La deuxième édition de la conférence sur les mines, l’énergie et les infrastructures tenue à Kindu, dans le Maniema, du 03 au 05 novembre a été un grand moment de profonde réflexion sur le secteur minier, les infrastructures, mais aussi sur plusieurs autres secteurs connexes en vue d’une transformation économique de la République démocratique du Congo. Pour cette année, des engagements ont été pris pour faire avancer encore plus le secteur minier en RDC. Pour la Chambre des Mines de la FEC, il s’agit de s’atteler à accompagner le Maniema dans son ambition de s’imposer comme pôle minier important en RDC, à l’instar du Haut- Katanga ou le Lualaba. Le président de cette structure de la FEC, Kassongo Bin Nassor a clairement expliqué l’engagement de la Chambre des mines dans cette quête de grandeur pour le Maniema. Une interview-vérité accordée à Géopolis Hebdo.

G.H : Monsieur le Président, quel message principal la Chambre des Mines souhaite-t-elle faire passer à travers sa participation aux Journées Minières de Kindu ?
K. B. N : La Chambre des Mines de la FEC s’est rendue à Kindu pour affirmer son engagement aux côtés des autorités provinciales du Maniema, dans leur ambition de transformer le potentiel minier de la province en moteur de développement économique, social et territorial. À l’heure où les minerais critiques — coltan, cassitérite, terres rares, lithium, cuivre — sont devenus des ressources stratégiques au cœur des enjeux géopolitiques et de la transition énergétique mondiale, le Maniema possède tous les atouts pour s’imposer comme un nouveau pôle minier de référence en RDC, à l’instar du Grand Katanga.
Notre message est clair : l’investissement industriel dans le Maniema est non seulement possible, mais nécessaire. Il est temps de passer d’un potentiel sous-exploité à une dynamique structurée, inclusive et porteuse de valeur ajoutée. Nous appelons ainsi à une mobilisation collective — investisseurs, autorités, communautés — pour bâtir ensemble les conditions d’un développement minier responsable, intégré et durable.
G.H : Le Maniema est une province riche en ressources mais encore faiblement industrialisée. Selon vous, quels sont les leviers à actionner pour transformer ce potentiel minier en véritable moteur de développement local ?
K. B. N : Cinq leviers structurants doivent être activés pour faire du Maniema un véritable pôle de croissance minière et territoriale :
Premier levier : Inscrire le Maniema dans le narratif national « RDC pays-solution »
Il faut repositionner le Maniema dans l’imaginaire collectif et stratégique du pays. Trop souvent méconnu, son potentiel minier — coltan, cassitérite, terres rares, lithium, cuivre — mérite d’être mis en lumière à l’échelle nationale et internationale. Une communication ciblée, ambitieuse et structurée est essentielle pour attirer l’attention des investisseurs et des décideurs.
Débloquer l’accès à l’énergie et aux infrastructures de transport : Sans électricité, il n’y a pas d’industrie.
Et sans routes, rails ou voies navigables, il n’y a pas de chaîne logistique viable. Le Maniema, situé au cœur du pays, reste enclavé et privé des infrastructures de base nécessaires à l’industrialisation. Il faut reconstruire les routes, réhabiliter le chemin de fer, et rendre la voie fluviale opérationnelle pour connecter la province aux marchés et aux équipements.
Créer une Zone Minière Spéciale (ZMS) avec des incitatifs multi-sectoriels
Aller au-delà des simples mesures fiscales. Il faut bâtir un cadre incitatif global — juridique, logistique, administratif — qui rende le Maniema attractif pour les investissements structurants. Une ZMS bien pensée peut devenir un catalyseur de transformation, en offrant des facilités concrètes aux opérateurs industriels.
Déployer un modèle hybride de financement des infrastructures prioritaires
Le développement du Maniema ne peut reposer sur un seul acteur. Il faut articuler les financements publics, privés et communautaires autour d’un modèle contractuel innovant — une version améliorée du « mines contre énergie et infrastructures » — intégrée dans la ZMS. Ce modèle doit garantir des retombées locales tangibles tout en sécurisant les investissements.
Dernier levier : Structurer une gouvernance inclusive et anticipative.
Au-delà des infrastructures et des incitatifs, le succès repose sur une gouvernance capable de mobiliser tous les acteurs — État, entreprises, communautés, société civile — autour d’une vision partagée. Le Maniema doit devenir un laboratoire de co-construction, où chaque levier est activé dans un esprit de responsabilité collective et de durabilité.
G.H : L’exploitation minière est souvent associée à des défis environnementaux et sociaux. Comment la Chambre des Mines accompagne-t-elle ses membres dans la promotion d’une exploitation responsable et conforme aux normes internationales ?
