation des analystes, sécurisation du traitement des déclarations d’opérations suspectes et amélioration de l’appui fourni aux enquêteurs et aux magistrats.

Le plan exigeait également des résultats dans les enquêtes et les poursuites pour blanchiment, le recouvrement des avoirs, la lutte contre le financement du terrorisme et l’application des sanctions financières ciblées.

L’ampleur de ce programme éclaire la portée de l’annonce. L’achèvement revendiqué des vingt-trois actions signifie que le chantier devait produire des capacités opérationnelles, au-delà de la seule adoption de textes.

Des chiffres qui donnent corps aux réformes

Le communiqué fournit plusieurs indicateurs pour apprécier cette évolution. De 2022 à décembre 2025, les autorités de contrôle et de supervision ont effectué, selon le ministère, environ 540 contrôles sur pièces et sur place.

Dans le même domaine de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme et de la prolifération, les autorités judiciaires ont mené 246 enquêtes, à partir desquelles environ 100 poursuites judiciaires ont été initiées.

Le ministère fait également état de 31 saisies et de 13 confiscations, portant sur des avoirs d’origine criminelle dont le montant total est estimé à 46,75 millions de dollars américains.

Ces données donnent une traduction concrète à un dossier souvent perçu comme technique. Elles témoignent, selon le bilan présenté par les autorités, d’une activité de contrôle, d’enquête et de traitement judiciaire.

Leur lecture appelle toutefois de la précision. Une poursuite ne constitue pas une condamnation. Une saisie et une confiscation correspondent à des situations juridiques différentes. Le montant annoncé ne peut donc être assimilé, sans ventilation supplémentaire, à une recette définitivement recouvrée par le Trésor.

La période couverte commence par ailleurs en 2022 : ces résultats relèvent d’une trajectoire institutionnelle engagée sur plusieurs années. La contribution de Doudou Fwamba gagne à être appréciée dans la poursuite et l’aboutissement de ce processus, en reconnaissant le travail des différentes institutions mobilisées.

Un signal favorable pour les banques et les investisseurs

La sortie annoncée de la liste grise ouvre une perspective économique importante. Le communiqué évoque le renforcement de la confiance des investisseurs, la consolidation des relations de correspondance bancaire, la facilitation des paiements transfrontaliers et des échanges commerciaux.

Ces perspectives touchent à la vie des entreprises. Importer des équipements, payer un fournisseur étranger ou recevoir un financement international exige des relations bancaires fiables. Une amélioration de la perception du risque financier du pays peut favoriser ces opérations.

Pour une économie qui cherche à développer ses secteurs minier, énergétique, industriel et ses infrastructures, le signal compte. La confiance dans les mécanismes de contrôle participe à la décision d’investissement, au même titre que la prévisibilité des règles et la qualité de leur application.

Les effets devront cependant être observés dans les faits : évolution des relations bancaires, fluidité des transactions, conditions de financement et décisions d’investissement. Le communiqué emploie lui-même une formulation mesurée en indiquant que le retrait « devrait contribuer » à ces améliorations.

Doudou Fwamba dispose ainsi d’un acquis de crédibilité qu’il lui appartient de prolonger en résultats économiques. L’enjeu est que la reconnaissance institutionnelle facilite progressivement le financement de l’activité productive et de l’emploi.

Préserver l’acquis, approfondir l’exigence

Le ministère des Finances reconnaît que la concrétisation des opportunités dépendra de la poursuite des réformes, du renforcement de l’intégrité du système financier et de l’amélioration du climat des affaires.

Cette exigence dessine la suite du chantier : maintenir les moyens des autorités de contrôle, préserver la capacité d’analyse de la CENAREF, assurer la coopération entre institutions et poursuivre le traitement judiciaire des dossiers financiers.

La publication régulière de résultats détaillés permettrait également de consolider la confiance : suites réservées aux enquêtes, décisions judiciaires, valeur des avoirs définitivement confisqués et destination des sommes recouvrées. La transparence donnerait ainsi une profondeur supplémentaire à l’avancée annoncée.

Pour Doudou Fwamba, le retrait de la liste grise représente donc un résultat majeur et une responsabilité accrue. Il associe son ministère à l’aboutissement d’une réforme qui touche au cœur de la souveraineté financière : connaître les flux, protéger les circuits légaux et combattre l’économie criminelle.

La RDC peut désormais s’appuyer sur cette reconnaissance annoncée pour renforcer sa relation avec les partenaires financiers. La portée durable de ce succès se mesurera à sa capacité à préserver les contrôles, à faire respecter les règles et à transformer la confiance retrouvée en investissements utiles aux Congolais.

Adam Mwena Meji

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *