Dans le souci d’assainir la ville-province de Kinshasa et d’accompagner la vision du Chef de l’État, Félix-Antoine Tshisekedi, le gouvernement entend faire des déchets plastiques une source de valeur économique.
Lors du dernier Conseil des ministres, la ministre de l’Environnement, Développement durable et Nouvelle Économie du Climat, le Professeur Marie Nyange, a soumis un projet de décret fixant les mesures incitatives dans le domaine de la collecte, du recyclage et de la transformation des déchets plastiques.
« Ce texte, élaboré conjointement avec le ministre des Finances, vise à définir et encadrer les incitations fiscales en faveur du recyclage des déchets plastiques », indique le compte-rendu du Conseil des ministres.
Le projet prévoit également la mise en place d’une commission interministérielle chargée du suivi, ainsi qu’une limitation des avantages fiscaux à une période de 24 mois, renouvelable après évaluation.
Selon le gouvernement, ce nouveau cadre prend en compte plusieurs réajustements issus des réunions d’harmonisation, notamment l’adaptation du dispositif réglementaire aux exigences actuelles, la clarification des responsabilités des différents organes concernés, l’optimisation des procédures de mise en œuvre ainsi que le renforcement des mécanismes de suivi et d’évaluation.
Au-delà de l’assainissement urbain, l’ambition du gouvernement est désormais de faire émerger une véritable industrie du recyclage capable de transformer un problème environnemental en source de croissance économique.
Cette vision est partagée par plusieurs acteurs engagés dans le développement durable. L’essayiste et analyste congolais Jean-Pierre Mbelu défend depuis plusieurs années l’idée que les ressources locales peuvent constituer des leviers de développement lorsqu’elles sont valorisées dans le cadre d’une stratégie économique cohérente.
Dans la même logique, les responsables d’Ékolosys, entreprise congolaise spécialisée dans le recyclage des déchets plastiques, considèrent les déchets comme une matière première capable de créer des emplois, de générer des revenus et de favoriser l’émergence d’une véritable économie circulaire en RDC.
Pour plusieurs experts, l’enjeu dépasse largement la seule question environnementale.
« Le recyclage des matières plastiques et d’autres matériaux représente aujourd’hui un avantage économique et un levier de croissance durable », estime Enock Lubono Ayel, manager des Sciences, Innovations et Technologies vertes au Club des étudiants en sciences de l’environnement.
Selon lui, l’utilisation de matières recyclées dans l’industrie permet de réduire la dépendance aux matières premières vierges, souvent coûteuses et soumises aux fluctuations des marchés internationaux.
Le recyclage constitue également une source potentielle d’emplois. De la collecte au tri, en passant par la transformation industrielle, toute une chaîne de valeur peut être développée autour des déchets plastiques. Dans plusieurs pays africains, cette industrie contribue déjà à la création de milliers d’emplois directs et indirects.
À Kinshasa, où les déchets plastiques envahissent régulièrement les caniveaux et aggravent les inondations lors des fortes pluies, le recyclage pourrait ainsi répondre simultanément à deux défis majeurs : l’assainissement urbain et la création de richesse.
Reste désormais à savoir si les nouvelles mesures fiscales et réglementaires permettront de transformer cette ambition en résultats concrets. Car au-delà des textes et des annonces, le véritable défi demeure la mise en place d’une industrie capable de collecter, traiter et valoriser durablement les milliers de tonnes de déchets plastiques produites chaque année dans la capitale congolaise.
Le défi n’est donc plus seulement de ramasser les déchets, mais de bâtir autour d’eux une économie viable. Car si les plastiques ont longtemps symbolisé l’insalubrité de Kinshasa, ils pourraient demain devenir une source de revenus, d’emplois et d’investissements. Encore faudra-t-il que cette nouvelle initiative réussisse là où les précédentes ont montré leurs limites Car, faudrait souligner que ce n’est pas la première fois que Kinshasa tente de transformer les déchets plastiques en opportunité économique.
En 2021, le projet Kintoko avait été lancé dans le cadre de l’opération Kin Bopeto. Doté de conteneurs de collecte et d’une unité de recyclage des bouteilles plastiques, il ambitionnait d’augmenter progressivement sa capacité de traitement de 20 à 50 tonnes par jour. Cette initiative a contribué à structurer une partie de la collecte des bouteilles PET dans la capitale. Toutefois, son impact est demeuré insuffisant pour résoudre à grande échelle la problématique des déchets plastiques.
Deux ans plus tard, en 2023, les autorités avaient annoncé la création d’une véritable filière industrielle du recyclage des déchets plastiques à Kinshasa, accompagnée d’une task force chargée du suivi du projet. Malgré cette volonté affichée, les résultats visibles sont restés limités.
Cette succession d’initiatives soulève aujourd’hui une question centrale : le nouveau projet parviendra-t-il à franchir l’étape que les précédents n’ont pas réussi à atteindre, celle de l’industrialisation durable du recyclage des déchets plastiques ?
Daniella Kalala
