Politique monétaire : La BCC retire 55,9 milliards de CDF pour contenir l’inflation

La Banque centrale du Congo (BCC) a retiré 55,9 milliards de francs congolais (CDF) du marché bancaire au moyen des Bons BCC. Cette mesure de politique monétaire, prise dans un contexte de ralentissement de l’inflation et de stabilité relative du franc congolais, vise à absorber l’excès de liquidités afin de préserver les équilibres macroéconomiques, tout en évitant de freiner le financement de l’économie.

Selon l’économiste Alexandre Shue, la BCC dispose, en sa qualité d’autorité monétaire, de plusieurs leviers lui permettant d’agir sur l’économie, notamment à travers la régulation du volume des moyens de paiement.

« La Banque centrale, en tant qu’autorité monétaire, a des leviers par lesquels elle agit sur l’économie. Elle peut augmenter ou diminuer la quantité de monnaie en circulation selon les besoins de l’économie », explique-t-il.

Pour l’économiste, la décision de retirer une partie des liquidités du marché laisse supposer que l’Institut d’émission a constaté un excès de liquidités susceptible d’alimenter les tensions inflationnistes.

« Le fait que la Banque centrale décide aujourd’hui de retirer une certaine quantité de francs congolais du marché suppose qu’elle a observé un excès de liquidités qui entretient une certaine inflation. Si l’on observe l’évolution de l’inflation hebdomadaire au cours des deux derniers mois, cette décision apparaît logique. Il s’agit d’une politique monétaire restrictive qui vise à réduire la quantité des instruments de paiement et, par conséquent, à garantir la stabilité des prix », ajoute-t-il.

Dans les faits, le recours aux Bons BCC permet à la Banque centrale d’absorber temporairement les excédents de liquidités détenus par les banques commerciales. Cette stratégie contribue à limiter les risques inflationnistes tout en soutenant la stabilité du taux de change, deux éléments essentiels à la préservation du pouvoir d’achat des ménages et à la confiance des opérateurs économiques.

Cette opération constitue également un signal adressé aux marchés. Elle démontre que la BCC demeure attachée à une politique monétaire prudente, malgré l’amélioration des indicateurs macroéconomiques. L’objectif est d’éviter que les progrès enregistrés ces derniers mois ne soient compromis par une reprise des tensions inflationnistes ou une volatilité excessive du franc congolais.

Toutefois, cette politique n’est pas dénuée de défis. En réduisant les liquidités disponibles dans le système bancaire, la Banque centrale peut indirectement influencer la capacité des banques commerciales à financer l’économie. Une contraction trop importante des liquidités pourrait conduire à un accès plus coûteux ou plus limité au crédit pour les entreprises et les particuliers, avec des répercussions potentielles sur l’investissement et l’activité économique.

Pour Alexandre Shue, il n’y a cependant pas lieu de s’alarmer. Si les besoins de l’économie l’exigent, la Banque centrale pourra procéder progressivement à une réinjection de liquidités.

« Si l’économie en a besoin, la Banque centrale devra progressivement procéder à une réinjection afin de garantir une certaine liquidité et permettre le bon déroulement des transactions. Il n’y a donc pas lieu de s’affoler face à cette orientation. Il faut laisser la Banque centrale faire son travail. Le gouvernement, à travers les ministères du Budget et des Finances, devrait également adopter un comportement convergent afin d’éviter que les efforts de la Banque centrale ne soient compromis, notamment par un creusement du déficit public », souligne-t-il.

L’efficacité de cette stratégie dépendra donc de la capacité de la BCC à trouver un équilibre entre deux impératifs : maintenir la stabilité monétaire sans freiner la dynamique économique. La gestion de la liquidité bancaire exige des ajustements permanents en fonction de l’évolution de l’inflation, du marché de change et des besoins de financement de l’économie.

Le retrait de 55,9 milliards de CDF apparaît ainsi comme un instrument de prévention plutôt qu’une mesure de correction. Il témoigne de la vigilance des autorités monétaires face aux risques susceptibles de fragiliser les équilibres macroéconomiques. Les prochaines semaines permettront d’apprécier les effets de cette opération sur l’évolution des prix, la stabilité du franc congolais et les conditions de financement de l’économie nationale.

Daniella Kalala

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