K. B. N : La Chambre des Mines de la FEC considère le respect rigoureux des obligations environnementales et sociales non pas comme une option, mais comme un devoir absolu pour tous ses membres. Nous ne nous contentons pas de faire des recommandations. Nous accompagnons, nous formons, et surtout, nous facilitons un dialogue permanent entre les compagnies minières, la société civile et les communautés locales. Cette approche multipartite est au cœur de notre vision d’une gouvernance minière responsable et inclusive. En septembre dernier, nous avons co-organisé avec l’ITIE-RDC et l’IDAK un atelier de haut niveau consacré à des sujets cruciaux : la dotation minimale de 0,3 % du chiffre d’affaires au développement communautaire, la mise en œuvre des cahiers de charges, et la problématique de l’envahissement des sites miniers par des exploitants artisanaux illégaux. La présence du Vice-Premier Ministre de l’Intérieur, aux côtés de trois autres Ministres d’État (Plan, Affaires sociales, Formation professionnelle), a donné à ces assises une portée institutionnelle forte et a permis un échange franc entre toutes les parties prenantes. Il est essentiel de rappeler que l’industrie minière congolaise a déjà accompli des avancées remarquables en matière de protection de l’environnement, de développement économique et social. Trop souvent, ces réalisations sont ignorées ou minimisées. Nous comprenons les attentes croissantes de la population — elles sont légitimes. Mais il est tout aussi légitime de reconnaître les efforts concrets et les progrès réalisés par un secteur qui demeure le moteur de notre économie nationale. Malheureusement, les médias tendent à ne relayer que les incidents, les accidents ou les manquements, souvent avec des titres sensationnalistes et des images alarmistes. Cette vision tronquée ne rend pas justice à la réalité du terrain. C’est pourquoi la Chambre des Mines a fait de la communication une priorité. Nous devons mieux faire connaître les initiatives, les bonnes pratiques et les impacts positifs du secteur minier. Non pas pour nous exonérer de nos responsabilités, mais pour rétablir une vérité équilibrée, mobiliser autour des réussites, et encourager une dynamique de progrès partagé.
G.H : La transparence et la gouvernance du secteur minier restent au cœur des attentes nationales. Quelle est la contribution concrète de la Chambre des Mines à la mise en œuvre des bonnes pratiques et à la lutte contre la fraude minière ?
K. B. N : La Chambre des Mines de la FEC est un acteur engagé au sein de l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (ITIE), cadre de référence mondial en matière de transparence et de redevabilité dans le secteur extractif. Le rapport ITIE, dans sa version actuelle, couvre l’ensemble du cycle minier : contrats, exploration, production, commercialisation, obligations environnementales et sociales, paiements infranationaux, emploi, revenus. Les entreprises membres de la Chambre des Mines participent activement à ce processus, en fournissant toutes les données requises avec rigueur et responsabilité.
Mais notre engagement ne s’arrête pas à la publication des chiffres. Nous avons adopté un code éthique strict, qui impose à nos membres le respect des lois, des règlements et des standards internationaux. Ce socle de gouvernance est renforcé par des formations régulières, organisées avec l’appui de nos partenaires, pour sensibiliser, renforcer les capacités et prévenir les dérives.
Sur le front de la lutte contre la fraude minière, notre action est multiforme : Dialogue institutionnel avec les autorités pour améliorer les mécanismes de traçabilité, de contrôle et de sanction ; Appui aux processus de certification (CTC, OCDE, ITSCI) pour garantir la conformité des chaînes d’approvisionnement ; Mobilisation contre l’exploitation artisanale illégale, à travers des ateliers multipartites ; Veille et alerte sur les pratiques à risque, en lien avec les services compétents et la société civile.
G.H : Enfin, quelle est votre vision pour l’avenir du secteur minier congolais ? Voyez-vous la Chambre des Mines comme un acteur clé de la transition vers un modèle minier plus durable, inclusif et bénéfique pour les communautés locales ?
K. B. N : La Chambre des Mines est aujourd’hui l’un des piliers du secteur minier congolais. Elle fédère l’ensemble des opérateurs industriels et agit comme leur porte-voix auprès des institutions nationales et provinciales, mais aussi auprès de la société civile et des communautés locales. Ce rôle d’interface, nous l’assumons avec responsabilité et engagement.
Mais notre ambition va bien au-delà de la représentation. Nous portons une vision : celle d’un secteur minier congolais transformé, durable, inclusif et souverain. Une vision qui exige un changement de paradigme.
Nous devons sortir d’un modèle rentier centré sur la consommation immédiate et le prestige symbolique, pour entrer dans une logique de rente productive — une rente qui investit, qui construit, qui industrialise. Cela suppose une refondation de nos pratiques, de nos partenariats et de nos mécanismes de gouvernance. Cette transition ne peut réussir que si nous intégrons pleinement deux principes fondamentaux :
Le devoir de redevabilité, à la fois individuel et collectif ainsi que l’obligation de sanction, sans laquelle tout devient permis.
Rendre compte ne suffit pas. Il faut aussi assumer les conséquences. La gestion du portefeuille minier, les contrats signés, les revenus générés et leur impact réel sur les territoires doivent être soumis à des mécanismes clairs de suivi, d’évaluation et, le cas échéant, de correction. C’est à cette condition que la transparence devient crédible et que la gouvernance inspire confiance.
A la Chambre des Mines nous sommes certains que le secteur minier peut devenir un levier de transformation territoriale, de cohésion sociale et de prospérité partagée.
Propos Recueillis par WAK & S. S
