JOSEPH KABILA À LA TÊTE DU FRN | LE CHOIX DES ARMES : À GOMA, QUE DEVIENT LA PROMESSE DE PAIX ?

L’ancien président invoque la paix, le dialogue et la restauration de l’État. Ses choix récents soulèvent pourtant une question décisive : les moyens de son retour servent-ils les principes qu’il défend ? Derrière l’énigme Kabila apparaît une stratégie de reconquête de l’influence, dont la crédibilité institutionnelle reste à démontrer.

Joseph Kabila suscite la curiosité parce qu’il occupe plusieurs positions à la fois. Ancien chef de l’État, il revendique une responsabilité devant le destin du pays. Adversaire de son successeur, il dénonce la conduite des affaires publiques. Promoteur d’un dialogue inclusif, il se présente comme un acteur de sortie de crise. L’analyse de sa démarche exige de confronter ces rôles aux décisions qu’il prend.

Le 12 octobre 2026 marque, à cet égard, un tournant. Reuters rapporte le lancement à Goma du Front pour la refondation de la nation, placé sous sa direction et associant des dirigeants de l’AFC/M23. Cette annonce donne une forme publique à une alliance dont la nature alimentait jusque-là les controverses. Elle oblige à examiner ce que signifie, pour un ancien président, la direction d’un mouvement politico-militaire.

Redevenir indispensable

Une première lecture permet de dégager une cohérence stratégique. Kabila chercherait à retrouver une capacité décisive d’intervention dans la vie nationale. Il ne suffit plus, dans cette perspective, de conserver un nom, des fidélités et un héritage politique. Il faut disposer d’un rapport de force qui oblige les autres acteurs à compter avec lui.

Cette hypothèse éclaire son appel au dialogue comme sa volonté de fédérer une opposition au pouvoir actuel. Son objectif pourrait être de rendre impossible une recomposition politique qui l’écarterait. Il serait toutefois prématuré d’en déduire un projet certain de retour personnel à la présidence. La maîtrise d’une coalition ou une place déterminante dans une négociation peuvent déjà constituer les instruments d’un retour à l’influence.

La démarche cesse alors d’être incompréhensible. Elle répond à une logique de pouvoir. Mais comprendre cette logique ne suffit pas à établir sa cohérence avec les intérêts collectifs qu’elle prétend servir.

Restaurer l’État avec les armes

Dans son intervention du 9 octobre, Kabila réaffirme la nécessité d’un dialogue national. Radio Okapi rappelle également les objectifs de son adresse de mai 2025 : rétablir l’autorité de l’État, restaurer les libertés et neutraliser les groupes armés nationaux et étrangers.

L’association avec des responsables d’une rébellion met ces objectifs à l’épreuve. Comment affirmer la primauté de l’État tout en construisant sa capacité d’action avec des forces qui contestent son autorité ? La contradiction concerne les moyens autant que la destination du projet. Un changement de dirigeants ne garantit pas, par lui-même, le retour à un ordre institutionnel.

Ses soutiens peuvent considérer qu’une résistance armée répond à la fermeture des voies politiques. Cet argument ne dispense pas de préciser les conditions de sortie de la violence. Quel calendrier de désarmement ? Quelles garanties pour les civils ? Quelle autorité publique dans les territoires concernés ? Sans réponses, la refondation risque de consacrer le pouvoir de ceux qui disposent des armes.

Le dialogue soumis à un test

L’appel au dialogue mérite d’être examiné sérieusement. La négociation peut répondre à une crise que la confrontation prolonge. Mais sa portée dépend des concessions que chacun est disposé à faire.

Kabila accepterait-il une issue négociée qui ne lui rendrait pas une position dominante ? Son camp consentirait-il à des engagements de désarmement vérifiables ? Accepterait-il des mécanismes indépendants d’établissement des responsabilités dans les violences, y compris lorsqu’ils concernent ses alliés ?

Ces questions permettent de distinguer une recherche de compromis d’une négociation destinée à ratifier un rapport de force. Le dialogue devient une conviction politique lorsque son promoteur admet que son résultat peut contrarier ses propres ambitions.

L’ancien président devant son bilan

Les critiques formulées par Kabila contre le pouvoir actuel doivent être appréciées pour ce qu’elles établissent. Son passé ne suffit pas à les invalider. Il ne saurait cependant disparaître lorsqu’il se présente comme le défenseur des règles démocratiques.

En janvier 2011, il a promulgué la révision constitutionnelle ramenant l’élection présidentielle à un seul tour. Ce fait ne permet pas, à lui seul, de qualifier l’ensemble de son régime. Il rappelle qu’il a lui-même participé à la transformation des règles de la compétition politique.

La crédibilité d’une nouvelle ambition dépend donc de sa capacité à expliquer ce qu’il changerait dans sa propre pratique. Un ancien dirigeant peut évoluer. Encore faut-il reconnaître les limites de son exercice du pouvoir et proposer des garanties qui réduisent la dépendance des institutions à la volonté d’un homme.

Une souveraineté qui engage les alliés

Le 30 avril 2026, le Trésor américain a sanctionné Kabila en l’accusant de soutenir l’AFC/M23. Son communiqué décrit aussi le soutien militaire rwandais au M23. Ces éléments doivent conserver leur attribution : une décision de sanctions et les accusations qui la fondent ne remplacent pas une démonstration judiciaire indépendante.

Ils soulèvent néanmoins une question politique que l’ancien président doit éclaircir. Quelle autonomie entend-il garantir à son projet face aux intérêts étrangers ? Une défense crédible de la souveraineté impose des exigences aux partenaires autant qu’aux adversaires. L’opposition à Kinshasa ne dispense personne d’expliquer les conditions de ses alliances.

La cohérence des objectifs et celle des actes

L’énigme Kabila tient finalement à la coexistence de deux logiques. Ses choix peuvent s’ordonner autour d’un objectif de reconquête de l’influence. En revanche, leur compatibilité avec ses engagements en faveur de la paix, de la démocratie et de l’autorité publique demeure incertaine.

La création d’un front ne répond pas à cette incertitude. Elle la rend plus urgente. Kabila sera désormais jugé sur les règles qu’il impose à sa coalition, sur les limites qu’il accepte pour lui-même et sur la protection effective des populations.

Pour un homme qui a longtemps dirigé la République, la preuve décisive serait d’accepter des institutions capables de contraindre son propre camp. C’est à cette condition que son retour pourrait acquérir une cohérence dépassant les nécessités de sa lutte contre Félix Tshisekedi.

Adam Mwena Meji

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