Deux ministres volontaires, conscients de l’enjeu, ont guidé par leur présence et leur leadership engagé la grande réflexion stratégique qui a eu lieu lors de la grande messe minière à Lubumbashi. Louis Watum et Molendo Sakombi, tous membres du Gouvernement, ont affirmé leur conviction que le moment est venu pour la RDC de passer à la phase suivante de son développement car le statut d’un pays extractif ne suffit plus pour assurer un développement inclusif, il est venu celui de la transformation. Or cette dernière n’est possible que si le préalable de l’énergie est résolu. Voilà qui explique la synergie entre les deux ministres, tous deux, géants par le physique et le mental, ont su avoir le langage clair et ont tracé le chemin par lequel le secteur doit passer pour se donner les chances d’un nouvel envol. Revenons à la trame des travaux pour en tirer les grandes lignes.
La DRC Mining Week 2026 s’est achevée sur une conviction forte : la République démocratique du Congo ne peut plus se satisfaire d’être un simple pays d’extraction. Elle doit désormais entrer dans l’âge de la transformation, de la maîtrise des chaînes de valeur et de la captation locale de la richesse créée par ses minerais.
Ce débat n’est pas théorique. Il touche au cœur même du modèle économique congolais.
La RDC occupe déjà une place stratégique dans l’économie mondiale. Elle fournit environ les trois quarts du cobalt produit dans le monde et demeure l’un des grands producteurs mondiaux de cuivre. En 2025, la croissance économique du pays est restée estimée autour de 5,5 %, portée principalement par le secteur extractif. La production minière a encore progressé, malgré les tensions sur le marché du cobalt et les mesures de régulation prises par les autorités.
Mais ce dynamisme cache une fragilité structurelle.
Le Congo produit les minerais du XXIe siècle, mais il continue d’importer l’essentiel des produits issus de ces minerais. Il exporte du cobalt, mais importe les batteries. Il exporte du cuivre, mais importe les équipements électriques. Il alimente la transition énergétique mondiale, mais une grande partie de sa population et de son industrie reste confrontée au déficit énergétique.
C’est là que se situe le paradoxe congolais.
Le pays est indispensable au monde, mais il ne tire pas encore pleinement profit de cette centralité.
La transformation locale apparaît donc comme une nécessité historique. Elle doit permettre de passer d’une économie de tonnage à une économie de valeur. Pendant longtemps, la performance minière a été mesurée en volumes extraits. Demain, elle devra être mesurée en emplois qualifiés, en usines installées, en technologies maîtrisées, en PME intégrées, en recettes fiscales captées et en savoir-faire transmis.
Mais cette ambition impose de regarder les contraintes en face.
La première est énergétique. Aucune industrialisation sérieuse ne peut se construire sans électricité abondante, stable et compétitive. Or la demande non satisfaite du secteur minier se chiffre déjà à plus de 1 500 MW selon certaines estimations. La production électrique nationale reste insuffisante pour soutenir à la fois les besoins domestiques, la croissance urbaine et l’industrialisation minière.
La deuxième contrainte est logistique. Transformer localement suppose de pouvoir transporter les intrants, les équipements, les produits semi-finis et les produits finis. Routes, chemins de fer, corridors régionaux, ports secs, plateformes douanières et connexions vers l’Atlantique et l’océan Indien deviennent donc des instruments de souveraineté économique.
La troisième contrainte est humaine. L’industrie de transformation exige des métallurgistes, des ingénieurs, des techniciens, des chimistes, des spécialistes de l’énergie, de la maintenance industrielle, de l’automatisation et de la traçabilité. Sans capital humain, la transformation restera un slogan.
La quatrième contrainte est financière. Les usines coûtent cher. Les infrastructures coûtent encore plus cher. Le passage de l’extraction à la transformation suppose des financements longs, patients et structurés. Il exige aussi une fiscalité stable, une gouvernance prévisible et une sécurité juridique capable de rassurer les investisseurs sans affaiblir l’intérêt national.
Pourtant, malgré ces contraintes, le moment est favorable.
La transition énergétique mondiale crée une demande massive en cuivre, cobalt, lithium, nickel, manganèse et autres métaux critiques. Les véhicules électriques, les réseaux électriques, les batteries, les centres de données et les technologies propres redessinent les chaînes industrielles mondiales. L’Agence internationale de l’énergie estime que la demande en minéraux liés aux véhicules électriques et au stockage de l’énergie pourrait être multipliée par plusieurs dizaines à l’horizon 2040.
Dans ce nouveau monde, la RDC n’est plus seulement un pays minier. Elle est un pays stratégique.
Cette position doit être convertie en pouvoir industriel.
La bonne stratégie ne consiste pas à prétendre tout transformer immédiatement. Elle consiste à avancer par paliers : plus de raffinage, plus d’affinage, plus de produits intermédiaires, plus d’intégration des entreprises locales, puis une montée progressive vers les composants de batteries, les équipements électriques et les industries connexes.
La RDC doit éviter deux pièges.
Le premier serait de rester prisonnière du modèle extractif ancien, dans lequel la valeur part avec le minerai.
Le second serait de proclamer une industrialisation sans construire les conditions concrètes de sa réussite.
La transformation minière ne se décrète pas. Elle se prépare.
Elle suppose une politique énergétique audacieuse, une stratégie ferroviaire et routière cohérente, une école technique réhabilitée, une recherche appliquée soutenue, une diplomatie économique offensive et une gouvernance capable d’aligner l’État, les provinces, les entreprises minières, les investisseurs et les communautés locales.
La DRC Mining Week 2026 aura donc eu le mérite de poser la vraie question : comment faire des minerais congolais non plus seulement une richesse exportée, mais le socle d’une puissance économique nationale ?
La réponse à cette question déterminera l’avenir du pays.
Car le Congo ne manque pas de ressources. Il manque encore un système capable de transformer ses ressources en puissance productive.
Le défi n’est donc pas seulement minier. Il est économique. Il est industriel. Il est national.
William Albert Kalengay
