Dialogue national en RDC : Judith Suminwa veut des femmes à la table des décisions

La paix, la gouvernance et l’avenir de la République démocratique du Congo ne peuvent se construire sans les femmes. À quelques semaines des discussions nationales annoncées par le président Félix-Antoine Tshisekedi, la Première ministre Judith Suminwa Tuluka leur demande de se préparer à peser dans les débats, avec des propositions concrètes plutôt qu’une simple présence symbolique.

Le message a été lancé ce jeudi 22 octobre 2026, à Kinshasa, lors d’un dialogue de haut niveau consacré au « Leadership féminin et gouvernance : la voie de l’excellence en RDC ». Une rencontre organisée par la Ligue des femmes de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), en partenariat avec la Fondation Friedrich-Ebert-Stiftung (FES).

Devant les participantes, la cheffe du gouvernement a insisté sur la nécessité pour les femmes de s’approprier les grands enjeux nationaux et de faire entendre leurs préoccupations dans les espaces où se dessine l’avenir du pays.

« Les femmes doivent prendre toute leur place dans ces échanges. Préparez-vous : écoutez les préoccupations de vos communautés, approfondissez les enjeux et formulez des propositions concrètes sur la paix, la justice, la cohésion sociale et le développement », a-t-elle exhorté, avant de préciser : « Préparez-vous, non pas simplement pour être présentes, mais pour être utiles. »

Du droit de participer à la capacité d’influencer

Au-delà de l’appel à la mobilisation, Judith Suminwa pose la question de la qualité de la participation féminine au prochain dialogue national. Être présente autour de la table ne suffira pas. Il faudra porter des idées, défendre des priorités et contribuer à la recherche de solutions aux crises qui fragilisent le pays.

Dans un contexte marqué par l’insécurité persistante dans l’Est de la RDC, la Première ministre a également appelé les femmes à se mobiliser pour une paix juste et durable, la cohésion entre les communautés et la défense de l’intégrité nationale.

« Nous devons œuvrer sans relâche pour une paix juste et durable, pour la cohésion entre les communautés et pour la défense de notre pays, la RDC », a-t-elle déclaré.

Cet appel intervient alors que la perspective d’un dialogue national remet au centre du débat la question de la représentativité des différentes composantes de la société congolaise. La participation des femmes constituera l’un des enjeux de ces discussions : leur présence devra-t-elle se limiter à la représentation ou se traduire par une réelle capacité d’influence sur les décisions ?

L’excellence féminine au-delà des fonctions prestigieuses

Le dialogue de Kinshasa a également été l’occasion de revenir sur les conditions nécessaires à l’émergence d’un leadership féminin durable.

Pour Judith Suminwa, l’excellence ne se mesure ni au diplôme détenu ni au prestige d’une fonction. Elle se construit dans les responsabilités quotidiennes, quels que soient le milieu social ou le domaine d’activité.

« Elle se cultive partout : dans un bureau, un champ, un marché, une école ou un foyer. Elle est à la portée de chacune, même lorsque les chances de départ sont inégales », a souligné la cheffe du gouvernement.

Cette approche rejoint les préoccupations exprimées par Christine Masoni Masaka, présidente nationale de la Ligue des femmes de l’UDPS. Elle a notamment mis en avant le rôle joué par les femmes occupant des responsabilités publiques dans la défense des intérêts de la RDC et la mobilisation de la communauté internationale face à la crise sécuritaire dans l’Est du pays.

De son côté, la ministre d’État aux Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba, a évoqué les initiatives visant à renforcer l’égalité des chances, notamment la promotion de la masculinité positive, la lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles et l’amélioration de leur accès aux responsabilités publiques.

Pour le représentant résident de la Fondation Friedrich-Ebert-Stiftung, Constantin Grund, l’égalité entre les hommes et les femmes dépasse la seule exigence de justice sociale. Elle constitue également, selon lui, une condition essentielle à une gouvernance démocratique, inclusive et efficace.

Un partenariat pour une gouvernance inclusive

La rencontre a par ailleurs été marquée par la signature d’un accord de siège entre la République démocratique du Congo et la Fondation Friedrich-Ebert-Stiftung. L’ambassadeur d’Allemagne en RDC, Alexander Fierley, a salué le soutien du gouvernement congolais ayant permis la concrétisation de cet accord, ainsi que le rôle joué par la ministre des Affaires étrangères dans le processus.

Présente à Kinshasa depuis 2020, la fondation allemande intervient notamment dans les domaines de la paix et de la sécurité, du travail décent, de l’économie équitable et de la consolidation de la démocratie sociale. Elle accompagne, entre autres, les organisations politiques, la société civile et les médias.

Mais pour les femmes congolaises, le prochain rendez-vous se situe désormais sur le terrain politique : celui du dialogue national.

L’enjeu est de transformer les appels à l’inclusion en participation effective. Car si les femmes sont appelées à contribuer à la recherche de la paix et à la définition des priorités nationales, leur voix devra aussi se retrouver dans les propositions discutées et les décisions qui en découleront.

Le défi est donc posé : ne pas seulement prendre place à la table du dialogue, mais contribuer à en définir les orientations et à façonner l’avenir de la RDC.

Don Momat

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