La riposte contre l’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo est sous pression. Alors que le bilan cumulé atteint 9 816 cas confirmés, dont 4 757 décès au 22 octobre 2026, les élus du Nord-Kivu dénoncent une gestion qu’ils jugent « calamiteuse » et demandent au président Félix Tshisekedi de s’impliquer personnellement dans la lutte contre la maladie.
Devant le chef de l’État, ces élus ont alerté sur la progression des contaminations et des décès, appelant à une prise en charge urgente de la crise sanitaire. Leur intervention a été largement applaudie par les autres élus présents dans la salle, signe de l’inquiétude suscitée par l’évolution de l’épidémie.
Selon le dernier rapport de situation de l’Institut national de santé publique (INSP), arrêté au 22 octobre, 51 nouveaux cas ont été notifiés en 24 heures, principalement en Ituri (27) et au Nord-Kivu (20), ainsi que dans le Haut-Uélé (4). Trente décès supplémentaires ont également été enregistrés.
L’Ituri demeure l’épicentre de l’épidémie, concentrant 72,4 % des cas confirmés. Au total, huit provinces sont touchées, soit 66 zones de santé sur les 178 que compte le pays, représentant 37,1 % du réseau national. Si aucune nouvelle zone de santé n’a été atteinte au cours des dernières 24 heures couvertes par le rapport, l’ampleur du bilan humain continue de poser la question de l’efficacité de la riposte.
Sur les 9 816 cas confirmés, 2 635 patients sont déclarés guéris, tandis que 1 130 personnes sont en isolement ou prises en charge dans des centres de traitement. Le taux de suivi des contacts s’établit à 89,1 %. La létalité atteint néanmoins 48,5 %, selon les chiffres communiqués par l’INSP.
Des interrogations sur la propagation régionale
La situation sanitaire congolaise s’inscrit également dans un contexte régional marqué par des informations contradictoires sur la circulation du virus.
Le gouvernement suisse a démenti, vendredi, auprès de Reuters qu’une patiente atteinte d’Ebola au Nigeria, épouse d’origine ougandaise d’un diplomate suisse en poste à Abuja, se soit rendue en République démocratique du Congo. Cette déclaration contredit les affirmations des autorités ougandaises, qui avaient évoqué un déplacement de la patiente dans l’est du territoire congolais.
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) et les Centres africains de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC) avaient également indiqué ne disposer d’aucune information confirmée attestant d’un tel voyage.
L’Ouganda, qui avait signalé 20 cas en mai et juin, principalement importés de la RDC, a été déclaré exempt d’Ebola en août. La détection d’un cas au Nigeria, le premier dans ce pays depuis plus de dix ans selon les informations rapportées, ravive les préoccupations relatives à la surveillance sanitaire transfrontalière.
Pour la RDC, où l’épidémie continue de faire des victimes, l’urgence reste toutefois nationale : freiner les contaminations, améliorer la prise en charge des malades et répondre aux préoccupations exprimées par les élus des provinces touchées.
Face à un bilan qui approche les 10 000 cas confirmés, l’interpellation des élus du Nord-Kivu place désormais la gestion de cette crise au cœur des attentes adressées au sommet de l’État.
Patrick Ilunga
