La paix ne se négocie plus seulement : La RDC veut maintenant la construire sur le terrain

Derrière trois audiences de la ministre d’État Thérèse Kayikwamba Wagner se dessine une même équation, pour consolider la paix, la RDC doit aussi réintégrer, produire et nourrir.

À première vue, les rencontres avec Jean de Dieu Ntanga Ntita, coordonnateur national du P-DDRCS, Dr Komi Kouma Mokpokpo Fiabe, nouveau représentant de l’IITA en RDC, et Ibrahim Abdel Nasser, nouveau représentant de la FAO en RDC, relèvent de dossiers différents. L’un concerne le désarmement et la réintégration des ex-combattants, l’autre la recherche agricole, tandis que le troisième porte sur la sécurité alimentaire et le développement durable.

Mais mis bout à bout, ces trois dossiers racontent une réalité beaucoup plus large, la paix en RDC ne peut plus être pensée uniquement sous l’angle sécuritaire ou diplomatique. Elle doit aussi se construire dans les communautés, dans les champs et dans les possibilités économiques offertes aux populations.

Avec Jean de Dieu Ntanga Ntita, la question est celle de l’après-conflit. Désarmer un combattant constitue une étape, mais ce n’est pas encore garantir la paix. Il faut ensuite créer les conditions de sa réintégration, reconstruire les relations avec les communautés et surtout offrir des alternatives à ceux qui sortent des groupes armés. C’est tout l’enjeu du P-DDRCS, empêcher que le désarmement ne soit qu’une opération ponctuelle et faire de la réintégration un véritable mécanisme de stabilisation.

Cette dimension communautaire donne également un autre sens aux efforts diplomatiques de Kinshasa. Les discussions et engagements en faveur de la paix ne peuvent produire leur plein effet que s’ils trouvent un prolongement dans les territoires affectés par les violences.

C’est précisément là que le dossier agricole entre en jeu.

Avec Dr Komi Kouma Mokpokpo Fiabe, la coopération avec l’IITA ouvre le chapitre de la recherche, de l’innovation et de l’amélioration de la productivité agricole. Ce choix n’est pas anodin dans un pays qui dispose d’importantes terres arables, mais qui reste confronté à de nombreux défis liés à la production et à l’accès à une alimentation suffisante.

L’agriculture peut ainsi devenir davantage qu’un secteur économique. Dans les zones fragilisées par les conflits, elle peut offrir des activités, des revenus et des perspectives aux populations. Pour les personnes réintégrées, elle peut également constituer une voie vers l’autonomie économique.

Avec Ibrahim Abdel Nasser, nouveau représentant de la FAO, cette réflexion prend une dimension encore plus large. La signature du Cadre de programmation pays 2025-2029 place la sécurité alimentaire et le développement durable au cœur de la coopération entre la RDC et l’organisation onusienne.

Le message qui se dégage est donc assez clair, la stabilité ne peut pas être durable si elle ne s’accompagne pas d’un minimum de sécurité économique et alimentaire.

Car une communauté qui sort d’un conflit a besoin de bien plus que du silence des armes. Elle a besoin de reprendre ses activités, de produire, de vendre, de se nourrir et de croire à nouveau en son avenir. De la même manière, un ancien combattant réintégré ne peut durablement tourner la page de la violence s’il ne dispose d’aucune perspective.

C’est ici que les trois audiences prennent toute leur cohérence. Le P-DDRCS agit sur la réintégration, l’IITA sur la connaissance et la productivité agricoles, tandis que la FAO intervient sur la sécurité alimentaire et le développement durable. Trois portes d’entrée différentes pour une même ambition : renforcer la résilience des communautés congolaises.

Mais l’enjeu majeur reste la mise en œuvre.

La RDC dispose déjà de nombreux cadres de coopération, de programmes et de partenariats. Le véritable test sera leur capacité à produire des résultats visibles loin des bureaux de Kinshasa et des salles de conférence. Une communauté bénéficiaire doit pouvoir constater la différence, une activité retrouvée, une production améliorée, un ancien combattant effectivement réinséré, une famille mieux approvisionnée ou un territoire qui recommence à fonctionner.

C’est là que se joue la crédibilité de cette approche.

La diplomatie congolaise ne peut pas être seulement mesurée au nombre de rencontres avec les partenaires internationaux. Elle devra aussi être jugée à sa capacité à ramener les bénéfices de ces partenariats vers les populations.

Au fond, les audiences accordées à Jean de Dieu Ntanga Ntita, Dr Komi Kouma Mokpokpo Fiabe et Ibrahim Abdel Nasser posent une question centrale pour l’avenir de la RDC.
Comment transformer les engagements pour la paix en dividendes concrets pour les communautés ?

La réponse pourrait se trouver dans cette convergence entre paix, réintégration, agriculture et sécurité alimentaire. Car en RDC, la paix ne pourra véritablement s’enraciner que lorsqu’elle commencera à changer concrètement la vie de ceux qui en ont le plus besoin.

Chris Mutombo

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