DESTINS DES HOMMES ET VIE DES INSTITUTIONS | Une vie de service à la Nation et une Conscience pour transmettre

Médecin, militaire, universitaire et ancien ministre, Gilbert Kabanda Kurhenga publie Mes mémoires à l’heure de ses quatre-vingts ans. Derrière la succession des responsabilités se dessine une question essentielle : que laisse un homme aux institutions qu’il a traversées ? Avec ce livre, une expérience personnelle rejoint le patrimoine de la mémoire congolaise.

Il arrive un moment où une vie ne se mesure plus seulement aux fonctions exercées, mais à ce qu’elle peut encore transmettre. Pour Gilbert Kabanda, la publication de Mes mémoires marque ce passage : celui de l’acteur qui prend la plume pour laisser une trace, restituer un chemin et livrer aux générations suivantes sa part d’expérience.

Publié aux Éditions Alibooks, cet ouvrage de deux cents pages a été présenté à l’occasion de ses quatre-vingts ans, célébrés le 2 octobre 2026 à Kinshasa, en présence du président Félix Tshisekedi et de la Première dame, Denise Nyakeru Tshisekedi. Au-delà de la cérémonie, le geste mérite l’attention : un homme ayant exercé des responsabilités médicales, militaires, scientifiques et politiques choisit de consigner son parcours.

Dans un pays où les témoignages des acteurs publics demeurent souvent dispersés, cette décision possède une portée qui dépasse son auteur. Elle offre une matière à la connaissance, à la discussion et, demain, au travail des historiens.

Une vocation avant les fonctions

Avant les galons et les portefeuilles ministériels, il y eut un enfant et une vocation.

Selon la présentation de l’ouvrage faite par son éditeur, Richard Ali, Gilbert Kabanda naît en 1946 à Burhiba, dans la région de Bukavu. Privé très tôt de son père, il grandit auprès de sa mère. À onze ans, la guérison de celle-ci aurait fait naître sa volonté de devenir médecin. Son parcours scolaire passe par le Petit Séminaire de Mugeri et le Collège Saint-Paul, avant le choix des études médicales.

Cet épisode donne au portrait sa profondeur humaine. Une carrière publique possède des origines que les notices officielles ne racontent guère : une épreuve familiale, une rencontre, une découverte qui oriente durablement une existence. Ici, le désir de soigner précède l’exercice de l’autorité.

Formé à Lovanium, puis spécialisé à Rome en médecine aéronautique et spatiale, Kabanda construit un itinéraire à la rencontre de la science et de l’armée. La présentation de ses mémoires évoque également son enseignement à l’Université de Kinshasa et ses travaux sur la santé cardiovasculaire des troupes. (acp.cd⁠)

Cette double appartenance mérite que l’on s’y arrête. Dans l’imaginaire collectif, l’armée se raconte volontiers par ses opérations, ses commandements et ses rapports de force. Le médecin militaire en révèle une dimension moins visible : celle des corps à protéger, des blessés à prendre en charge et des capacités humaines à préserver.

L’État, au-delà de ses visages politiques

Le parcours de Gilbert Kabanda rappelle ainsi que les institutions reposent aussi sur des compétences spécialisées, construites dans la durée.

Ancien commandant du corps de santé des FARDC, également présenté par Radio Okapi comme président du conseil médical de l’aviation au ministère des Transports, il appartient à ces profils dont la trajectoire déborde les seules fonctions gouvernementales. (radiookapi.net⁠)

C’est là tout l’intérêt d’un regard attentif aux destins des hommes et à la vie des institutions. Un ministère est une étape visible ; une vocation professionnelle peut en constituer le soubassement pendant plusieurs décennies. Comprendre l’homme exige de relier ces deux dimensions.

Son accession au ministère de la Défense en 2021, puis à celui de la Recherche scientifique en 2023, inscrit cette expérience dans l’exercice direct de la responsabilité politique. Ces fonctions figurent notamment dans sa notice biographique publiée par l’Agence internationale de l’énergie atomique. (iaea.org⁠)

La défense et la recherche posent, chacune à leur manière, la question des capacités d’un pays : protéger sa population, former ses compétences, organiser ses ressources, produire ses propres réponses. À travers un tel parcours, c’est aussi cette relation entre le savoir et la puissance publique qui appelle la réflexion.

Une mémoire à verser au débat national

Écrire ses mémoires constitue toutefois un engagement particulier. Celui qui a exercé l’autorité accepte de devenir une source que d’autres pourront interroger.

Un témoignage personnel porte nécessairement un point de vue. Il sélectionne des épisodes, restitue des perceptions et donne un sens à des choix. Sa valeur historique se construit aussi dans la confrontation avec les archives et les récits d’autres acteurs. Cette exigence rend la publication utile : elle ouvre une conversation documentée sur ce qui, autrement, pourrait rester dans le domaine du souvenir privé.

Pour la RDC, l’enjeu est considérable. Trop d’expériences administratives, scientifiques ou militaires disparaissent avec leurs dépositaires. Trop de leçons doivent être réapprises parce que ceux qui les ont vécues n’ont pas laissé de traces accessibles.

L’écrit peut contribuer à rompre cette perte. Il permet aux générations suivantes de découvrir les conditions d’une époque, de comprendre les contraintes d’une responsabilité et de questionner les décisions prises.

Le dernier service de la transmission

À quatre-vingts ans, Gilbert Kabanda ajoute donc à ses différentes responsabilités celle du témoin. La blouse, l’uniforme, l’université et le gouvernement appartiennent désormais à une histoire qu’il entreprend lui-même de raconter.

Il reviendra aux lecteurs d’en apprécier le contenu, aux chercheurs d’en éprouver les apports et à l’histoire d’en situer la portée. Mais le choix de transmettre mérite déjà d’être relevé.

Car les institutions ont besoin de femmes et d’hommes capables d’agir. Elles ont également besoin que leur expérience demeure disponible après leur passage.

Avec Mes mémoires, Gilbert Kabanda pose ce geste : laisser à ceux qui viennent la possibilité de comprendre ceux qui les ont précédés. Une autre manière de servir, par-delà les fonctions.

Adam Mwena Meji

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